‹ Laure d'EstellChapitre 11 sur 25 · X-viii MADAME SOPHIE GAY · texte numérisé non relu

X-viii MADAME SOPHIE GAY

de l'histoire pour inléresser vérilablement les esprits amis du vrai en matière de faits ou en maiière de sentiment et de passion. L'auteur, en y mettant, dès les premières pages, de cette érudition dont on est curieux aujourd'hui, est sorti de son genre et de sa nature. Son slyle aussi, en affectant plus de couleur, s'est tendu par endroits et s'est altéré; il est moins pur qu'autrefois. Ce n'est point dans Léonie de Montbreuse que Pauteur aurait dit, en parlant d'une excuse que fit M. de Maurepas, ministre, à madame de La Tournelle (madame de Chàleauroux), et que celle-ci repoussa avec dédain : « Celte réponse dédaigneuse fut la base de Tinimiiié éclatante qui a toujours régné depuis entre le ministre, sa femme et madame de La Tournelle. »

Mais laissons ces détails, et prenons madame Sophie Gay dans l'ensemble de son esprit et de sa carrière. Elle s'était de tout temps beaucoup occupée de théâtre, et plusieurs de ses pièces, soit à l'Opéra-Comique, soit au Théâtre-Français, furent représentées avec un certain succès. On se souvient à la Comédie-Française du Marquis de Pomenar s {\S20). Madame Gay jouait elle-même très-bien la comédie en société; elle aimait à la diriger; elle était un régisseur excellent. On avait, à cet égard, à profiler de ses conseils : dans une esquisse qu'elle a donnée du salon de mademoiselle Contât, j'ai noté d'elle sur les différentes manières de prendre le rôle d'Elmire des remarques pleines de vérité et d'analyse morale.

Les personnes qui, comme madame Gay, vivent jusqu'à la fin et vieillissent dans le monde, sans se donner de répit et sans se retirer un seul instant, échappent difficilement à la longue, et malgré tout Tespril qu'elles ne cessent d'avoir, à une certaine sévérité ou à une certaine indifférence. Je voudrais, dans les éloges qu'on peut lui accorder, en choisir quelques-uns qui parussent incon-

MADAME SOIMIIE G A Y. xix

teslablos. Personne (éminemment sociable, si elle menait de front trop de goûis à la fuis, et qui mcme se nuiraient entre eux, on doit dire qu'elle ne sccrifiiiii jamais le goût de l'esprit. Elle en avait en elle un fonds qti'elle n'épuisa jamais. Il éiait impossible qu'une conversation dont elle était tombât dans le nul ou dans le commun; toujours elle la relevait par une saillie, une gaieté, un trait d'ironie ou de satire, ou même un mot d'une douce philosophie. Vers la fin,- elle promettait quelquefois à ses amis qu'elle irait mourir chez eux : « Je ne veux pas que cette demoiselle (disait-elle do la mort) me trouve seule. » Ne lui demandez pas dans ses jugements cet esprit de justesse et d'impartialité qui prend sa mesure dans les choses mêmes et qui rend à chacun ce qui lui est dû. Elle était femme en ce point, et des plus femmes. Elle aimait ses amis et les défendait, et brisait des lances pour eux à l'aventure. Quand elle vous aimait, me dit l'un de ceux qui l'ont connue le mieux, elle vous trouvait des vertus inattendues ; de même que, quand elle ne vous aimait pas, elle vous aurait nié des mérites incontestables. Pourtant, ses inimitiés ne tenaient pas; son esprit de coterie n'était point exclusif; elle était toujours prête à é'argir le cercle plutôt qu'à le restreindre. Elle aimait la gaieté, la jeunesse, les gens d'esprit et ceux qui ont le collier franc. Sa parole, plus forte et plus drue quand elle causait que quand elle écrivait, rappelait parfois le tempérament de certaines feromes de Mulière, bien qu'il s'y mê!ât plus d'un trait de la langue de Marivaux.

Elle n'était point fatigante de marivaudage pourtant; que vous dirai-je? elle avait des aperçus, des idées, et cela sans jamais prétendre, comme tant de femmes, refaire le monde ; elle n'aurait voulu refaire que le monde de son beau temps et de sa jeunesse. Et encore, bien souvent, elle n'y songeait pas ; elle acceptait le présent

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