‹ Laure d'EstellChapitre 10 sur 25 · XVI MADAME SO PHI E GA Y · texte numérisé non relu

XVI MADAME SO PHI E GA Y

règne, on y affiche des principes hardis, elles moutons, bien qu'il s'en rencontre encore par les chemins, sont en Irain de disparaître. Avec le Consulat et l'Empire, la femme mili'aire paraît, celle qui aime franchement la gloire, qui l'admire et qui s'honore de la récompenser; qui a les sentiments en dehors, la parure d'éclat, le front haut, les épaules éblouissantes, l'esprit (quand elle en &) franc, naturel et pas trop compliqué. Comme la société pourtant et le cœur aiment les contrastes, il se mêlera, à cet amour avoué de la gloire et des exploits, des airs de rêverie et de romance.

La Restauration arrive: donnez-lui le temps de s'asseoir et de recueillir son esprit. Dès que cet esprit aura parlé par la voix de quelques écrivains , par le chant de quelques poètes, vous avez une génération de femmes toutes différentes. A celles-ci il faut des idées avant tout, des sentiments, je ne sais quoi de métaphysique et de raffiné; elles ont lu les Méditations de Lamartine, et elles soupirent; elles aiment l'esprit, et elles s'en vantent; elles s'éprennent et se passionnent pour des orateurs; elles sont femmes à se trouver mai si elles ont rencontré, sans être prévenues à l'avance, le grand poêle de leur rêve. De la religiosité, un peu de mysticisme, des nerfs (on n'avait pas d'attaques de nerfs sous l'Empire), un idéal ou libéral ou monarchique, mais où il s'exhale quelque vapeur de poésie, voilà ce qui distingue assez bien la jeune femme de l.i Restauration. Un observateur physiologisie l'a dit :« C'esiravénemeut de la femme frêle, à qui un ton de langueur et de pâleur donne plus de prix : elle a remplacé la femme opulente. » Les variations du' goût s'expriment dans ces type»» de beauté à la mode. Je ne veux pas dire qu'à toutes ces époques diverses on fasse des choses bien différentes, mais c'est la manière qui a changé.

MADAME SOniIK G AY. xvii

Sous le règne de Louis-Fhilippe, malgré le caractère si moral de la famille régnanie, le dirai-je? la jeune femme avait fort dégénéré, ou du moins elle s'était émancipée plus qu'on n'aurait pu croire sous un régime si sage. 11 s'était glissé de bonne heure chez elle du Musset, un peu de George Sand, Eugène Sue brochant sur le tout; un peu de socialisme avant l'effroi, avant l'épreuve, avant la lettre, me dit un spirituel voisin ; un peu de théorie et beaucoup de caprice. Le cigare, ou du moins la cigarette était do mise dans le boudoir. Je ne parle que des lionnes, dira-t-on ; mais il y en avait à bien des degrés et à plus d'un étage. Tout cela, déjà, est un peu vieux, c'est de l'ancien régime; les jeunes femmes du régime nouveau s'essaient encore, et je ne les connais plus.

Madame Sophie Gay, par le caractère et par le tour natif, dalait de bien avant la Restauration ; elle est une des femmes qui avaient le plus d'esprit sous l'Empire; mais, comme il arrive, l'auteur chez elle retardait sur la femme du monde; ce n'est que dans les premières années delà Restauration et dans cette seconde moitié de son âge qu'elle a réalisé la plupart de ses productions littéraires. En avançant, elle s'est appliquée sans trop d'eiïorts à les tailler dans la forme du jour, à leur en donner la coupe et la couleur : elle y a réussi. Sans énumérer ici ses nombreux romane, nul, en la lis-^nt, ne devinerait qu'elle fut, par ses débuts, et, je dirai mieux, par son chrf-d'œuvre [Unnie de Moa(breu^e), d'une époque si antérieure. O'ii a lu le Moqueur amoureux (1830), un Mariage sous T Empire (1832), la Duchesse de CMteauroux (183^), ne s'est aperçu en rien que ce ne fût pas à un auteur du moment, et du dernier moment, qu'il ait eu affaire. La Duchesse de Ch'lteavroux ^ particulièrement, obtint du succès dans le public; ce n'est que nous autres, critiques, qui nous sommes dit que c'est un de ces romans trop voisins

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