‹ Laure d'EstellChapitre 5 sur 25 · MADAME SOPHIE GAY. IX · texte numérisé non relu

MADAME SOPHIE GAY. IX

ment préférer Léonie. Dès le premier pas, les voilà engagés tous deux plus qu'ils ne pensent :

« Alfred me plaisait, je crus l'aimer, dit Léonie. Que de femmes sont tombées dans la même erreur! Ne connaissant l'amour que par récit, le premier qui leur en parle émeut toujours leur cœur en leur inspirant de la reconnaissance ; et, dupes de cette émotion, elles prennent le plaisir de plaire pour le bonheur d'aimer. »

J'omets divers accidents qui engagent de plus en plus la jeune exaltée et l'aimable étourdi. Cependant M. de Montbreuse avait d'autres projets pour sa flUe ; il la destinait au fils de l'un de ses meilleurs amis, et dont il était le tuteur ; mais elle lui laisse à peine le temps de lui expliquer ce désir ; elle aime Alfred, elle n'aime que lui : Jamais d'autre l c'est sa devise. Bref, le mariage est fixé à l'hiver prochain; Alfred, qui a été blessé à l'armée, a lui-même besoin d'un délai, quoique ce terme de huit mois lui semble bien long. On doit passer ce temps au château de Montbreuse dans une demi-solitude, et s'y éprouver l'un l'autre en préludant su futur bonheur. C'est ici que le romancier fait preuve d'un art véritable ; ces huit mois, destinés à confirmer l'amour d'Alfred et de Léonie, vont peu à peu le défaire, et leur montrer à euxmêmes qu'en croyant s'aimer, ils s'abusent.

Et tout d'abord Alfred, à peine arrivé au château, trouve Suzette, une fille de concierge, mais élevée un peu en demoiselle, et, en la voyant, il ne peut s'empêcher de s'écrier assez militairement devant Léonie : « Ah ! la jolie petite personne! » —

« Dans ma simplicité, remarque Léonie, je croyais alors qu'un homme bien amoureux ne pouvait parler avec chaleur d'aucune autre beauté que de celle de l'objet de son amour; mais l'expérience m'a prouvé, depuis, que les femmes seules étaient susceptibles d'un sentiment exclusif; l'amant le plus

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