A MA FILLE AGLAÉ
Comme un doux souvenir, accepte cet ouvrage.
Tu sais que pour toi seule il fut imaginé ;
Alors que du malheur nous ressentions l'outrage,
A te distraire il était destiné.
Parfois de ses chagrins tu plaignais Léonie, Et, sans les imiter, tu riais de ses torts; Plus sage en tes projets, sans ruse, sans efforts, Tu m'as laissé le soin du bonheur de ta vie. Le choix de cet époux qui devait te chérir A ma tendresse fut confié par toi-même; Je le vois t'adorer presque autant que je t'aime. Et ce que j'ai rêvé, tu viens de l'accomplir.
MADAME SOPHIE GAY. xiii
dotes dont la donnée repose sur une infirmité ou une bizarrerie de la nature : ainsi, Ourikfl de madame de Duras, Aloïs de M. de Cusline, le Mutilé de M. Sainline. Anatole, le beau silencieux, est un sourd-muet de naissance, mais on ne le sait pas d'abord, et c'est là qu'est le secret. Un soir, au soriii'*de l'Opéra, il sauve U vie de Valenline, de madame de Saverny, qui allait èlre écrasée sous les pieds des chevaux ; lui-memo est blessé et disparaît. Celle qu'il a sauvée, jeune veuve, pleine de beauté et d'une rare délicatesse de sentiments, le fait chercher sans le découvrir d'abord, et pendant longtemps elle ne le connaît qu'à demi et dans un mystère qui l'empêche d'avoir la connaissance de son inûrmité. Qunnd elle le sait, il est trop tard, elle l'aime; mais, comme bien peu de pei sonnes ont le secret de cet amour, on la croit près d'épouser un chevalier d'Emeranges, falspriluel, qui jusqu'alors semblait enchaîné par madame de Nangis, belle-sœur de Valenline, et qui lui est devenu intidèle. La jalousie de madame de Nangis, qui se croit sacriliée à une rivale, produit ^des scènes assez belles et assez dramatiques, dans lesquelles la pauvre Valentine, poussée à boui par sa belle- isœur, en présence du mari de celle-ci, n'aurait qu'un mot à dire pour écraser la coupable et pour se venger; mais ce mol, elle ne le dit pas, et prend sur elle tous les torts. De soii côté, Anatole, le bel Espagnol, doué de tous les talents et de tous les charmes, et à qui il ne manque que la parole, se croit également sacrifié, et il est disposé à s'éloigner pour toujours, lorsqu'un soir à l'Opéra (car sans Opéra point de roman), Valenline, qui a voulu le revoir, et à qui il croit aller faire du regard un éternel adieu, lui adresse do loin un signe qui veut dire : Restez! H n'ose comprendre, il regarde encore, quand un second signe, toujours dans la langue des sourds-muels, vient lui dire : Je vous aitne. C'est à