LA SAINT- SI F FREIN
NOTE DE LAUKENS
Relative à la première exécution du Magnificat d’Elzéar Genet dit Carpentras, les 26 et 27 novembre 1886.
{Déposée à la Bibliothèque de la ville)
« Par la réputation de l’auteur, par la valeur de son œuvre, par sa qualité de Carpentrassien et par les difficultés de posséder cette œuvre, l’exécution qui vient d’en avoir lieu à la fête de Saint-Siffrein mérite de laisser un souvenir écrit. Recherchant dans les arts les jouissances et les ressources que procurent la connaissance et l’étude des œuvres du passé, celles d’un grand musicien, et par sa qualité de compatriote, ont dû attirer une attention particulière de ma part. Seulement il était presque impossible de les connaitre. Elles n’existent qu’à l’état de manuscrit dans les archives de la chapelle pontificale, d’où rien ne sort par la copie, ou dans les quatre volumes imprimés, conservés comme un trésor unique à la Bibliothèque de Vienne en Autriche. C’est donc de ce dernier endroit que je pouvais espérer obtenir une copie d’une composition d'E. Genet qui pût être d’un usage pratique, et, à cause de la convenance de la faire exécuter à l’office de la fête de Saint-Siffrein, je dus faire choix d’un des Magniftcats chantés pendant plus de trois cents ans à la chapelle pontificale.
« J’obtins sans difficulté la copie demandée;
malheureusement le modèle, imprimé, l’était dans une notation tellement difficile à lire, que J. -J. Rousseau dit à propos de cette notation qu’il n’y avait pas en Europe deux musiciens capables de cette lecture. La copie envoyée de Vienne ne me donnait donc aucune satisfaction. On comprendra ma déception en voyant cette copie, que je dépose à notre Bibliothèque. Après avoir plusieurs fois tenté de mettre en partition les notes de toutes formes du manuscrit, après avoir lu et relu le bel ouvrage écrit sur ces notations du XVe et XVR siècles par Henri Bellermann, professeur à l’Université de Berlin, toujours sans suffisant succès, j’essayai de m’adresser à ce savant paléographe musical, en lui soumettant la copie exacte d’un petit fragment du Magnificat de Carpentras. Pour ainsi dire par le retour de la poste, je reçus le fragment transcrit en notation moderne et en partition. »
Voici la lettre « pour ainsi dire par le retour de la poste » d’Henri Bellermann. Elle est un peu beaucoup technologique ; mais si ce n’est là son seul, c’est bien son principal mérite.
« Berlin, le 26 août 1885.
« Très honoré Monsieur,
« J’ai reçu par M. Georges Reimer votre estimée lettre du 22 août, ainsi que le commencement d’un passage d’un Magnificat de Carpentras.
« J’ai l’honneur de vous envoyer l’essai suivant d’une transposition avec annotation moderne. La
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raison pour laquelle la chose n’avait pas réussi jusqu’à présent est certainement celle-ci : la pause du commencement manque dans l’alto, mais il va de soi qu’il la faut, on le comprend par la basse. De même que la basse entre une mesure après le ténor, l’alto prend, une mesure plus tard, sur le soprano.
« Dans le soprano, il y a une autre faute : dans la 4e mesure, 3 blanches sont oubliées, que j’ai intercalées à l’encre rouge. Je ne puis naturellement pas savoir si j’ai corrigé là exactement. Je serais très heureux si ces quelques petites indications pouvaient vous être de quelque utilité dans le déchiffrement de la phrase enliere. Des fautes de ce genre se produisent dans les vieilles impressions, si ce n’est souvent du moins quelquefois. (Suit le passage musical).
« J’ai l’honneur, etc...
« P. -S. — Dans les parties de ténor et de basse, j’ai changé les clefs, parce que c’est pour nous plus commode à lire.
« J’ai l’honneur de vous transmettre l’assurance de ma haute considération. H. B... Berlin, C, rue de la Cloche, 74. » (Suivent deux pages en huit portées du susdit essai ou plutôt modèle de transcription).
« Profondément satisfait du succès de ma démarche, j’adressai avec empressement mes remerciements à M. Bellermann, en le prévenant qu’en étant si savant et si complaisant à mon égard, j’allais
lui envoyer, pour être transcrit en entier, la copie du Magnificat prise à Vienne. Pour excuser mon importunité, je lui disais qu’à cause de son mérite et de sa rareté la composition du Carpentrasso devait lui offrir un intérêt qui le dédommagerait de sa peine, et que d’ailleurs, trouvant très juste que, pendant qu’il travaillerait pour moi, je travaillasse pour lui, j’allais prendre mes pinceaux pour pouvoir lui offrir deux aquarelles : l’une représentant une vue de la ville de Carpentras, où est né l’illustre musicien, et l’autre une vue d’Avignon, où a été imprimée en quatre volumes grand in-folio l’œuvre complète du maitre, le trésor le plus précieux qui exisle dans l’ancienne bibliographie musicale. »
A la date du 5 septembre, Bellermann écrit : « J’ai reçu votre lettre et la copie du manuscrit du Magnificat... Soyez, Monsieur, assuré de ma gratitude obligeante ! (sic) — Aujourd’hui j’ai lait l’épreuve de transcrire les notes du premier morceau « Et exultavit » en partition moderne. Les quatre voix ou parties s’accordent bien, quoique le compositeur a employé les dissonances quelquefois contre les règles rigoureuses du contrepoint, par exemple à l’égard de la résolution de la septième dans l’octave (ici deux mesures musicales). En faisant abstracfion de tout cela, la composition est très mélodieuse, aussi elle peut être chantée et fera un bon effet (ich meine sie ist sangbar, sie laesst sich gùt singen). Seulement la position des paroles sous les notes n’est pas sans
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quelques difficultés, et il faut qu’on fait une expérience à trouver le mot juste. — (La première lettre était écrite en allemand et la seconde en français, mais elle se reprend ici en allemand). — Excusez mon français fautif et permettez- moi de finir dans une langue maternelle. Je serai bien heureux de vous envoyer, sous peu de temps, tout le Magnificat en partition... Votre lettre m’apprend que vous comptez vous absenter pendant queJques semaines. Jusque-là j’espère avoir fini... En vous remerciant encore une fois de votre aimable lettre et de l’envoi du manuscrit, je reste, avec la plus grande considération, votre tout dévoué. »
Enfin ! dès le 14 du même mois, voici, d’après le manuscrit communiqué, travail tout incorrect, informe, indéchiffrable, problématique, la terrible chose traduite, reconstituée de façon absolue, parfaite, et reécrite avec une élégante netteté comme calligraphique par magister-professor Bellermann. « En même temps que cette lettre, annonce-t-il simplement, je mets à la poste un paquet papiers d'affaires. J’espère que vous le recevrez encore à temps à Carpentras. Avec l’assurance, etc. (Ihr dank bar ergebenster). »
A cette réception, Laurens aurait pu s’exclamer qu’elle était «le plus beau jour de sa vie ! » Sa joie, faite de satisfaction profonde, s’augmenta encore d’une tendre surprise en retrouvant dans le portrait-carte du transcendant et aimable confrère berlinois une notable ressemblance avec Castil- Blaze. 11 exprima immédiatement sa reconnais-
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sance et son bonheur par l’envoi des deux importantes aquarelles promises. « Elles sont parvenues à destination, dit-il, et j’en ai été remercié dans de très flatteuses expressions. » - La transcription du Magnificat, entièrement delà main de Bellermann, forme un superbe manuscrit qui reste aussi à la bibliothèque. A ses remerciements, il joignait le cadeau de plusieurs de ses œuvres, entre autres deux partitions imprimées des tragédies de Sophocle, « Ajax » et « Œdipe roi. » Tout cela sera soigneusement conservé dans nos collections de la ville,, et on chantera à l’église de Saint-Siffrein le Magnificat doublement de Carpentras, en souvenir du bien modeste et dévoué compatriote J. Bonaventure Laurens.
L’exécution de cette musique ne peut ni doit donner des impressions analogues à celles données par la musique contemporaine, si différente dans ses formes mélodiques et harmoniques, mais par sa dissemblance même elle oflre un grand intérêt à tous ceux capables d’aimer l’histoire des transformations de l’Art. Ces formes musicales, dont le Magnificat tournit un exemple, ont été celles de toute la musique religieuse du seizième siècle et même des madrigaux et chansons mondains à voix multiples qui rendaient les noms de leurs auteurs populaires, comme le sont aujourd’hui ceux de Bossini, d’Auber ou de Meyerbeer, Dans tous les pays on dresse des statues de bronze ou de marbre en l’honneur des hommes illustres que ces pays ont vu naître. L’exécution annuelle du Magni-
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flcat à la fête de Saint Sifïrein doit être le monument élevé à la mémoire d’Elzéar Genet, dont cinq messes et autres oeuvres ont été également recueillies par Laurens et sont conservées en partitions dans sa ville natale.
Puisque, par Genet, Bourgault-Ducoudray et Bellermann, nous voilà ramenés à la Saint-Siffrein, demandons-lui encore un mot de la fin, sur elle par Laurens, et sur Laurens par M. Farchiprêtre curé Illy. Pendant une assez longue période d’années, Laurens avait eu à regretter la décadence musicale de celte fête, son répertoire s’amoindrissant de plus en plus et un abandon complet étant imminent. Il remontait alors au temps où « Ero monn pauvé paire, dit San Lourèn, lou musicaïré , que cantavo lou premier verset amé s a poulido vouas clarinello. » (C’était mon pauvre père, dit Saint- La urens, le musicien, qui chantait le premier verset avec sa jolie voix clairette (hautre-contre). En écoutant et revoyant dans ces souvenirs d’une impression restée puissante, il se retrouvait au foyer de lumière de ce triangle du Saint Clou , « Adsunt dies triumphales », le bonheur des Carpentrassiens, au milieu des apparitions de MM. Serres, Dufau Louis, Lavagne, Minster, de l’abbé Doumergue, de Fiquéou, et il s’asseyait au piano, le- faisant résonner des vieux accords de Lalande, Boudou et Papet. Son ambition fut toujours de rétablir les choses telles qu’elles étaient avant la Révolution. On s’était borné, d’abord au Beatus vir de Boudou et à Y hymne de Papet. Il signala le Dixit de Lalande,
et eut la joie, malgré de grosses difficultés d’exécution, de le faire entrer dans le programme. Enfin ! quand il y tint le Magnificat de Genet, il eût voulu s’écrier, avec variante de l’abbé Baïni : « Li canteremo tutioî'a in Carpentoracte ! » (au lieu d ’Avenione). Nous le chanterons toujours ! De son côté, M. Illy demande : « Quel est celui d’entre nous qui ne gardera longtemps le souvenir de ce vieillard vigoureux, actif, s’intéressant à l’Art et aux musiciens, et les encourageant toujours par un mot humoristique ? Qui ne fera revivre par la pensée cette bonne figure un peu sévère au premier abord, cette tête hirsute et embroussaillée mais réfléchie et un peu penchée comme sous le poids de la pensée et des révélations de l’Art ? Aussi bien estce une œuvre d’une importance peu médiocre que celle qui consiste à conserver les gloires d’un pays et d’en faire revivre tout ce que ce pays renferme de beau, d’élevé par l’intelligence et par le goût, de développer par là toutes les nobles aspirations, d’éveiller peut-être les intentions d’un génie naissant. Il est parfois un public qui sera peu sensible à de pareilles considérations, et po‘ur lequel un pitre de foire aura plus d’attrait que la musique de Lalande! Mais c’est précisément pour réagir contre cette vulgarité envahissante que l’artiste a lutté. »
Il ne nous reste plus à parler que de la collection musicale léguée par Laurens à la bibliothèque de Carpentras, où elle est installée dans une salle exclusive portant son nom. Elle fut commencée on peut dire dès sa première jeunesse, mais ne prit corps qu’à Montpellier, alors qu’y regrettant la facilité et la fréquence de faire de la musique d’ensemble, il se tourna, de ce moins de pratique vers le plus de théorie; puis enfin ses curiosités, ses besoins et aussi ses devoirs, croyait-il, envers toutes publications intéressantes furent des occasions progressives d’acquisitions en achats et en réceptions par échange avec de ses aquarelles. Aujourd’hui, par le nombre, quoique diminué dans des prêts, par la valeur de l’ensemble et celle exceptionnelle de certaines pièces, elle pourrait être enviée d’un Conservatoire de grande ville. En plus de ses volumes, cahiers et cartons, depuis les traités, les dictionnaires et jusqu’aux revues et journaux ; depuis les parlitions et les œuvres complètes jusqu’à des feuillets volants, depuis des originaux de musique jusqu’à de la correspondance, elle offre sur ses murs l’effet décoratif de portraits de presque tous les maîtres de l’Art : ceux contemporains de Laurens étant dessinés par lui d’après nature et portant des autographes, tels par exemple, sous celui de Gounod, que la fameuse phrase de son Faust « Laisse-moi contempler ton visage. » Voici, du reste, la liste à peu près entière de ces portraits qui, toutes proportions gardées entre les personnes, composent un véritable Panthéon ou
cénacle spécial, à savoir : Palestrina (1529), Frescobaldi, Kirnberger, Sébastien Bach, Haendel, Rameau, Lulli, Marie Leclair, Lalande, Gluck, Haydn, Mozart, Grétry, Beethoven, Louis Dufau, Rinck, vicomte de Valernes, Rossini, Mendelssohn, Fétis, Castil-Blaze (en médaillon par Etex et en lithographie par Laurens), Listz, Imtourn (aux trois crayons par Joseph Vidal), Ferdinand Hiller, Chopin, Von Wartensée, Robert Schumann, Camille Briard (un compatriote 1er prix de violon), Brahms, Joachim, Alexandre Guilmant, Laurent de Rillé, Ernst Guiraud, Thurner, Madame Fuchs, Pierné.... enfin ! le père et les trois fils Laurens (les deux premiers peints à l’huile par G. Vidal et Bonaventure se ipsum , le troisième dessiné et lavé par J niés Didier, et le quatrième modelé en grand médaillon par Charrier).
La place d’honneur dans ce cénacle est occupée, sous verre, par le cahier manuscrit de Sébastien Bach donné à Laurens par Rinck, qui le tenait, avons nous dit, de son maître Kittel. Il contient onze variations pour orgue sur le thème du choral « Soit loué Jésus bon. » Immédiatement après, il faut citer le brouillon au crayon de la première pensée du quintette de Robert Schuman qui est devenu comme la pièce de résistance de toute grande séance de musique de chambre. Là est une partition de l’opéra de Lulli « Thésée », portant en note qu’elle est copiée de la main de Jean-Jacques Rousseau. A mentionner le très curieux dessin gravé par Victorien Sardou et représentant l’habi-
ta tion de Mozart dans le monde astral (!) où fut
introduit spiritement le futur auteur de Patrie
par Ben venu to Cellini (!!).
En dehors de la musique, mais de la même main du musicien, se trouvent encore là divers portefeuilles pleins de dessins, d’aquarelles, de lithographies et gravures de tous sujets, et sur les murs encore, nombre de sujets encadrés, mais ceux-ci, dans leur originale diversité même, tous relatifs à la musique.
Sur les rayons de la bibliothèque, divisés par catégories de même genre : traités et méthodes, musique sacrée, Bach, Haendel, musique d’orgue, pour divers instruments, chant, piano, opéras, etc., et qui comprennent environ sept cents noms d’auteurs y figurant presque tous pour un grand nombre de pièces en volumes ou en cahiers : ce sont d’abord les œuvres de J. S. Bach, en une cinquantaine de volumes, et celles de Haendel (Les premières se présentant, complètes, dans la dernière grande édition de Leipsick, véritable et unique monument élevé par l’Allemagne à une gloire universelle) le Trésor des pianistes , édité par Farreno (vingt-cinq volumes), puis les recueils de Proske, les Psaumes de Marcello, les Messes de Cherubini, les opéras depuis Lulli jusqu’à Massenet et Delibes ; tout Haydn, tout Boccherini, tout Mozart, Viotti, Beethoven, Schubert, Binck, Mendelssohn, Stéphen Heller, etc, etc. Dans le règlement de service, sinon de conservation de toutes ces richesses, le donateur a voulu, au péril des
dangers dont on l’effrayait, que la faculté de sortie ou prêts y fut le plus largement possible stipulée : estimant qu’il entendait faire de son legs acte de vie et d’utilité et non celui platonique et personnel du simple collectionneur. Cette volonté est logiquement celle de l’homme si bien doué et heureux, dont la longue existence a été accompagnée à chaque pas, peut-on dire au réel, des sons de la musique, d’une digne musique, celle qui pénètre à l’âme et à l’intelligence par l’oreille de l’esprit plus et mieux que par celle seulement du corps. Laurens en laisse pour lui le témoignage à la fois vénérable et charmant dans les innombrables recueils et documents divers, à la fois bibliothèque et musée, de sa belle collection musicale; et son âme, qui s’y mêla à celle de tant de maîtres, revivra dans la voix et sous les doigts de tous ceux qu’il a voulu si magnifiquement convier à en faire usage.
Projeté depuis longtemps et voulu être fait de son vivant, ainsi qu’il en agissait pour de ses aquarelles, dessins, lithographies, etc., le don de sa collection musicale à la bibliothèque de sa ville natale y fut annoncé au mois de juin 1888 et réalisé avant trois mois après, dès le 13 octobre. Il avait été spécifié dans un testament très antérieur qui l'eût garanti après sa mort, mais qu’il put, sans l’attendre, déchirer comme devenu inutile, une fois le fait accompli. Seulement la lettre d’envoi et de diverses instructions, des plus libérales, se terminait par ces lignes : « J’eprouve une grande satisfaction qui toutefois n’est pas sans tristesse, d’envoyer dans
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ma patrie ce qui va constituer un monument funéraire qui dira la manière sérieuse dont j’ai cultivé et aimé l’art musical. »
Le préambule du susdit réglement de service de là Bibliothèque de Laurens fait apprécier l’esprit de libéralilé qui en a dicté les articles. « Si quelques rares musiciens, y est-il dit, peuvent savamment, quoique toujours insuffisamment, lire la musique comme on lit un livre de science, de littérature ou de philosophie, il faut surtout pouvoir l’exécuter, c’est-à-dire l’entendre par les voix et par les instruments, et pour cela, il faut avoir la faculté d’en tenir chez soi les cahiers, albums ou volumes. » Or, désirant que la collection en question soit utile à ses concitoyens ou autres habitants de la localité intéressés à la pratiquer, le donateur prieM. le Maire et le comité de surveillance de la bibliothèque et du Musée d’autoriser le prêt au dehors (à l’exception de quelques pièces tout particulièrement désignées) des ouvrages qui seront demandés par des musiciens qui voudraient les exécuter eux-mêmes chez eux, dans une réunion ou dans un cercle privés ou publics (représentations théâtrales et places publiques exceptées).
Ces prêts seront soumis à des règlements ou conditions analogues à ceux généraux des bibliothèques d’Inguimbert, Barjavel, etc.
1° — Aux conditions ci-dessous, il sera fait des prêts à domicile de Carpentras et des localités suivantes : Monteux, Velleron, Pernes, Laroque-sur- Pernes, Saint-Didier, Venasque, Malemort, Blauvac,
Méthamis, Villes, Mormoiron, Mazan, Flassan, Bedoin, Grillon, Saint-Pierre - de-Vassols , Modène, Garomb, Le Barroux, Sain t-Hi ppoly te, Beanmes, , Aubignan , Vacqueyras , Gigondas , Loriol, Sarrians.
8° — Si, au terme de trois années, à partir de la date de l’exercice du présent règlement, le système des prêts s’ést trouvé exposé à une trop fâcheuse expérience, seront rapportés, sur l’avis de la Commission, les articles qui l’avaient institué. »
A l’unanimité des personnes dissuadant Laurens même de cet essai de prêts, auxquels elles assignaient un résultat rapide de dilapidation et de destruction totale à terme plus ou moins rapproché, «Eh! bien, opposait-il, des volumes, des cahiers détériorés, égarés, perdus, tant pis, c’està-dire tant mieux ! après tout, si cela prouve au moins qu’ils auront servi, de préférence à rester lettre morte sur les rayons et dans la poussière de leurs boiseries. »
Chez un bienfaiteur, un donateur quelconque, faire lui-même, donner de son vivant, ce qui est généralement désapprouvé, entravé par son plus proche entourage, et qu’il paye ainsi de bien des ennuis et chagrins, c’est mériter deux fois et de ses contemporains et après soi. Heureusement Laurens a pu voir ses collections à la place voulue, les y ayant disposées presque de ses propres mains, et a pu constater, assez longtemps déjà avant sa fin, l’empressée reconnaissance du pays en lisant
son nom inscrit sur les rues et dans les monuments de sa ville natale.
Un catalogue de la bibliothèque musicale de Laurens a été, dès la première heure, vivement désiré et formellement commandé par le professeur Eysséric. Son édition sera entièrement due à une de ces libéralités à tous degrés avec lesquelles ne comptait jamais son patriotisme local. Il a été établi par Jules Laurens, qui a aussi fourni les matériaux de la notice qui le précède, avec un portrait, et dont nul plus et mieux que, lui n’eùt possédé les éléments.