SCENE II
Lss Mêmes, LE DUC.
LE COMTE. [lois.
Les auteurs sont trois fous... aux termes de nos De haute trahison, convaincus tous les trois. Ils peuvent à l'instant envoyés au supplice. Etre décapités... le crime est clair... justice! Cependant, pensons-y; toujours hors du fourreau. Voir un glaive qui brille en la main du bourreau. C'est un triste spectacle à l'époque où nous sommes. La mort a bientôt fait de moissonner des hommes : Or, combien sans égardspourl'àgeetpour lerang. Depuis cinq ans passés prodiguons-nous de sang? Du plus pur, sans pitié, nous épuisons nos veines : L'échafaud, en nos murs, tientlieu de toutcspeines. Sur le moindre prétexte, au plus léger soujiçon. On prend un malheureux, on le traîne en prison; Et sans l'avoir jugé, sans nulle procédure, On l'envoie à la mort... Oh! mais si cela dure, Savez-vous bien, messieurs, ce qu'il en adviendra? Que le peuple à ce sang un jour s'enivrera. Et que brisant ses fers, votre unique refuge. Des bourreaux à son tour il se fera le juge! Je respecte du duc les suprêmes arrêts...
LE orc, l'interrompant.
Vraiment, comte Ottavio?
Moment de silence général. Le Comte, élonné,so retourne. 1.0 Une alors quitte sa place et vient, les hras croisés, sa DltlU«eufiCC<]ului,
MAGASIN THEATRAL
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LE COMTE, avec une fermeté respectueuse.
Je voudrais moins qu'un autre, à ses ordres con-
[ traire, Par ma démarche ici, l'irriter, lui déplaire; Mais dût-il m'en punir, je le dis sans effroi. J'entends user, messieurs, du bienfait de la loi... Assurément Pazzi, Belmonte son complice.
Traîtres au premier chef, sontdignes du supplice: Manfredini n'est point moins coupable à mes yeux; Le texte est là... le duc n'a qu'à dire : Je veux; Chacun d'eux, sur ce mot, au fer livre sa tête... Mais qu'ajoute la loi? Que, si formant requête, Trois nobles, homme ou femme, attaquent cet ar- II y sera sursis. Duc, dans votre intérêt, [rêt, Par respect pour vous-même et pour votre mé-
Cmoire,
Il prend la plume et signe.
Je m'oppose.
LE DUC, avec une rage concentrée.
Merci, vous songez à ma gloire!
Vous êtes seul?
LE COMTEo
Non pas, un autre signe aussi.
LE DUC
Quel est cet insolent?
LE COUTE
Qui, duc? Pierre Strozzi!
LE DUC
Ah! voilà quel usage il fait de ma clémence?
LE COMTE
C'est son droit : noble, il est citoyen de Florence?
LE DUC
C'est juste... j'oubliais que, pour prix de ses biens. Il nous avait tantôt vendu le sang des siens!... Notre marché tiendra; car ce n'est pas tout, comte; Deux noms à ce placet ne font pas notre compte: Il en faut un troisième...
Il se retourne vers le groupe de Courtisans, et promenant sur eux des regards scrutateurs.
Allons, qui signera?
Personne ne bouge; tout-à-coup,au milieu du silence général , la portière qui ferme les appartemens de la Duclicsse se tire, deux femmes paraissent ; l'une d'elles s'avance et dit en prenant la plume.
IDANA.
Moi, Juana Ginori, marquise de Leva.
Elle signe d'une main ferme et présente le placet au Duc ; celui-ci,pâle de colère, l'arraclie plutôt qu'il ne le prend, et, le froissant de rage, il entre chez la Duchesse en jetant un coup d'œil menaçant k Ottavio.
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