‹ Laurent de MédicisChapitre 12 sur 34 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

LORENZO, SALVIATI, ANDRÉA CORSINI, PITTI, LE CARDINAL CIBO, JULIEN BUONAMICI DE PRATO , LE COMTE OTTAVIO MANFIÉRI, Codrtisans.

Au lever du rideau ,1a scène est occupée dans le fond par différens groupes de Courtisans qui se promènent, causant entre eux, et attendent pour aller faire leur cour qu'on ouvre la porte des appartemens de la Duchesse. Parmi eux se remarquent au premier rang Lorenzo Salviati, Andréa Corsini, jeunes seigneurs des premibics familles de Florence, Pitti, chef de la banque, le cardinal Ciho, et Julien Buonamici de Prato, religieux de l'ordre des Carmes, qui passait alors pour un astrologue fameux ; survient en dernier le comte Ottavio Manfiéri.

lE COMTE, entre comme un homme préoccupé, sans saluer personne, et quand il est une fois tout-à-fail en scène, il se dit à lui-même. Je l'avais bien pensé... de cette trahison Il ne pouvait souiller l'honneur de sa maison. Oui, Strozzi, je te crois; à toi je m'en rapporte; Ton but était coupable, et l'entreprise avorte. C'est juste.. .mais au moins sauvons les malheureux Qu'à tort tu compromis par d'imprudens aveux. Que ta voix, que la mienne en leur faveur proteste; Gagnons ainsi du temps... et Dieu fera le reste!

II se retourne et promène ses regards sur la foule de Courtisans qui occupent le fond delà galerie.

Diantre! il paraît qu'on sait la nouvelle du jour! Quelle foule empressée à faire ici sa cour 1 Haut commerce, clergé, noblesse, rien n'y manque: Lorenzo, Corsini, Pitti, chef de la banque, Le cardinal Cibo, jusqu'à ce moine enfin. Astrologue en renom, dont on fait un devin, Mais qui vient un peu tard complimenter le maître, Lui qui doit, par état, tout prévoir et connaître. Oh ! que vous voilà bien, race vraiment à part, Courtisans éhonlés! pas un n'est en retard! C'est à qui , composant son air et son visage, Saluera le premier le duc à son passage, Et, le félicitant du péril dont il sort, Le bénira vivant quand il le voudrait mort. Sur de pareils appuis faut-il donc que je compte? A rien mendier d'eux vraiment j'ai quelque honte. Mais enfin le temps presse... essayons... il le faut. Dans une heure peul-ôtre on dresse l'échafaud

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les pétitions adressées au Duc, et, tournant le dos à la porte de la galerie et à celle par laquelle on entre chez la Duchesse, il s'assied et jette un placet sur la tahic; son geste attire l'attention des Courtisans ; tous le regardent avec étonnement et se rapprochent. Quand il a pr>s connaissance du placet, il se lève, et s'adressant à la 1 ouïe qui lui fait face, il dit :

Messieurs, un attentat a menacé Florence, Attentat inouï, qui tient de la démence...

Comme il achève ces mots, le Duc paraît derrière lui sur le seuil de la porte d'entrée. Il fait signe de la main aux Courtisans qui l'aperçoivent de ne point interrompre le comte Ottavio en trahissant sa présence. Ceux-ci obéissent, et le Comte continue sans se douter que le Duc est Ta qui prête l'oreille.

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