‹ Laurent de MédicisChapitre 15 sur 34 · JUANA, LUCRECIA · texte numérisé non relu

JUANA, LUCRECIA

JUANA, vivement à Lucrécia aussitôt que les Cour-

tisons sont sortis, 0 Lucrécia! comment d'un esprit agité ' Te peindre les tourmens, la triste anxiété ?

LUCRÉCIA.

Madame....

JUANA

Conçoit-on qu'en aussi peu d'espace Tant de trouble en un cœur se succède ctse passe?

LUCRÉCIA.

Calmez-vous.

JUANA

Eh! le puis-je, alors que, de concert.

Tout me confond, m'accable 1 Oh! ma tète se perd! Dans tant de faits divers que croire, que résoudre î Que penser de Strozzi ? le condamner? l'absoudre? Le supposer fidèle ou traître à ses amis. Et partant digne encor d'estime ou de mépris? Comment est-il ici? que fait-il dans Florence ? Pourquoi ne m'a-t-il point annoncé sa présence? Quoil c'est par d'autres voix que j'apprends son

[retour !

Ah ! si tel est le prix qu'il garde à mon amour, Si ce sont là les soins dont son ingrate flamme Compte en secret payer tous les vœux de mon ame. Pourquoi faut-il encor que, trop faible aujour-,

[d'huî, Au lieu de l'oublier, je m'intéresse à lui?...

LUCRÉCIA.

N'anticipez sur rien, madame : ici peut-être De 8es actes Strozzi n'a point été le maître.

Avant de le juger, voyez, rappelez-vous, Si libres, en tout temps nous dépendons de nous? Je sais qu'il court partout une rumeur confuse : Qu'on loue ici Strozzi, que plus loin on l'accuse... Qu'on parle vaguement de traîtres, de complots... Mais sont-ce donc des faits, madame, que ces

[mots, Et devez vou.s, doutant de l'homme qui vous aime, Le condamner avant de l'entendre lui-même?

JDANA.

Qu'ingénieuse, hélas! à tromper mon ennui. Ton amitié me prête un secourable appui , Lucrécia! que tu sais, attentive à mes plaintes, Alléger avec art mes soupçons et mes craintes! Oh! je te remercie! Éloquente en ce jour, Par tes tendres conseils rassure mon amour : Dis-moi qu'il m'aime encor, qu'à ses yeux tou-

[j ours chère, Je ne me repais point d'une vainc chimère; Qu'un motif tout-puissant l'enchaîne loin de moi, Mais qu'il m'a su garder une constante foi..: Enfin, pour l'excuser, vois, parle, cherche, in-

[vente ; Et que l'amie au moins console ici l'amante : Engagée à Strozzi dés mes plus jeunes ans. Tu sais comment le sort traversa tous nos plans... Par un décret banni, lui suivit sa famille :' Et moi, des Capponi, l'héritière et la fille, Sacrifiée alors par un père inhumain.

Au marquis de Leva, je dus livrer ma main. Malheureuse union, triste et sombre journée, Où comme une victime à l'autel entraînée, Des lèvres, ô mon Dieu ! j'acceptai pour époux Un vieillard. ..que mon cœur reniait devant vousl... Bientôt je vis la cour, ambition funeste, Qui de tous mes malheurs devait causer le reste. Je parus chez ces grands qu'au fond je détestais. Monde si différent du monde oii je vivais , Et dans le sein duquel, veuve avant une année, Je restai tout-à-coup perdue, abandonnée, Seule à me préserver des embûches d'autrui, D'hommages entourée, et ne songeant qu'à lui! A lui pauvre exilé ! qui, loin de sa patrie, Traînait une existence injustement flétrie ; Qui, doublement puni, puisque de tous les siens Il partageait l'exil, dépouillé de ses biens, Sans soutien, sans appui, sans espérance aucune, Plus grand que son malheur, défiait la fortune, Et n'avait conservé , dans ces jours d'abandon. Que l'amour d'une femme, irrévocable don l

LUCRÉCIA.

Et vous supposeriez que d'une ardeur si belle Celui qui fait l'objet vous piH être infidèle ! Que lorsque après cinq ans d'épreuves, de tour-

[ment.

Le ciel trop long-temps sourd vous ramène un

[amant, Le perfide vous fuit, à dessein vous élude ! Oh ! non, ne croyez point à tant d'ingratitude : Cela ne se peut pas, mad.nne, et si Strozzi... Mais je l'excuse en vain, lui-même le voici.

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Pierre 1

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