SCENE y
JUANA, LUCRÉCIA, STROZZI IDANA, se retournant,
STROZZI
Juana t
Les deux amans se pre'cipitent l'un vers l'autre. Lucre'cia, en came'riste discrèle, leur ménage un tétc-à-lt-le cl va faire le guel à l'c.\.lrcmilc de la galerie.
JUANA
C'est toi que je vois, que je touche...» Enfin!
STROZZI
Par quel bonheur?
JUANA
Oh! n'ouvre pas la bouche !
Avant que de t'entendre, avant que de parler, Ohl laisse mon regard ainsi te contempler !
Juana !
JUANA
Qu'ils furent longs les jours de ton absence!
Avec reproche.
Et que tu me viens tard, toi d'hier dans Florencel
STROZZI
D'hier! quoi vous saviez...?
JUANA
Oui, par d'autres que toi...
Par d'étranges discours arrivés jusqu'à moi. Mais je n'en ai point cru la honteuse nouvelle; Je connais trop toname... elle est grande, elle
[est belle; En vain tous l'affirmaient... Pierre, si j'ai douté; Ah! c'est de ton amour, non de ta loyauté,..
STROZZI
Qui repondait de l'une à tort doutait de l'autre : Mon cœur n'est point changé. ..
JUANA
Vrai?
STROZZI
J'en appelle au vôtre.
Je vous aime, Juana, non plus comme au moment Où, jeune fille encor, vous eûtes mon serment; Où par ma noble mère, a ce serment présente, Je jurai de n'avoir jamais une autre amante ; Non plus comme une femme à qui devant le cie On se croit engagé par un vœu solennel... Vous êtes à mes yeux un culte, une croyance. Mon espoir et ma foi... toute ma providence ! Quelque chose de saint, de pur et de sacre. Qu'on invoque à genoux comme un être adoré. Qu'on entoure d'égards, de respects, de tendresse! Car dans les jours mauvais, vous seule à ma dé-
[tressc, Quand tous m'abandonnaient, vous avez compatij, El, fidèle au malheur, m; m'avez poiuttrnbi!
MAGASIN THEATRAL
JUANA
Mon Dieu ! vous l'entendez 1 oh ! je vous remercie ! Souffrez qu'à mon bonheur mon cœur vous associe. Si, murmurant parfois, j'accusai vos rigueurs, Soyez béni du moins quand vous séchez mes pleurs! Pierre, écoute : je crois à cette ardeur sincère Que tu me peins si bien et dont mon ame est fière I Je ne m'explique pointcomment tes trois amis, Lorsque ici tu viens libre, à la mort sont promis. Je devine encor moins par quelle circonstance D'un ennemi tu sus conquérir la clémence... Mais, quelque obscur que soit ce bizarre décret, Sans crainte à ton honneur j'en laisse le secret. Certaine que je suis, sûre, avant toute chose. Que rien à mon estime envers toi ne s'oppose. De ta franchise, ami, je n'attends, je ne veux Qu'un mot... mais dis-le-moi?
STROZZI
Si je puis.
jrCANA.
Tu le peux. Combien de temps crois-tu séjourner à Florence?
STROZZI
Au plus un jour... demain j'en partirai, je pense.
JDANA.
Demain? Eh bien! Strozzi, si tu m'aimes vraiment, Le moment est venu de le prouver.. #
STROZZI
Comment?
JUANA
Emmène-moi d'ici...
STROZZI
Vous, Juana?
JUANA
Le temps presse...
Sans retard, de ces lieux arrache ta maîtresse; Qu'elle fuie avec toi... ne la refuse pas... Partout, au bout du monde elle suivra tes pas, Sans l'adresser jamais une plainte importune, rièrede partager ton sort et ta fortune... De supporter tes maux, d'en prendre la moitié; Si ce n'est par amour, oh! fais-le par pitié!...
STROZZI
Que dites-vous, Juana ?
JDANA.
Qu'ici je suis perdue, Si tu t'en vas sans moi; que ton départ me tue; Qu'il me faut à l'instant déserter ce séjour- Leduc... m'aime I
Le duc ! oh! trop infâme court Repaire de débauche, où de la perfidie La trame à mon égard fut doublement ourdie! Ce n'était point assez d'un ami déloyal. Il m'y fallait encor rencontrer un rival! 11 vous aime... le duc! qui vous l'a dit?
JUANA
Lui-même.
STROZZI
Oh! vous avez raison, le péril est extrême. Il faut partir, Juana... dire à Florence adieu! Car cet homme du crime, hélas! s'est fait un jeu.
Il ne respecte rien, ni vertu ni justice... Malheur à la beauté qui fixa son caprice. Et qui , par lui vouée à servir ses plaisirs. Alluma dans son cœur d'impudiques désirs I La mère en vain protège une fille chérie ; Au souffle impur du monstre elle est bientôt flétrie, A moins qu'avant sa honte un noble désespoir Ne vienne en l'éclairant lui dicter son devoir. Lucrèce, ô d'un tel nom courage héréditaire t Lucrèce de Mazzan à sa flamme adultère N'échappa, pauvre enfant! qu'en se perçant le sein, Qu'en préférant la mort à cet autre Tarquin! Louise... des Nelli la plus belle et l'aînée, Finit par le poison sa triste destinée. Et je balancerais quand c'est à votre tour De lutter, faible femme, avec un tel amour 1... Non, Juana. Par le Dieu qui tous deux nous écoute. Vers mon père, avec moi, sous peu vous ferez route.
3VAWA.
Oh! merci!
Loin des cours, ce théâtre maudit, Vous viendrez habiter l'asile d'un proscrit. Mais avant,jusqu'aubout de votrehonncur jalouse. Souffrez qu'en vous prenant ce proscrit vous épouse. - Le monde est envieux... plein deproposméchans... Commençons par fermer la bouche auxmédisans: Qu'une union sans pompe...
JUANA, l'itilerrompant, '
On dirait que ton ame Lit au fond de mon cœur.
Elle lui tend la roaic.
Strozzi, voici ta femme!
A toi j'étais déjà... que nos liens, bénis. Soient approuvés du ciel. Quandserons-nousunis?
STROZZI
Quand?
* A part.
0 fatal combat que je ne puis remettre I
Haut.
Un mot d'écrit...
LUCRÉciA, rentrantprêcipitamment.
Quelqu'un !
A ce signalj les deux amans se cVisposenl à se séparer, et Juana va pour rentrer chei la Duchesse.
STROZZI, reconduisant sa maîtresse.
Un rendez-vous par lettre Saura vous indiquer et le temps et le lieu De cet hymen secret..-.
JUANA, avec prière.
Oh! bientôt! STROZZI, lui baisant la main.
Avant peu.
LucTccia et Juana rentrent cbci la DuclicMe.
LAURENT DE JMÉDICIS.
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