‹ Laurent de MédicisChapitre 18 sur 34 · SCENE YII · texte numérisé non relu

SCENE YII

SCOROUCOULO, seul; puis LAURENT.

SCOROUCOCLO.

Ou je me trompe, ou bien l'homme qui sort d'ici Est un homme de cœur... De me parler ainsi, Bien t'en a pris, mon maître : en te voyant

La maiu suv son pulynar,!, -lu'Ll a li.-.i à ilcmi.

Ma haine Saisit d'abord ce fer... qu'il rentre dans sa gaine. Grâce à loi, sans un tiers, jadis, j'étais pendu! Tantôt tu m'as volé le prix qui m'était dû, En te livrant au duc avant moi... double dette! Mais, li.ilil ce dernier trait a demi la rachète : Quel qnc soil envers toi tout mon ressentiment. Tu viens à mon sujet d'agir si noblement. Que j'aurais vraiment tort, pour régler notre

[ compte, D'user de trahison... ce serait trop de honte ! Lorsqu'on procède ainsi, l'on ne peut, sans égard,

A qui prend une épée opposer un poignard!

LAURENT, sortant des appartemens du duc. Eh ! mais que fais-tu donc î je suis las de t'at-

[ tendre.

SCOROCCOTJLO.

Je recevais pour vous une visite à rendre. Ne vous rencontrant pas, le visiteur, pressé. M'a chargé de ce mot qu'il a pour vous laissé.

Il donae à Laurent le billet de Slrozzi.

LAURENT, Couvrant rapidement.

C'est de Strozzi?

SCOROUCOCLO.

De lui.

LAURENT

Voyons ce que sa lettre Peut nous dire.

SCOROUCOULO, s' approchant avec curiosité. Voyons.

LAURENT, l'écartant.

Si tu voulais permettre; Tu vas plus loin, mon cher, qu'il ne t'est accordé.

Il lit:

« Ce soir, minuit sonnant...

Avec une surprbe croissante.

Dans la rue Alcordé, » Maison delaZecca, je vous attends sans faute. »

Interrompant sa lecture.

Maison de la Zecca! Se peut-il? Quoi! cet hôte Par qui fut avant nous loué pour aujourd'hui Le pavillon au nôtre attenant! c'est donc lui ! Le singulier hasard ! la bizarre aventure I

Il reprend sa lecture.

« Venez; bien avant vous j'y serai, je le jure. » Pardon du rendez-vous! je l'eusse mieux choisi, «Mais le temps m'a manqué, je pars demain.

[SxRozzi. » O d'un cœur vraiment brave admirable noblessel Point de mots, nulle injure! un autre à sa maîtresse Donnerait cette nuit un rendez-vous secret. Que sa phrase aussi simple ainsi se traduirait.

Comme frappe d'une inspiration subite.

Mais j'y songe; en ce sens si je faisais usage De ce cartel, peut-être...

Il le parcoort une seconde fois.

Oh! oui, jamais message Ne vint plus à propos seconder mes projets... Point d'adresse, de nom ! je réponds du succès. Scoroucoulo, dis-moi !

Scoroucoulo ne bouge pas.

Quoi! tu boudes! approche.

Et ne fais point le Cer pour un léger reproche. Qui connaît comme moi ton zèle officieux, Pouvait te pardonner d'être un peu curieux. Mais tu sais, je suis brusque, excuse ma rudesse. As-tu revu tantôt notre estimable hôtesse?

SCOROUCOCLO.

LaZeccaîjerai vue.

LAURENT

Elle consent toujours A prêter un asile à mes folles amours?

SCOROUCOULO, tifant un paquet de clefs.

Voici les clefs du lieu.

C'est bien ; tu vas sur l'heure Aller, ma bourse en main, mettre ordre à la de- SCOROUCODLO, recevant la bourse, [meure.

Âh! je suis de la fête!

LAURENT

On te fait cet honneur.

En route tu prendras deux des tiens, gens de cœur.

SCOROUCODLO.

Bramante et Pandolfo ?

LAURENT

Pandolfo, soit, Bramante, Va pourceux-là... du nom fort peu jeme tourmente, Mais je veux des gens sûrs, actifs, intelligens, Dont tu puisses répondre, entends-tu bien?

SCORODCOULO.

J'entends.

LAURENT

Puis vous munissant tous de quelque bonne épéc, Quittant bien le fourreau, solidement trempée, Vous vous attablerez sans faire de façons Tête-à-tête tous trois près de quelques flacons, Chacun buvant, mangeant, blasphémant ciel et

[terre, Mais gardant sa raison tout en vidant son verre.

SCOROUCOULO.

Cela n'est pas toujours ais,é.

LAURENT

Facile ou non. Du sang-froid avant tout, car il m'en faut, sinon , A défaut de tes gens, on en choisira d'autres.

SCOROUCOULO, gravement.

Maître, permettez-moi: mes jours, ce sont les

[vôtres; Je vous l'ai dit cent fois, je le répète encor, Je feraispour vous seul toutce qu'au poidsde l'or Un autre vainement me supplîrait de faire. Et pourtant vous savez si j'ai le nécessaire! Je suis pour vous l'esclave et fidèleel soumis Que ne vaudra jamais le meilleur des amis; Je vais où vous voulez ; si votre cœur désire, Avant qu'il ait parlé, dans vos yeux j'ai su lire. . . Pas à pas je vous suis, toujours, partout, si bien, Que j'ai moins l'air souvent d'un homme que d'un

[chien.

Flattant ceux que mon maître avec plaisir aborde, Et leur montrantles dents s'il veut que je les morde.

LAURENT

Eb bien, après?

SCOROtJCOUlO.

Eh bien, malgré l'attachement D'un zèle aveugle prêt à tout événement; Malgré ce dévoûment que la reconnaissance A gravé dans mon cœur et que rien n'y balance, Qui soumet à vos lois ma pensée et mon bras, L'une pour obéir et l'autre agir, au cas Qu'un importun survienne, obstruant votre route; Je dois vous prévenir, pour vous tirer de doute. Qu'il est un homme ici contre lequel en vain Pour un assassinat vous armeriez ma main.

Hésitant.

Cet bomipç.^.

LAURENT, à part, Est-ce le duc?

SCOROUCOULO.

De moi vous allez rire; Le scrupule est plaisant... c'est... Strozzi. LAURENT, à part.

Je respire!

Haut.

Quoi! ce même ennemi que ton ressentiment Ce matin...

SCOROUCOULO.

Oh! toujours je le hais ! seulement, Comme il a fait un trait qui lui vaut mon estime,^ Je neveux pas qu'il soit d'un guet-apens victimOr Vous vous battez tous deux ?

LAURENT

C'est vrai, qui te l'a dit?

SCOROUCOULO.

Quelqu'un bien informé... celui qui vous écrit...

LAURENT

Strozzi t'a confié î

SCOROUCOULO.

Mieux que cela, mon miîtrc.

Il m'a pris pour témoin, et quand j'allais peut-être Invoquer contre lui quelque autre trahison, II m'a lui-même offert de me rendre raison, M'élevant jusqu'à lui, sans hésiter, tout comme Si j'étais, moi, bandit, un noble gentilhomme!

Vraiment?

SCOROUCOULO.

J'ai sa parole... il a la mienne aussi... Vous mort, j e vous remplace. . . Or, je vous jure ici Que, dût-il de nous deux faisant une hécatombe, Nous coucher côte à côte en une même tombe. Je ne souffrirai pas qu'on lui manque de foi Avant qu'envers vous libre, il s'acquitte avec moi.

LAURENT

Le serment est très-beau ; mais il est inutile. Jaloux de ton honneur, sur le mien sois tranquille. Va, fais ce que j'ai dit... de Strozzi je réponds... Tu seras son témoin... tes amis mes seconds... Je le veux bien ainsi... la fin de cette affaire. Prouvera si je suis un loyal adversaire. Tum'asentendu, pars... je vous joindraibientôt. Et de l'énigme alors tu comprendras le mot.

SCOROUCOULO.

Il suffit...

Il va pour sortir, Tout-à-coup Laurent le rappelle. Fausse sortie.

LAURENT

Ahl dis moi, j'oubliais une chose.

A part.

Et pourtant elle importe

Haut.

Encore à notre cause.

Contre un rude jouteur, dans ses duels heureux, Un hasard imprévu nous fait battre tous deux. Je commence... après moi, tu prends et tu me

[venges... Mais admettons. . . l'on voit de ces chances étranges, Quedcux fois coup sur coup, favorisé du sort,

MAGASIN THEATRAL

Notre ennemi vainqueur t'étendc à ses pieds moTt, Qui donc nous vengera?

SCOROUCOCLO.

Tiens, mais, au fait, j'y pense.

LAURENT

Tu n'en sais rien ?

SCOROCCOULO.

Ni vous?

LAURENT

Moi, je le sais d'avance...

Prends ce papier... du duc, tu vois, c'estunblanc-

[ seing.

Tu vas, sortant d'ici, le remplir de ta main, M'en faire un ordre exprès , bien et dûment en

[ forme.

De relâcher ces gens contre qui l'on informe, Manfredini, Pazzi, Belmonte... ces amis Qu'avant toi ce matin leur complice a trahis... Et tu le porteras... en passant, c'est ta route, A la prison d'état, le guichet sous la voûte. Conçois -tu?

SCOROUCOULO.

Je conçois...

Plus l'ordre pressera, Plus vite au nom du duc on les élargira...

SCOROUCOULO.

Fort bien ! mais à quoi bon? tous trois libres, en-

LAURENT. [suite?

Quoi ! tu ne comprends pas à quoi nous sert leur

[fuite?

Mais à nous assurer autant de successeurs : A laisser après nous d'implacables vengeurs, Qui, si nous succombons aujourd'hui dans la lice, D'un traître dans Strozzi feront bientôt justice. Cela devient-il clair ?

SCOROUCOULO.

D'honneur, c'est merveilleux I...

LAURENT

Ta donc, et sache agir quand je l'ai dit je veux.

'V\AA'WV\\'WW\V\VWWtVVVWt\VVA'VWVIAVVWV»VW\V^VWVW\aW\

Page 1