LAURENT, JUANA
Elle entre pensive, et va sans voir Laurent, qui s'est mis à l'écart , s'appuyer sur la balustrade du balcon , à droite, donnant du palais sur la place.
JUANA
Avantpeu, ra'a-t-il dit.. .Oh! que triste est l'attente! Qu'au sein de cette cour où je figure absente, Sous les yeux de cet homme à ma perte acharné. L'heure, loin de Strozzi, lentement a sonné!
Regardant sur la place.
Et rien... aucun message... Il ne me fait point dire Si demain... si ce soir... C'est donc bien long
[ d'écrire?
LAURENT , qui s'est approché d'elle.
Beaucoup moins que d'attendre, en proie à tant
C d'ennui, N'est-il pas vrai, madame, une lettre de lui?...
Il lui tend le billet.
JUANA, avec surprise.
Seigneur!
LAURENT
Ne craignez rien, Strozzi vers vous m'envoie Lisez vite, lisez... et gardez qu'on vous voie.
JUANA, à part, prenant la lettre avec méfiance. Se peut-il! Quoi! Strozzi...
EUo l'ouvre.
Mais oui, c'est bien sa main.
Après avols lu.
0 ciel! ce soir... minuit. Et son départ demain I
Réfléchissant.
Minuit rueAlcordé... seule à cette heure indue, Oserai-je...? Oh! j'irai! malgré l'heure et la rue... Car vous savez , mon Dieu ! pourquoi ce rendez-
[vous, Et c'est à vous d'unir la fiancée à l'époux !
A Laurent,
Seigneur Laurent, pardon... je ne suis qu'une
( femme , J'aime, et l'amour souvent rend crédule...
LAURENT
Madame...
JUANA
Mais je sais qu'autrefois une noble amitié Dès l'enfance aux Strozzi vous a, dit-on, lié : Et, bien que votre rang prés d'une autre personne Justifie assez mal un accord qui m'étonne... D'un mot quej'espérais vous présentant porteur, Je ne puis d'un soupçon entacher votre honneur. Reverrez -vous Strozzi?
XAURENT.
Madame, à son message
LAURENT
Il voudrait pour garant une réponse, un gage, Et j'ai dû, malgré moi, tant les amans sont fousl Lui promettre en retour un mot d'écrit de vous... Ai-je eu tort?
JUANA, hésitant.
Mais...
LAURENT
Voyons, que vous coûte une ligne ?
Acceptez, dites oui... Signez si Pierre signe. Seulement, par prudence, en l'invoquant tout bas, Iipitez sa réserve et ne le nommez pas...
JUANA
Vous l'exigez?...
LACREM.
Songez que c'est à lui d'attendre I
Aces mots Juana ne balance plus, elle s'approche de la taLle, prend le papier et la plume que lui présente Laurent et écrit rapidement en dictant tout haut les lignes suivantes :
JCANA, écrivant.
« Pour vous, rue Alcordé je consens àmerendre. » A ce soir donc, minuit... maison de la Zecca. » Scyez-y le premier... je vous joindrai. Jcana.»
LAURENT, à part.
Très-bien.
JUANA, pliant le billet et le lui donnant. Voici, seigneur... Aussi, moi, je suis folle I Mais vous avez promis... il faut tenir parole... Remettez au plus tôt ce billet qu'on attend, Et croyez que jamais un service si grand... LAURENT, l'interrompant et lui montrant le Duc
qui paraît.
Le duc !
A part.
n était temps !
JUANA
Ohî devant lui, silence!
LAURENT
Éloignez-vous sans crainte...
Juana sort; en passant devant le Duc, elle s'incline ; celui-ci lui rend son salut, et, les yeux, fixe's sur elle, la suit jusqu'au bout de la galerie. Pendant ce temps, Laurent, agitant le billet de Juana,s'e'crie en menaçant le Duc :
Et toi, ma proie, avance !
Et viens tète baissée, ici, mordre à ton tour.
Comme il achève, le Duc se retourne, et se dirige rapidement vers lui.
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