SCENE IX
LE DUC, JUANA, enfermée, LAURENT.
LE DUC. D'uge
Que vois-je? toi, Laurent? Et quel pouvoir t'ad- Le droit d'entrer ainsi?
LAURENT
L'autorité du juge?
LE DUC
Que dis-tu là?
Je dis qu'aussi vrai qu'en ce lieu Votre bouche d'un mot vient de blasphémer Dieu; Aussi vrai qu'à ma main resplendit cette épée, De votre main trop tôt par mégarde échappée... Aussi vrai, vous devez profiter des instans Que je vous laisse, duc... priez, il en est temps !
LE DUC
Malheureux, es-tu fou? quel horrible délire Égare ta raison?
LAURENT
Je m'en vais te le dire.
Il croise les bras , et , l'épée toujours dans la main droite, fait quelques pas vers le Duc.
Florence était esclave... à son vieux gonfanon, Un homme... un Médicis, indigne de ce nom, Foulant aux pieds ce legs de sa splendeur dernière, Avait substitué son glaive pour bannière... Plus de franchises, plus de libertés, de lois; Plus de sainte justice.
LE DUC, avec rage.
O fureur 1
LAURENT
Aux abois, Sous l'épieu du tyran, comme une bote fauve Qui se débat et meurt sans espoir qu'on la sauve, La patrie expirait, et de sanglans lambeaux A leur part de curée invitaient les bourreaux. Ce n'était point un règne. . . oh ! non, je t'en atteste
Ciel, qui d'un tel fléau nous fis le don funeste! C'était tout ce que peut enfanter d'odieux L'égarement d'un fou, mais d'un fou furieux!
Le Duc veut faire un pas vers la porte. Laurent le tient en respect avec son épée.
Arrière! écoute encor...
LE DUC
Misérable à deux faces !
LAURENT
Je n'ai point achevé... Chaque jour sur nos places Tandis que l'échafaud, au mépris des traités, Suppliciait les gens de la veille arrêtés!... Tandis que se signaient les exils, les sentences, Au profit du trésor créant des déshérences. Confisquant sans pudeur les biens de celui-ci, Déclarant celui-là corvéable à merci...
La nuit, larron d'honneur, au sein de la famille S'introduisait le vice, à l'un prenant sa fille, A l'autre sa fiancée; infâme ravisseur.
Qui jusqu'au fond du cloître insultait au SeigneurI Et tu t'imaginais, 6 comble de démence! Te ruer impuni dans ce désordre immense? Dieu se lasse à la fin. Duc, en lui si tu crois. Implore son pardon pour la dernière fois 1
LE DUC
Mais c'est un crime affreux ainsi m'ôter la yie?
LAURENT
Rappelle-toi tous ceux à qui tu l'as ravie.... Vois dans Colle Vecchio, victime de l'orgueil, Ta mère, avant le temps couchée en son cercueil, Et montrant à son flanc la blessure livide Qui t'accuse en silence, ô Néron parricide. Vois Giacomo Fiorli, qu'un poignard dans le sein. On trouva mort chez lui, dont tu sais l'assassin; Car en vain un faux bruit courut de bouche en
[bouche; Le meurtrier, c'est toi! toi, qui souillais sa couche! Vois Nelli, vois Mazzan, contre un vil suborneur, Au tombeau, toutes deux, confiant leur honneur... Enfin vois dans Itry, le crédule Hippolyte Acceptant le poison de ta main hypocrite I Et dis après si c'est justice ou trahison, Que ces morts par ma voix te demandent raison. As-tu prié?
LE DUC
Prié? Tiens, ma seule prière, Entends-la bien, Laurent, à mon heure dernière : Exécrable démon, vil et lâche serpent, Qu'à mes pieds, insensé! j'ai ramassé rampant, Et qui, tel que Satan, dans son indigne trame, Pour perdre l'homme, encore eut recours à la
[femme !
S'il est un Dieu.. . qu'un jour sous un fermeurtrier Un assassin te dise à ton tour de prier, Et me venge sur toi, toi qui venges les autres!... LAURENT, s'avançani vers le Duc l'épée haute. C'est tout?
LE DOC
J'ai dit !
MAGASIIS THEATRAL.
LAURENT
Meurs donc !
Le Duc, accule, se jelle dans le couloir obscur où sont cachés Scoroucoulo cl ses hravi ; à peine y a-t-il mis le pied, que Laureut s'ccrie d'une y/w éclatante :
Florence! à moi les nôtres!
A ce signal, on entend, dans le couloir, un hiuit de pas et uu cliquetis d'épées.
LB DUC, dans la coulisse.
Au secours! Trahison!
LAURENT
Tes cris sont superflus, Le ciel est sourd!
Le Duc, mortellement atteint et ses vêtcmensensanglante's, reparaît a l'entrée du couloir; il se ramponne un instant contrôle chambranle de la porte, chancelle, et tout-àcoup tombe raide mort sur la scène ; à ce moment sort Scoroucoulo, son épée nue à la main.
W\VIA<W\W\VW\>IW\WWV\VVt'VWWVVVAVV\V\AV\A\WVV\VVkVV\W\