Laurette;
Mes camarades étaient en avant, sur la route, à la suite du roi Louis XVIII ; '-' u
habit . tout à l'horizon au n lanciers de B
paru éveillaient et suivaient notre retraite |
montraient de temps en temps la flamme I lances11 à l'autre horizon. Un fer perdu a rdé mon
cheval : il était jeune et fort, je le pressai pour rejoindre
mon escadron ; il partit au grand trot. Je mis la main à ma ceinture, elle était assez garnie d'or ; j'entendis résonner le fourreau de fer de mon sabre sur 1'étrier,1 et je me sentis très-fier et parfaitement heureux.
Il pleuvait toujours, et je chantais toujours. Cependant je me tus bientôt, ennuyé de n'entendre que moi, et je n'entendis plus que la pluie et les pieds de mon cheval, qui pataugeaient dans les ornières.2 Le pavé de la route manqua; j'enfonçais, il fallut prendre le pas. Mes grandes bottes étaient enduites, en dehors, d'une croûte épaisse de boue jaune comme de l'ocre ; en dedans elles s'emplissaient de pluie. Je regardai mes épaulettes d'or toutes neuves, ma félicité et ma consolation ; elles étaient hérissées par l'eau,3 cela m'affligea.
Mon cheval baissait la tête ; je fis comme lui : je me mis à penser, et je me demandai, pour- la première fois, où j'allais. Je n'en savais absolument rien ; mais cela ne m'occupa pas longtemps : j'étais certain que, mon escadron étant là, là aussi était mon devoir. Comme je sentais en mon cœur un calme profond et inaltérable, j'en rendis grâce à ce sentiment ineffable du Devoir,4 et je cherchai à me l'expliquer. ^Voyant de près comment des fatigues inaccoutumées étaient gaîment portées par des têtes si blondes ou si blanches,5 comment un avenir assuré était si cavalièrement risqué 6 par tant d'hommes de vie heureuse et mondaine, et prenant ma part de cette satisfaction miraculeuse que donne à tout homme la conviction qu'il ne se peut soustraire à nulle des dettes de l'Honneur,7 je compris que c'était une chose plus facile et plus commune qu'on ne pense, que Y Abnégation.
Je me demandais si l'Abnégation de soi-même n'était pas un sentiment né avec nous ; ce que c'était 8 que ce besoin d'obéir et de remettre sa volonté en d'autres mains, comme
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quand un jour un p
. je me \ : milieu bour-
Ûvant un cor.:
j'y remai tît point
noir qui marchait. .'un. Je
n'en détournai pi ;\. Je ris que ce point noir allait
comme moi dans b direction de Lille.7 et qu'il allait en zigzag, ce qui annonçait une marche pénible. Je hâtai le
pas et je gagnai du terrain sur cet objet,1 qui s'allongea un peu et grossit à ma vue. Je repris le trot sur un sol plus ferme et je crus reconnaître une sorte de petite voiture noire. J'avais faim, j'espérai que c'était la voiture d'une cantinière,2 et considérant mon pauvre cheval comme une chaloupe, je lui fis faire force de rames3 pour arriver à cette île fortunée, dans cette mer où il s'enfonçait jusqu'au ventre quelquefois.
A une centaine de pas, je vins4 à distinguer clairement une petite charrette de bois blanc, couverte de trois cercles et d'une toile ciré.e noire. Cela ressemblait à un petit berceau posé sur deux roues. Les roues s'embourbaient jusqu'à l'essieu;5 un petit mulet qui les tirait était péniblement conduit par un homme à pied qui tenait la bride. Je m'approchai de lui et le considérai attentivement.
C'était un homme d'environ cinquante ans, à moustaches blanches, fort et grand, le dos voûté à la manière des vieux officiers d'infanterie qui ont porté le sac.6 Il en avait l'uniforme, et l'on entrevoyait une épaulette de chef de bataillon sous un petit manteau bleu court et usé. Il avait un visage endurci mais bon, comme à l'armée il y en a tant.7 Il me regarda de côté sous ses gros sourcils noirs, et tira lestement de sa charrette un fusil qu'il arma, en passant de l'autre côté de son mulet, dont il se faisait un rempart. Ayant vu sa cocarde blanche,8 je me contentai de montrer la manche de mon habit rouge, et il remit son fusil dans la charrette, en disant :
— Ah î c'est différent, je vous prenais pour un de ces lapins 9 qui courent après nous. Voulez-vous boire la goutte?10
— Volontiers, dis-je en m 'approchant, il y a vingt-quatre heures que je n'ai bu.
Il avait à son cou une noix de coco, très-bien sculptée, arrangée en flacon, avec un goulot d'argent, et dont il sem-
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j'ai là dedans?
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Je dis : — \h : IVtonnement. et je me it
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— Cette rnauva coûté bieo cher,
reprit-il, ni le mulet non plus ; mais c'est tout ce qu'il me faut, quoique ce chemin-là soit un ruban de queue un peu long.1
Je lui offris de monter mon cheval quand il serait fatigué ; et comme je ne lui parlais que gravement et avec simplicité de son équipage, dont il craignait le ridicule, il se mit à son aise tout à coup,2 et, s'approchant de mon étrier, me frappa sur le genou en me disant : — Eh bien, vous êtes un bon enfant,3 quoique dans les Rouges.4
Je sentis dans son accent amer, en désignant ainsi les quatre Compagnies-Rouges, combien de préventions haineuses avaient données ô à l'armée le luxe et les grades de ces corps d'officiers.
— Cependant, ajouta-t-il,6 je n'accepterai pas votre offre, vu que je ne sais pas monter à cheval et que ce n'est pas mon affaire, à moi.7
— Mais, Commandant, les officiers supérieurs comme vous y sont obligés.
— Bah ! une fois par an, à l'inspection, et encore sur un cheval de louage.8 Moi j'ai toujours été marin, et depuis fantassin ; je ne connais pas l'équitation.
Il fit vingt pas en me regardant de côté de temps à autre, comme s'attendant à une question : et comme il ne venait pas un mot,9 il poursuivit :
— Vous n'êtes pas curieux, par exemple ! 10 cela devrait vous étonner, ce que je dis là.
— Je m'étonne bien peu, dis-je.
— Oh ! cependant si je vous contais comment j'ai quitté la mer, nous verrions.
— Eh bien, repris-je, pourquoi n'essayez-vous pas? cela vous réchauffera, et cela me fera oublier que la pluie m'entre dans le dos et ne s'arrête qu'à mes talons.
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n père étant Mais comme
{'aimais la mer/ une beDe nuit,
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pleine mer, et le capitaine aima mi are mous
l'eau. Quand vint b Révolution,11 j1
a mon tOQI d ne d'ur
bâtiment mareha:
ans.13 Comme l'ex-marine royale, vieille 1
i tout à coup dépeupla
capitaines dans la marine marchande. ]' quelques
[Ue je pourrai vous dire plus tard : on
me donna le commandement d'un brick de guerre nommé le Marat}
Le 28 fructidor2 1797, je reçus Tordre d'appareiller pour Cayenne.3 Je devais y conduire soixante soldats et un déporté^ qui restait des cent quatre-vingt-treize que la frégate la Décade avait pris à bord quelques jours auparavant. J'avais ordre de traiter cet individu avec ménagement,5 et la première lettre du Directoire 6 en renfermait une seconde, scellée de trois cachets rouges, au milieu desquels il y en avait un démesuré. J'avais défense d'ouvrir cette lettre avant le premier degré de latitude nord, du vingt-sept au vingt-huitième de longitude, c'est-à-dire près de passer la ligne.7
Cette grande lettre avait une figure toute particulière. Elle était longue, et fermée de si près 8 que je ne pus rien lire entre les angles ni à travers l'enveloppe. Je ne suis pas superstitieux, mais elle me fit peur, cette lettre. Je la mis dans ma chambre sous le verre d'une mauvaise petite pendule anglaise clouée au-dessus de mon lit. Ce lit-là était un vrai lit de marin, comme vous savez qu'ils sont. Mais je ne sais, moi, ce que je dis : vous avez tout au plus seize9 ans, vous ne pouvez pas avoir vu ça.
La chambre d'une reine ne peut pas être aussi proprement rangée que celle d'un marin, soit dit sans vouloir nous vanter. Chaque chose a sa petite place et son petit clou. Rien ne remue. Le bâtiment peut rouler tant qu'il veut sans rien déranger.10 Les meubles sont faits selon la forme du vaisseau et de la petite chambre qu'on a. Mon lit était un coffre. Quand on l'ouvrait, j'y couchais j quand on le fermait, c'était mon sofa, et j'y fumais ma pipe. Quelquefois c'était ma table ; alors on s'asseyait sur deux petits tonneaux qui étaient dans la chambre. Mon parquet était ciré et frotté comme de l'acajou,11 et brillant comme un bijou : un
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Elle se moquait de moi. — Ah ! je je vous tirai grondei allez.10 — Alors elle
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de suite bons amis.
Ce fut aussi une jolie traversée. J'eus toujours un temps fait exprès.1 Comme je n'avais jamais eu que des visages noirs à mon bord, je faisais venir à ma table, tous les jours, mes deux petits amoureux. Cela m'égayait. Quand nous avions mangé le biscuit et le poisson, la petite femme et son mari restaient à se regarder comme s'ils ne s'étaient jamais vus.2 Alors je me mettais 3 à rire de tout mon cœur et me moquais d'eux. Ils riaient aussi avec moi. Vous auriez ri de nous voir comme trois imbéciles,4 ne sachant pas ce que nous avions. C'est que c'était vraiment plaisant6 de les voir s'aimer comme ça ! Ils se trouvaient bien partout ; ils trouvaient bon tout ce qu'on leur donnait. Cependant ils étaient à la ration comme nous tous ; j'y ajoutais seulement un peu d'eau-de-vie suédoise quand ils dînaient avec moi, mais un petit verre, pour tenir mon rang. Ils couchaient dans un hamac, où le vaisseau les roulait comme ces deux poires que j'ai là dans mon mouchoir mouillé. Ils étaient alertes et contents.6 Je faisais comme vous, je ne questionnais pas. Qu'avais-je besoin de savoir leur nom et leurs affaires, moi, passeur d'eau?7 Je les portais de l'autre côté de la mer, corne j'aurais porté deux oiseaux de paradis.
J'avais fini, après un mois, par les regarder comme mes enfants.8 Tout le jour, quand je les appelais, ils venaient s'asseoir auprès de moi. Le jeune homme écrivait sur ma table, c'est-à-dire sur mon lit ; et, quand je voulais, il m'aidait à faire mon point-.9 il le sut bientôt faire aussi bien que moi; j'en étais quelquefois tout interdit.10 La jeune femme s'asseyait sur un petit baril11 et se mettait à coudre.
Un jour qu'ils étaient poses comme cela, je leur dis :
— Savez-vous, mes petits amis, que nous faisons un tableau de famille comme nous voilà? Je ne veux pas vous interroger, mais probablement vous n'avez pas plus d'argent
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