‹ Laurette;Chapitre 2 sur 21 · I : il me tendit h n · texte numérisé non relu

I : il me tendit h n

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comme un poisson : 068 elle.

comme de l'or. Comme ils continua

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— Moi, dis-je, je ne sais ce que vous avt jur être

déporté, mais vous me direz ça un jour, ou pas du tout, si vous voulez. Vous ne m'avez pas l'air d'avoir la conscience bien lourde, et je suis bien sûr que j'en ai fait bien d'autres que vous1 dans ma vie, allez, pauvres innocents. Par exemple,2 tant que vous serez sous ma garde, je ne vous lâcherai pas,3 il ne faut pas vous y attendre ; 4 je vous couperais plutôt le cou comme à deux pigeons. Mais une fois l'épaule tte de côté, je ne connais plus ni amiral ni rien du tout.

— C'est que, reprit-il en secouant tristement sa tête brune, quoique un peu poudrée, comme cela se faisait encore à l'époque,6 c'est que je crois qu'il serait dangereux pour vous, capitaine, d'avoir l'air de nous connaître. Nous rions parce que 6 nous sommes jeunes ; nous avons l'air heureux, parce que nous nous aimons ; mais j'ai de vilains moments quand je pense à l'avenir, et je ne sais pas ce que deviendra ma pauvre Laure.

Il serra de nouveau la tête de la jeune femme sur sa poitrine :

— C'était bien là ce que je devais dire au capitaine ; n'est-ce pas, mon enfant, que vous auriez dit la même chose ?

Je pris ma pipe et je me levai, parce que je commençais à me sentir les yeux un peu mouillés, et que ça ne me va pas, à moi.7

— Allons ! allons ! dis-je, ça s'éclaircira par la suite.8 Si le tabac incommode madame, son absence est nécessaire.

Elle se leva, le visage tout en feu9 et tout humide de larmes, comme un enfant qu'on a grondé.

— D'ailleurs, me dit-elle en regardant ma pendule, vous n'y pensez pas, vous autres ; 10 et la lettre !

Je sentis quelque chose qui me fit de l'effet. J'eus comme une douleur aux cheveux quand elle me dit cela.

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tout ouvert, tout béant comme une gueule de loup. . . cela me mit de mauvaise humeur ; je pris mon habit et je raccrochai à la pendule, pour ne plus voir ni l'heure ni la chienne de lettre.1

J'allai achever ma pipe sur le pont. J'y restai jusqu'à la nuit.

Nous étions alors à la hauteur 2 des îles du cap Vert. Le Marat filait, vent en poupe, ses dix nœuds sans se gêner.3 La nuit était la plus belle que j'aie vue4 de ma vie près du tropique. La lune se levait à l'horizon, large comme un soleil ; la mer la coupait en deux et devenait toute blanche comme une nappe de neige couverte de petits diamants.5 Je regardais cela en fumant, assis sur mon banc. L'officier de quart 6 et les matelots ne disaient rien et regardaient comme moi l'ombre du brick sur l'eau. J'étais Content de ne rien entendre. J'aime le silence et l'ordre, moi. J'avais défendu tous les bruits et tous les feux. J'entrevis cependant une petite ligne rouge presque sous mes pieds. Je me serais bien mis en colère tout de suite ; 7 mais comme c'était chez mes petits déportés, je voulus m'assurer de ce qu'on faisait avant de me fâcher.8 Je n'eus que la peine de me baisser, je pus voir par le grand panneau 9 dans la petite chambre, et je regardai.

La jeune femme était à genoux et faisait ses prières. Il y avait une petite lampe qui l'éclairait.

Son mari était assis sur une petite malle, la tête sur ses mains, et la regardait prier. Elle leva la tête en haut comme au ciel, et je vis ses grands yeux bleus mouillés comme ceux d'une Madeleine. Pendant qu'elle priait, il prenait le bout de ses longs cheveux et les baisait sans faire de bruit. Quand elle eut fini, elle fit un signe de croix en souriant avec l'air d'aller en paradis.10 Je vis qu'il faisait comme elle un signe

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faisais là rien de surprenant?1 Je m'étonne seulement que vous en ayez été touché, mon ami ; tout cela est naturel. Et à présent je ne sais comment vous pouvez croire que je regrette rien,2 quand je suis avec vous pour vous aider à vivre, ou pour mourir avec vous si vous mourez*

Elle disait tout ça d'une voix si douce qu'on aurait cru que c'était une musique. J'en étais tout ému et je dis :

— Bonne petite femme,3 va !

Le jeune homme se mit à soupirer en frappant du pied et en baisant une jolie main qu'elle lui tendait.

— Laurette, ma Laurette ! disait-il, quand je pense que si nous avions retardé de quatre jours notre mariage,4 on m'arrêtait seul et je partais tout seul, je ne puis me pardonner.

Elle sourit comme un enfant, et lui dit une quantité de petites choses de femme,5 comme moi je n'avais jamais rien entendu de pareil. Elle lui fermait la bouche avec ses doigts pour parler toute seule. Elle disait, en jouant et en prenant ses longs cheveux comme un mouchoir pour lui essuyer les yeux : 6

— Est-ce que ce n'est pas bien mieux d'avoir avec toi une femme qui t'aime, dis, mon ami? Je suis bien contente, moi, d'aller à Cayenne ; je verrai des sauvages, des cocotiers comme ceux de Paul et Virginie,7 n'est-ce pas? Nous planterons chacun le nôtre. Nous verrons qui sera le meilleur jardinier. Nous nous ferons une petite case pour nous deux.8 Je travaillerai toute la journée et toute la nuit, si tu veux. Je suis forte ; tiens,9 regarde mes bras ; — tiens, je pourrais presque te soulever. Ne te moque pas de moi ; je sais trèsbien broder, d'ailleurs ; et n'y a-t-il pas une ville quelque part par là où il faille des brodeuses ? 10 Je donnerai des leçons de dessin et de musique si l'on veut aussi ; et si l'on y sait lire, tu écriras, toi.

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Il se mit à rire aussi comme un enfant :

— Ma loi. moi, I,1 mais je lai donne au petit

— Ah bah t-elle en fa:

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on n'est jamais plus gai que lorsqu'on n'a rien ; et n'ai-je pas en réserve I *es de diamai ma mère m'a

données ? cela est bon partout et pour tout, n'est-ce

Quand tu voudras nous les vendrons. D'ailleurs je crois que le bonhomme de capitaine 1 ne dit pas toutes ses bonnes intentions pour nous, et qu'il sait bien ce qu'il y a dans la lettre. C'est sûrement une recommandation pour nous au gouverneur de Cayenne.

— Peut-être, dit-il; qui sait?

— N'est-ce pas ? reprit sa petite femme ; tu es si bon que je suis sûre que le gouvernement t'a exilé pour un peu de temps, mais ne t'en veut 2 pas.

Elle avait dit ça si bien ! m'appelant le bonhomme de capitaine, que j'en fus tout remué et tout attendri ; et je me réjouis même, dans le cœur, de ce qu'elle avait peut-être deviné juste sur la lettre cachetée.3 Ils commençaient encore à s'embrasser ; je frappai du pied vivement sur le pont pour les faire finir.

Je leur criai :

— Eh ! dites donc,4 mes petits amis ! on a l'ordre d'éteindre tous les feux du bâtiment. Soufflez-moi votre lampe, s'il vous plaît.

Ils soufflèrent la lampe, et je les entendis rire en jasant tout bas dans l'ombre comme des écoliers.5 Je me remis à me promener seul sur mon tillac en fumant ma pipe. Toutes les étoiles du tropique étaient à leur poste, larges comme de petites lunes.6 Je les regardais en respirant un air qui sentait frais et bon.

Je me disais que certainement ces bons petits avaient deviné la vérité, et j'en étais tout ragaillardi.7 Il y avait bien à parier qu'un des cinq Directeurs s'était ravisé 8 et me les recommandait ; je ne m'expliquais pas bien pourquoi, parce qu'il y a des affaires d'Etat que je n'ai jamais comprises, moi; mais enfin je croyais cela, et, sans savoir pourquoi, j'étais content.

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