AU SENAT ET A LA CHAMBRE
Donnons la première place à l'hon. sénateur Riu David: Lr Sous le Coup d'une intime amitié de cinquante ans subitement brisée, c'était pour le survivant presque la mort.
En lisant cette Page attristée, on sent qu'il l'a écrite les larmes aux yeux et la plus profonde douleur dans l'âme :
noble figure dont on n’entendra plus cette voix mélodieuse qui en Europe Comme en Amérique, devant les auditoires d'élite comme devant les foules, était acclamée avec tant d'enthousiasme : il est éteint ce cerveau dont les projections lumineuses ont pendant plus d’un demisiècle éclairé le monde intellectuel : il ne battra plus & noble, ce grand cœur d'où jaillissait comme d’une Source intarissable tout ce qu'il y a de meilleur et de
plus beau dans la nature humaine: elle est rauett pour toujours cette bouche éloquente qui ne s’ouvri que pour prononcer des paroles de paix, de bonte de charité, d'amitié. Es
La mort est toujours cruelle, elle accomplit sor œuvre, frappant à droite et à gauche les grand. comme les petits, les riches comme les pauvres, le savants comme les ignorants, les bons comme les mé chants, sans se soucier des deuils qu’elle a créés, des larmes qu'elle fait verser. Mais elle paraît avoir er des égards pour la grande victime, elle l’avait me nacée plus d’une fois, la touchant du bout de so aile noire; elle semblait hésiter à éteindre ce flam. beau, à terrasser ce champion du droit et de la jus tice, à mettre fin à une vie si honorable, si utile et brillante, à priver le pays des fruits de son expé rience, de la sagesse de ses conseils. Et lorsqu'elle se décida à le frapper, elle tint compte de ses désirs Ce qu’il redoutait le plus était la décrépitude, les infirmités physiques et intellectuelles de la vieillesse Il voulait mourir drbout, en possession de ses facul. tés mentales, sous le harnais. Son désir a été sati fait, la mort a cru devoir être douce pour ce doux, pour celui dont la bienveillance se plaisait tant i faire des heureux, mais elle n’en a pas été moins cruelle pour ceux qui l’ont aimé, pour son excellent: épouse, pour ses amis, pour ses compatriotes, pou le pays en général.
de songer à choisir un autre
La mort ne l'a pas surpris, depuis plus d’un an il disait souvent que sa vie touchait à son terme, mais qu’il pourrait, peut-être, la prolonger en abandonnant la vie publique. La défection de ses principaux amis libéraux l'avait peiné et convaincu que son rôle
} politique était fini: il l'avait vu avec chagrin briser
l'échafaudage qu'il avait élevé sur le terrain de la conciliation. Mais ses partisans dévoués refusaient de le laisser partir, et de partout on lui annonçait que son étoile remontait à l'horizon de notre monde politique, que ses lauriers reverdissaient et que les événements démontraient la sagesse de sa politique et la justesse de ses prévisions.
Il se proposait de demander premiers jours de la session de le remplacer comme chef du parti libéral. Plusieurs fois déjà depuis 1907 il avait offert sa démission, et même en 1903 lorsqu'il se croyait atteint d'une maladie fatale, il l'avait écrite et se préparait à l'envoyer porter aux membres du Conseil privé, lorsqu'il en fut empêché par l’un de ses collègues qui lui conseilla d’attendre au lendemain pour prendre une décision aussi importante. Il attendit, consulta, écouta les objections faites par ses amis à sa démission et consentit à la retirer. Aurait-il cette fois réussi à la faire accepter ? C'est douteux: on aurait répété ce que deux sénateurs anglais me dirent, un jour : “ II est inutile
chef, tant que Laurier
à ses amis dans les
sera là, la comparaison l’écraserait ” Pourtant s vent il disait : ‘“ Je voudrais bien avoir quelques : nées de repos, de loisir au milieu de mes livres, a de lire autant que je voudrais et d'écrire quelqu pages d'histoire.” C'était l’histoire du Canada ( puis la Confédération qu’il se proposait d'écrire.
Quel livre intéressant et captivant il aurait laiss Que de souvenirs palpitants d'intérêt!
Le souci de sa santé et de son intérêt personr n'aurait jamais pu le décider à faire de la peine ses amis, à sacrifier les intérêts de son parti, de sc pays. Il avait à un haut degré le sens du devoir. de la responsabilité. A ses amis qui parfois le voyar fatigué lui conseillaient de résister aux sollicitatior qui l’appelaient ici et là, aux endroits les plus élo gnés du pays, il disait : “ Le chef d’un parti n’a pa plus droit que le général d’une armée de refuser d marcher à l'appel du clairon; lorsque je ne pourra plus remplir les devoirs que ma position m’impose je donnerai ma démission.” Cet homme si dou si impassible, indolent: même ou indifférent dans le choses ordinaires de la vie, incapable de faire de 1 peine à un serviteur, à un enfant, déployait une éner
gie surprenante lorsque le devoir le commandait. Il était né sous une bonne étoile, une fée avait di se pencher sur son berceau pour fleurir sa destinée pour lui épargner les chagrins, les inquiétudes, le douleurs inhérentes à l'humanité, Cette fée pou
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II avouait que la Providence avait été tendre pour lui-même dans des circonstances où la bonne fortune semblait l’avoir abandonné. Exemple: Aurait-il pu onserve: sa popularité s’il avait été au pouvoir pendant la guerre ? Aurait-il pu la garder s’il avait té appelé à régler les épineuses questions qui s'agient en ce moment ?
Oui, il était heureux, l’un des hommes les plus poonstamment heureux que j'aie connus. Aussi il aimait la vie et il voulait qu’elle füt bonne pour sa amille et ses amis, pour ses compatriotes et son pays, pour les hommes en général.
Dpays, le Canada; il voulait son progrès, sa prospé- Qrité et lui prédisait de hautes destinées. 11 disait : “Le vingtième siècle sera le siècle du Canada.” 11 A'tait loyal à l'Angleterre dont il admirait les institutions politiques, il aimait la France et la voulait “grande et glorieuse, mais avant tout il aimait son pays, le Canada : avant tout, il était Canadien, Dans l'un de ses voyages en Europe, après avoir été l'objet des ovations les plus flatteuses à Londres et à Paris, il m’écrivait : “ Toutefois je suis plus que jamais Canadien, plus que jamais le Canada a la meil. leure part de mon cœur.”
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Deux idées principales orientaient sa conduite politique: concilier les intérêts de l'Angleterre avec uhe politique vraiment Canadienne, servir la cause de l’Empire sans compromettre les destinées du Canada, et assurer la prospérité, le progrès et le bonheur de ce pays, par la paix, la concorde et l’harmo. fie entre les races qui l’habitent.
Il ne sera plus parmi nous pour continuer son œuvre patriotique, mais sa grande ombre planer: sur nos destinées et il nous laisse ses pensées et ses conseils dans des discours immortels et lumineux qui éclaireront là voie que devront suivre les géné-
‘rations futures.
On se demande lequel des deux, l’homme public où l’homme privé, l’homme de l'intimité, il faut le plus pleurer.
C'est aux deux que j'adresse mes adieux en ce moment. ;
Adieu donc Laurier! le plus grand et le meilleur des hommes, le grand Canadien, l’homme d'Etat admirable, l’orateur incomparable, le champion du droit et de la justice, des faibles, des opprimés, l’honneur et l'orgueil de ta race, l'ami dévoué, généreux, dont l’amitié était un trésor inappréciable, Si tu entends les prières qui s'élèvent de partout, si tu entends les acclamations qui éclatent autour de ta dépouille mortelle, si tu vois les fleurs et les larmes qui tombent sur ton cercueil, tu dois réaliser com-
bien tu étais aimé et admiré. La patrie en deuil se demande comment elle Pourra remplir le vide que tu laisses dans les conseils de la nation, elle se dehomme comme toi, joignant à la mentalité la plus raffinée, à l'esprit le plus brillant et au jugement le plus sûr, au tact le plus circonspect, le don de se faire aimer.
Quant à ceux qui t’ont intimement connu et particulièrement aimé, ta mort leur fait au cœur une blessure inguérissable, les regrets les plus douloureux.
Une pensée les console : c’est que Dieu sera bon pour
toi, comme tu l’as été pour les hommes. Les grandes
âmes comme la tienne fortifient la croyance à la vie future, la mort ne peut les détruire, elles doivent être immortelles,.
Adieu...
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SIR JAMES LOUGHEED
Sir James Lougheed, leader du gouvernement, : parlé éloquemment de l’immense part prise par sil Wilfrid Laurier dans la vie nationale. Il serait diffi. cile d'expliquer, dit-il, comment il se fait que sir Wilfrid a laissé dans nos esprits une impression plus durable et plus profonde que les autres hommes politiques. Il avait ce charme indéfinissable que ne possédaient pas les autres et qui excite notre respect, comme notre admiration, quelle que soit la divergence de nos vues ou de nos idées. Sa personnalité unique était par le fait même plus frappante que celle des autres politiques. Pendant tout près de cinquante ans sir Wilfrid a donné tout son temps et le meilleur de sa vie aux affaires du Canada. Du jour de son entrée à la Chambre des Communes, jusqu’au jour de sa mort, ses concitoyens l’ont considéré comme l’homme de la destinée. Ses talents l'avaient marqué pour les grands événements qu’il devait influencer et orienter. Non seulement c'était un étudiant de l’histoire Canadienne, mais dans l'exercice de ses devoirs publics, il se servait de son fonds inépuisable de connaissances historiques pour se rensei-
mer et diriger sa conduite publique. 11 avait étudié littérature dans laquelle il était passé maître. Peu d'hommes du Canada possédaient sa culture } ses connaissances littéraires. M |
C'était un chef politique dont les partisans étaient 4 s à juste titre. 1 us, 0 Jamais un chef politique du Canada n'avait eu 34 aie Mitant d'attraits pour le parti libéral et jamais chef “ | olitique n’a conduit un parti aussi fermement et 1 i inflexiblement qu’il a guidé le sien. C'était bien main de fer sous le gant de velours. Son toucher | ait celui du maître, comme son influence, son at- "Rat et le charme de son esprit étaient reconnus et Î spect, envenus de ses partisans. Il eut toujours le res- À liver- et l'admiration de ses adversaires politiques 4 nalité EE. que füt le degré de leurs différences politiques. ! AE Son attitude pour ses adversaires était celle de la À M Mourtoisie comme la leur était un profond respect. :ÈEs æ le De savoir, la culture, la courtoisie, l’habileté et | JON RE générosité se mélaient en lui. Le Canada était [AU Der de lui, comme du plus grand de ses fils. Ce fut déré Bin grand Canadien, une figure politique frappante, tent En chef politique puissant et à sa mort, nous nous t in-
nissons tous pour dire qu’un grand homme à sucombé dans l’Empire.
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