A LA CATHEDRALE
sionnantes. L'’émotion grandit en intensité au cours des oraison. funèbres de Mgr Mathieu, archevêque de Régina; et de M. l'abbé Burke, pauliste, Mgr Mathieu retraça à grands traits la carrière de Sir Wilfrid, marquant chaque étape d'un trait particulier, caractéristique. Il insista beaucoup sur l'esprit de modération de Laurier, et ses vues élevées en toutes choses. (C'est ce qui lui inspira les idées directrices de sa politique de conciliation et de tolérance. Il aspirait à voir chaque groupe de Cana diens apporter dans ses rapports avec les groupes voisins un esprit généreux, encore absent, hélas ! dans bien des régions. Mgr Mathieu se trouvait L Sur un terrain dont il peut parler avec autorité. Le pays ne l'a-t-il point vu pratiquer la politique de Laurier en toute occasion? Aujourd’hui encore, sa modération, sa condescendance lui valent des alliances dans des milieux qui seraient hostiles à un évêque prêt à heurter leurs susceptibilités. Grâce à ce tempérament, il a accompli dans l'Ouest des tours de force tout à l'avantage des catholiques. On sentait dans le panégyrique du noble prélat une émotion pénétrante, empreinte de l'inspiration religieuse. C'é tait la foi chrétienne qui rendait justice à l’homme politique, ami de la vérité dans sa plus haute expression.
Laissons la parole à Mgr Mathieu.
Il y a à peine quelques mois, celui dont je pays tout entier pleure aujourd’hui la mort, voyait arriver le cinquantième anniversaire de son union conjugale avec celle qui a fait le bonheur de sa vie. Ses nombreux amis voulurent à cette occasion organiser une fête qui leur permettrait d'exprimer à l’illustre jubilaire leur estime, leur respect, leur admiration. C'eüt été pour eux une excellente occasion de rappeler, dans des discours et des adresses, le travail
Cana- D ardu qu’il s'était imposé pour le bien de son cher pupes D Canada, et pour la grande part qu’il avait prise à élas !Æ son merveilleux développement.
ti Sir Wilfrid pria ses amis de ne pas mettre ce pro- . Le jet à exécution, et, en ce jour mémorable, il voulut
seulement venir s'agenouiller dans l’église, au pied
e, sa R de l’autel, avec la distinguée compagne de sa vie, se lian- B rappeler les beaux jours d'autrefois, l’âge où il n’y
à pas d'ombre au front, pas d'inquiétude dans l’âme, où le cœur vide de déceptions rêve le bonheur sur la terte, où la terre sourit parce qu'on ne la connaît pas suffisamment. Il voulut venir remercier Dieu des nombreuses faveurs qu’il avait reçues de Lui et lui en témoigner sa profonde reconnaissance.
Cet illustre homme d'Etat est là aujourd’hui couché dans la tombe, au pied du même aûtel. Il est allé au tribunal de Dieu rendre compte de sa vie, et l'histoire impartiale dira aux générations futures ses incontestables qualités de l'esprit et du cœur. il
n'est pas mort tout entier : son âme vit dans w monde meilleur, et je le sais, elle nous demande, no pas de chanter Pompeusement ses qualités, mais de prier avec elle et pour elle le Dieu qu'elle voit à jourd’hui face à face et que travers les ombres de l'autel, |
Déjà dans tous les journaux et dans toutes les re | vues Sans exception, on a fait revivre cette figur si sympathique, on a rendu un hommage aussi sin. cère que mérité
ovince de Québec, et il l'ai. B..
y admirait le caractère affa-
$ Uomme un écrin de pierres précieuses, une châsse de iques historiques, un musée de peintures dont tous + tableaux sont signés par le divin artiste, un plant le France cultivé par Albion. Cette ville, il l’aimait il y était aimé.
Mais il aimait aussi tout son pays, le Canada, auquel Dieu a prodigué ses dons, et je me rappelle l'avoir entendu un jour citer, avec autant de plaisir que de conviction, ces vers de notre poète!
J’ai vu le ciel de lItalie
et ses palais enchantés ; J’ai vu notre chère patrie, La noble France et ses beautés.
En saluant chaque contrée Je me disais du fond du cœur :
Chez nous la vie est moins dorée, Mais on y trouve le bonheur.
Îl aimait le Canada si riche de tous les dons de la ature, “* beau en toute perfection ”, pour me servir de la pittoresque expression de notre grand Champlain. 11 savait comme son sol est fertile, comme "s Sources sont fraîches et pures ses aurores : il se phisait à redire le charme et la splendeur de ses sites.
Il avait constamment au cœur ce sentiment qu’ex- Primait un jour un illustre personnage, après sa Première visite à Naples. Après avoir contemplé "Acte baie unique au monde, cette ville échelonnée sit le penchant de la montagne, toütes ces flèches
d'églises qui semblaient 1à pour faire monter vers
ciel la prière de ceux qu’elles couvraient de leur om bre, la fumée et les flammes du Vésuve qui disent k puissance de ce Dieu si bon, ce personnage s’écria “ Mon Dieu! quelle doit être la beauté du ciel si le beautés de la terre sont déjà si grandes! ”
Et cette affection pour son pays, il l’a prouvée pa son travail incessant, par l’action et le dévouement: à ce pays, il a consacré sa vie tout entière.
Il a désiré ardemment le bonheur de ses conci toyens et il a toujours travaillé de son mieux now faire régner entre eux l'union, la concorde qui peut les rendre heureux.
Il comprenait et cherchait à faire comprendre aw autres que nous ne sommes pas nés pour nous haï mais pour nous aimer, que nous devons voir le be: côté du prochain et ne jamais lui attribuer des mau vaises intentions qu’il n’a pas. |
Il était convaincu et il voulait convaincre les at tres qu’une même affection devait confondre tous les cœurs des Canadiens en un seul cœur, qu’un même dévouement devait les animer tous pour le bien com
mun, et que chacun devait chercher le bonheur dans cette chrétienne unité.
Il croyait cette union possible entre des cond: toyens qui ont au cœur les mêmes amours : l’amou de Dieu et l'amour de la patrie, qui ont les mêmes aspirations vers le triomphe du bien,
17,1 Baie LD Co
Personne n’a mieux compris que lui qu'il y a des entaines de questions sur lesquelles les honnêtes Rens ont le droit d’être divisés et le devoir de se parjonner ces divisions; que les questions politiques
i laBsont si compliquées, surtout dans un pays comme le
otre, que leur solution dans la pratique dépend de
ant de circonstances diverses, qu’il arrive fréquemsent que les hommes, animés du même désir de serir leur patrie, peuvent n'être pas d'accord sur les moyens à prendre pour atteindre ce but: — que les Mrationalités diverses qui se disputent l'influence et Da: prépondérance sur notre immense territoire ne jsont pas tenues d’être adverses les unes aux autres ; ar la concurrence n'implique pas la rivalité, encore moins l’antipathie; la concorde ne signifie pas la fusion.
Pourquoi alors ne pas nous unir sans nous assimiler ? Pourquoi ne pas vivre côte à côte, préservant dans toute sa pureté, améliorant même le sang Rides deux belles nations qui ont écrit les pages les
émeplus glorieuses de notre-histoire ?
Pourquoi ne pas vivre dans l'harmonie, nous rap-
aBpelant que la plupart des nations ont été formées
d'éléments hétérogènes, comme leurs drapeaux sont
formés de lambeaux de soie et de laine cousus en-
B semble ? |
M La pierre et la brique ne sont pas homogènes et butes deux sont employées dans les constructions
les plus monumentales et les plus solides. Que faut-i pour les unir? un peu de ciment. |
Le ciment qu’il faut dans un pays comme le nôtre, ce sont les grands principes de charité, de fraternité de tolérance, de justice qui ont été apportés sur la terre par l’homme-Dieu, qui ont régénéré l’humanité, et qui peuvent produire l’unité là où il y a diver sité, le calme là où il y a le trouble, l’harmonie L
où il y a discorde.
Avec ces sentiments au cœur, nous formerons je peuple le plus heureux de la terre; car il n'y en a pas qui habite un pays plus riche, un pays où l’on puisse couler une vie plus heureuse, pourvu que ceux qui} résident consentent à jouir d° leurs droits en respertant ceux d'autrui,
Ces sentiments étaient les plus chers au cœur de celui dont tous déplorent la disparition, et il avait
tout ce qu'il faut pour les propager.
Il possédait une grande facilité de parole qui ki perinettait de répéter la même pensée, de la revêtir de différentes formes, pour la faire pénétrer plus profondément, plus vivement dans l'esprit de ses auditeurs. Dans l’histoire de notre parlement canadien, aucun peut-être n’a eu la parole plus correcte plus élégante, plus éloquente.
Il avait une rare droiture, une contenance qui im
posait le respect et une admirable distinction de manières.
Il était facile d’accès : car il était humble. “ Quand on est haut placé, écrivait S. Bernard au pape Eugène, il est difficile et peu ordinaire d’avoir de bas D sentiments de soi-même ; mais plus le cas est rare, plus il est glorieux.” Notre illustre défunt était haut placé, et il se laissait toujours approcher par les plus 2 humbles. :
Il avait une main de fer, mais elle était gantée de velours. Le velours adoucissait les froissements inévitables de la fermeté, mais la main était toujours R pour tenir et exercer une vraie autorité.
use Ajoutons à tout cela une indéniable honnêteté, une qui y vie privée tout à fait chrétienne et par conséquent spec-Æ irréprochable, un grand amour du travail, qui lui a
toujours fait considérer le temps comme un bien précieux dont il fallait profiter, une charité exquise à l'égard de tous, même de ses plus ardents adversaires, et il nous est facile de comprendre le rôle | important joué par sir Wilfrid, pendant un demi. | siècle, dans le monde politque, et la place prépondérante qu'il aura dans l’histoire de ñotre cher pays. Comme tous les hommes influents, il a eu des admirateurs nombreux et passionnés et des adversaires ardents et convaincus. A l’histoire est réservé le rôle de porter jugement sur les événements auxquels il a pris part.
Mais tous, dans le Canada, sont d'accord pour dire qu’avec sir Wilfrid disparaît une des grandes
ecte,
figures, sinon la plus grande figure actuelle de la patrie canadienne, un homme qui a joué un rôle de pre. mier ordre parmi ses concitoyens et dont l'influence a été prépondérante par tout le pays.
De tous les panégyriques que l’on peut faire d’un homme, il n'en est pas de plus vrai, de plus exact, de mieux senti que celui qui s'échappe des lèvres de la foule à l'annonce de sa mort. C’est le cri du cœur, c'est le témoignage non équivoque de la conscience publique, c’est un jugement sans appel.
Eh bien! vous savez comme moi quel a été le cri de la consciencè publique à la nouvelle de la mort de sir Wilfrid. Tous, partisans et adversaires, ont unanimement proclamé que le Canada perdait un homme doué des plus belles qualités de l'esprit et du Cœur, un des citoyens les plus influents, les plus distingués, les plus méritants, un député dont l’intelli. gence, le jugement, la longue expérience seraic des plus utiles, surtout dans les circonstances diffi-
ciles par lesquelles nous 3
En vous parlant de cet illustre défunt, je me suis trouvé dans la situation de celui qui n’a que quel ques instants à passer dans un magnifique jardin. Il en parcourt les allées principales ; il cueille quelques fleurs dont il fait un bouquet qu’il apporte comme souvenir. Mais ce bouquet, fait à la hâte est loin de donner une idée parfaite de la richesse du jardin à ceux qui ne l'ont pas visité; il ne donne pas satisfaction à ceux qui l'ont fait.
La vie de sir Wilfrid est une vie trop pleine pour que je puisse, pour que vous puissiez être satisfaits ie ce que je viens de vous en dire. Le jardin est trop
ste. Des plumes exercées trouveront dans cette ie le sujet de livres qui ne manqueront pas d’intéresser grandement les générations qui vont suivre.
À nous de remplir ce matin un devoir auquel notre cœur, éclairé par les lumières de la foi, nous dit d'etre fidèles. Prions tous pour l’âme de celui dont ous régrettons sincèrement la mort : recommanlons-le, durant ce saint sacrifice, aux miséricordes iu Seigneur. Demandons à Dieu de lui ouvrir les portes du ciel, de lui donner le repos éternel en re-
our des vertus qu’il a pratiquées et des exemples qu'il a donnés.
Puisse Dieu bénir aussi celle qui a été la comagne fidèle de sa vie, sa collaboratrice éclairée au loyer, et donner à cette femme distinguée le cou-
ge dont elle a besoin dans la rude épreuve qui lui arrive! Ainsi soit-il !
——— M M NÉ JE NE NE JE D 6 dé és ——————————
M. L'ABBE BURKE, PAULISTE
M. l'abbé Burke, de Toronto, monta en chai après Mgr Mathieu. Ce jeune prêtre, d’une ra éloquence, ne tarda pas à captiver l'attention « l'admiration de la foule qui encombrait l’église Son éloge de sir Wilfrid fut marqué par des envo! lées magnifiques. En entendant sa si touchante pé roraison, les auditeurs sentirent les larmes leur veni aux yeux.
Le Révérend Père Burke avait pris pour text ces paroles de l'écriture :
Excellence, Mes frères,
La tâche qui m’incombe, ce matin, est vraiment Pénible. Et je ne puis vous en donner une idée plu claire qu’en vous répétant les termes élevés et piti toresques dont se sert l’Ecriture, pour vanter lel vertus et déplurer la mort de celui dont les qualité
aient si remarquables que les pierres mêmes chan- — le saint et héroïque Judas omme que la Providence fit surgir conduire son peuple choisi; qui défendit jes illes de Judas, qui subjugua l’orgueil des enfants l'Ammon et d’Esaü : qui aimait tellement la vérité qu'il brûla les dieux des nations païennes sur leurs utels; cet homme que Son peuple croyait absolurent indispensable à la nation et qui, un jour, renontra soudainement la mort, sur un champ de ba- , Maille.
D Chrétiens, hommes et femmes, que les funérailles le ce jour rassemblent dans ce temple, vous êtes pans l'affliction dans laquelle se trouvaient les aniens Israélites. Ils avaient perdu leur chef chéri, lévoué à l'idéal le plus élevé de son peuple; nous
vons perdu le nôtre. Nous avons perdu celui que mel US avons souvent acclarmé comme le meilleur de anation. Nous pleurons celui qui était venu à nous
l’une génération maintenant disparue, Nous déploons la perte de celui qui a été grand dans le succès
grand dans l’adversité: qui a été l'ennemi de la yrannie et un ami de la démocratie, dévoué au ser-
meñhice de son roi et de son pays. Et en contemplant
. ΰ Cercueil qui contient ses restes mortels, nous som- RSS empoignés par le regret, notre gorge se serre
écrions : “ Pourquoi est mort ce grand homme, qi sauvait Israël ? ”
Je prie le Dieu vivant d’inspirer, ce matin, m langue, afin que je puisse rendre justice aux vertu de ce Canadien, qui, pendant tant d’années, avec s vité et pourtant avec efficacité, a été l’ornement d gouvernement de ce libre pays. Je trouve de!
consolation dans la pensée que nul à part Dieu: peut juger l’homme avec justice. Il y a, dans cet catastrophe nationale, un danger: c'est qu’on fas usage de l’hyperbole. Mais n'ai-je pas raison, quar je fais de sir Wilfrid Laurier un portrait qu'il lui-même tracé de Louis-Joseph Papineau. “ Jamai homme mieux fait pour être l’idole de sa nati a-t-il vécu”, demandait-il ? -— “Un homme à l’aspei imposant, d’une contenance majestueuse, d’une él quence passionnée, d’un caractère sans tache, d'i patriotisme pur et désintéressé. Il a exercé, penda des années, sur les cœurs de ses compatriotes, u domination presque sans bornes.” |
“ Son aspect imposant : ” est-il inconvenant, révérends messieurs, que dans ce temple dédié Très-Haut, je parle d’un des dons les plus remafl quables de Dieu à ce chevalier défunt ? Est-ce pu
‘ril, mes frères ? Est-ce que Marc-Antoine n’a pif parlé du manteau même de César ? Et le chef moîlf était bien un homme à l'aspect imposant. Qui c bliera son noble front, sa bouche délicatement ciselé
R | ! si : x “ MR Re Ce ee
ne, ques traits classiques, sa Stature droite et altière ? I] ait l’incarnation de 1a grâce. Et aux dons de Dieu, avait ajouté le poli d’un Chesterfeld, Et il y avait, ans sir Wilfrid Laurier, la vivacité qu’on s’attenit à trouver comme la compagne de sa perfection ysique. C'était vraiment une figure romantique, an représentant d’un âge qui est passé, Et nous, qui vons eu le bonheur de contempler le chef vivant, sommes-nous pas appauvris, par le fait que nous Pourrons plus voir de nouveau son visage ?
quan Quand je parle de l’éloquence de Laurier, mon qu'il prit se reporte instinctivement trois ans en arrière, Jamal une conférence faite sur la rivalité historique natioitre la compagnie de la Baie d'Hudson et la comaspelhgnie du Nord-Ouest, qui se termina par un proe él Pour meurtre, dans la ville de Toronto, dans la , d'ilfenière partie du dix-neuvième siècle. Ceux qui ndaïiitendirent, ce soir-là, âgé comme il l'était, avec la s, uiige de soixante-dix hivers sur son front, peuvent D rappeler le génie évocateur de sir Wilfrid Laurier, , trand il fit passer devant nous ces vigoureux vieux lié ai 0Yageurs ”” de la forêt vierge. Il les revêtit de fair et rendit le sang à leurs veines. Sous la magie pui l'éloquence de Laurier, ce n’était plus des spectres a péenus d’un passé mort : non, ils vivaient et ils re- Mint; ils étaient devant nos yeux mêmes. Le i ol arsity ””, l'organe des étudiants de l’université de sl "0nt0, demanda, Je matin suivant : “ Pourquoi nos
professeurs ne rendent-ils pas l’histoire aussi int ressante que le fait Laurier ? ”
Ou bien, quand je vous parle de son éloquenc quelques-uns de vous se rappellent cette nuit 4 juillet, il y a plus de trente ans, où il prononça ce qu plusieurs considèrent comme le meilleur discours d sa carrière, lors du débat Riel. Edward Blake dé clara que c'était la preuve absolue de la dominatia française ; que c'était le plus beau discours pronon au Canada, depuis la Confédération.
La parole desir Wilfrid Laurier révélait l’homme Il y a de la logique dans la pensée, de la miajes dans les idées, de la beauté et de la grâce dans! diction. Les pensées dominantes semblent être liberté individuelle, des droits égaux pour ta l'harmonie des races et des religions, un amour fe vent et perpétuel pour le Canada. Et sur toutes s phrases, comme le soleil d'automne jouant sur k feuilles, les embellissant et les transformant, il y un mysticisme et un charme qui font déplorat ment défaut, dans notre âge pratique.
Et maintenant, j'arrive, très révérends messie et mes frères, au caractère sans tache de sir Wilfr Laurier, à son amour pur et désintéressé pour : pays. À ce propos, laissez-moi vous dire un 1 d’une chose qui, dans mon opinion, explique, dé une large mesure, ses services prodigués à son pa ainsi que son caractère lui-même : je veux: parier catholicisme de Laurier. |
nn. TAN æ
l'ai-je pas raison, q Sa sanction dans la vertu de 1 Est-ce que je me trompe éme quand je dis que nous
Voilà le secret du dévouement de Laurier.
au cours des dernières années, dans aucun pay: monde, a jamais été un meilleur champion de qu'il y a de mieux dans le service public que c que ce pays pleure aujourd’hui ? Quarante-huit de travail sans relâche! quarante-huit 2::s de dév ment! Oui, il a été un vrai chevalier. Il a cons: à Dieu, au roi, à son pays, l’œuvre de ses tal variés, la largeur de sa vision, le fruit de son e: rience et de son excellent jugement. Sous sa g verne, le pays a prospéré.
Il arriva au pouvoir quand le Canada était :
veille de la dissolution. Pour plusieurs, la confe ration semblait ung faillite. Le pays était déc par les dissensions de races et de religions. La Ni velle-Ecosse était mécontente; le Manitoba, déc ragé; Québec en méfiance.
Sir Wilfrid appliqua son génie aux problèmes se présentaient à lui. Quand ce chevalier dés son armure, le pays était en infiniment meilleur « que lorsqu'il commença sa tâche. De’cinq mil de population, il avait passé à huit millions ; on a construit des milliers de milles de chemins de ! les champs de blé de l'Ouest se couvraient de n sons apportant la richesse et le contentement à grand nombre; le commerce extérieur se dévelop par bonds et par sauts; les controverses de pro de religion, de race devenaient moins acerbes : le
iotisme provincial faisait place à un patriotisme plus large.
Il avait pris le pays à |’ Muand il le laissa, une nati
re ne mOourra pas. Les étés succèderont Aux étés, ici, dans cette terre du Nord; les vents Mroids de plusieurs hivers s’élèveront et cesseront : ès marées suivront les marées; mais tant que les
its, la mémoire de sir Wilfrid
contra, sur la route, lui pardonna.
quand le chevalier s’agenouilla, pour prier,
à la croisée des chemins, devant le Calvaire, L forme du Christ s’anima soudain. Et pour récom penser le chevalier de la charité chrétienne qu’il avai montrée, il l’embrassa sur le front.
. J'aime à croire que les grandes vertus de sir Wi frid Laurier, ses grandes actions pour Dieu et pour son pays ont hautement revendiqué pour lui w traitement semblable à celui qui a été accordé : chevalier ancien. Mais, de peur que notre appré “ciation des péchés ne diffère de celle de Dieu, prion pour que l’Auteur de tout, le Dieu des cieux, soi miséricordieux et lui accorde le pardon.
À vous, fils distingués du Canada, auxquels on fait l'honneur de les choisir comme porteurs, pot sir Wilfrid, permettez-moi de dire ceci :
Emportez-le doucement, ô si doucement... C'«
notre bien-aimé, l’aimé de la nation. Quand vo
arriverez à la tombe, déposez-le tendrement, car L
terre aura rarement recouvert un plus tendre cœ
que celui de sir Wilfrid Laurier.
% Le LiBérA
L'émotion qu'avaient fait naître dans les im les deux oraisons funèbres de Mgr Mathieu et di rév. Père Burke, devint plus grande encore quan
basilique attaqua le chant . Cette prière finale du ser-
ommages furent donnés
aux restes mortels du grand Canadien, On salua, une dernière fois, l’homme que tous avaient aimé.
C'est Mgr Pietro di Maria, délégué pontifical, qui
fut le célébrant au service, avec Mgr Routhier et
MM. les chanoines Plantin et Campeau, diacres
" E d'honneur.
Après le service, le cortège se rendit au cimetière. Sept grandes voitures Couvertes des riches tributs floraux ouvraient la marche. Le corbillard était
suivi du clergé officiant : les porteurs venaient ensuite :
rth, Hon. Rodolphe urphy, Hon. R. Dandu-
rand, Hon. Edwards, sénateur; .Hon. TL. O. Da sénateur; Hon. Jacques Bureau, Sir Lomer Gou le maire Lavigueur, Québec; Hon. Frank Oliv M .J. A. Robb, M.P.
Portaient le deuil: MM. C. A. Laurier, frère sir Wilfrid; Raoul Laurier, neveu de sir Wilfri Rodolphe Lemieux, W. Laurier. |
La législature de Québec était représentée par | ministres, et les députés dont les noms suivent :
Les Honorables Kaine, Pérodeau et Séguin, m nistres sans portefeuille.
Les députés de l’Assemblée Législative à Québe L’hon. Galipeau, président de l'assemblée législative MM. Achim, Ashby, Beaudry, Benoît, Bercovitct Bissonnette, Bordeleau, Bouchard, Bugeaud, Bu
lock, Cannon, Caron, Cédillot, Daniel, D’Auteuil David, Delisle, Desaulniers, Farand, Franca Godbout, Gosselin, Grégoire, Hay, Ernest Hébert Hoggins, Laferté, Lafontaine, Lapierre, Lecle Lemieux, L, et S. Letourneau, Lévesque, Madder Masson, Mayrand, Oliver, E. Ouellette, Paqu Parrot, Perreault, Péloquin, Petit, Phaneuf, Philps Reid, E. J. Robert, Robillard, Roy, Savoie, Sco Simard, Arthur Sauvé, chef de l'Opposition ; Stein
Tanguay, Tansey, Tessier, Therriault, Therrien, Turcot. .
et de ses admirateurs.
Il faudrait un volume pour contenir toutes les xpressions de regret et d'admiration qui ont cou- JuébecMf°rt la tombe du grand disparu.
slativeM Lady Laurier n’a Pas reçu moins de quatre mille ovitchMfttres ou télégrammes d'hommes éminents lui of- L, Bulrant leur sympathie dans son malheur.
uteuill Enregistrons d’abord les condoléances adressées cœur Lady Laurier par le roi d'Angleterre, Lloyd Geor- LébertMMi®s et Wm Taft.
En apprenant la mort de sir Wilfrid Laurier, Sa lajesté le. Roi Georges V adressait la dépêche suiante à Lady Laurier : |
. D ‘J'ai appris avec un profond regret la nouvelle de la mort RE sir Wilfrid Laurier. Le Cansda va porter le deuil d'un ienume qui aimait Son Pays, et se rappellera | L trier, re t02naistance ses grandes qualités con inist: fur, son génie et son talent comme chef du gone
Georges R. I,”
‘Le-Premier Ministre d'Angleterre se hâta auss d'adresser ses condoléances à Lady Laurier :
regretté dans la Grande-Bretagne le regardait tale ru dns es D de
En apprenant la nouvelle de la mort de sir Wil frid Laurier, sir Robert Borden, alors à Paris, fi parvenir l'expression de ses regrets comme suit :
“C’est avec le plus grand chagrin ’ai ris que sir Wilfrid Leurier svait passé de vie à trépas, Depuis que de le chef du parti conservateur, c’est-à-dire depuis plus de dix huit ans, nos rapports ont été intimes, et jamais nos dissentiments politiques n’ont troublé notre amitié personnelle, Sa mort fait disparaître de notre scène un homme qui, dès so1 entrée dans la vie publique, y a occupé une position importante; pour devenir pendant longtemps la principale personnalité de notre pays. Il a montré, en s’occupant des affaires de l'Etat auxquelles il a consacré toute sa vie, les qualités qui font le grands chefs. Durant près de cinquante ans, il s’est occupé des affaires publiques avec une compréhension complète de tout leurs détails. Au Parlement, son habileté était reconnue di tous, et elle lui a rarement fait défaut. 11 voyait les questions
pénétrante. Jusqu'à ses dermers jours, 11 « porté un grand intérêt à ses devoirs de her
la vie politique était passée chez lui à l'état de seconde nature, et il n'aurait jamais renoncé
comporte bien qu'ils soient très difficiles
Sir George Foster, les honorables MM. Doherty et Sifton, qui se trouvaient au moment de la mort de sir Wilfrid avec sir Robert Borden, firent aussi
parvenir au Canada l'expression de leurs regrets.
Là
dans une entrevue don- | née à quelques journalistes, rendit un hommage bien
la haute valeur de sir
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L'ex-Président Taft léances à Lady Laurier
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