LA L’“ EVENEMENT ”, QUEBEC
Les vœux ardents de tout un peuple n’ont pas obtenu une heure de plus à sir Wilfrid Laurier et la date du 17 février 1919 restera lugubrement mémorable dans les annales du Canada, parce rue celle de la mort du plus aimé et du plus admiré des hommes d’Etat canadiens. Le chef politique de la nationalité canadienne-française a passé de vie à trépas, hier après-midi, à 2 h. 50, entouré de ses plus proches parents et amis.
C’est peut-être le plus brillant et le plus intéressant témoin de la Confédération qui disparaît avec cette
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Leile figure, toute de noblesse, de finesse, et d’inte gence. Sir Wilfrid n'était pas du nombre de ce qui ont préparé cette constitution canadienne, coms sir George-Etienne Cartier, sir John A. MacDona sir Charles Tupper et sir Hector Langevin; mais était déjà connu, à cette époque, et il s’apprétait, p de fortes études philosophiques, historiques, littér: res, et aussi par la pratique du droit, à la grande ca rière qui devait commencer bientôt après et rempl près de cinquante années de vie publique militan et magnifique.
Les esquisses biographiques du grand homme d ront, par le mehu, les débuts modestes mais pleir de promesses de c-lui qui devait devenir, un jou: le premier ministre de son pays. Qu'il nous suffise à nous, de faire remarquer combien soignées furer la formation et l’éucation de ce compatriote, il y : plus de soixante ans, dans les institutions de la pro vince de Québec.
S'il nous fallait juger de la valeur de l’instruc tion supérieure d'il ÿ a soixante ans par les sujet: remarquables qu'elle a produits, nous n’hésiterion: pas un instant à la déclarer plus pratique et plus complète que celle que nos collèges et universités continuent de donner à la jeunesse de cette province. Considérez l’érudition et la distinction intellertuel!e et morale non seulement de sir Wilfrid mas des
hommes instruits de son temps, et vous conviendrez
d’intellide ceux , comme Donald, mais il ait, par littéraiide carremplir ilitante
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» avec des avantages moindres que ceux de A pou- » ils ont beaucoup mieux profité de leurde des.
C'est que, aux derniers jours de l’Union et à l’auore de la Confédération, la jeunesse canadienne, noins distraite que celle des générations qui ont uivi, avait soif de puiser aux sources du savoir et omprenait mieux la valeur de cet outil merveilleux le l'instruction pour les besoins personnels et naionaux, Nos collèges sont probablement aussi bons u'autrefois, mais l’enthousiasme des étudiants ne est pas toujours maintenu.
L'un des talents de sir Wilfrid Laurier, qui l'ont uissamment aidé à étendre l'emprise de sa personalité sur le Canada tout entier, était sa parfaite conaissance de la langue anglaise, qu'il parlait, dès sa eunesse, avec une élégance et, peut-être, avec plus le maîtrise, certainement avec plus d'éclat, que la angue française, qu’il aimait pourtant davantage. ‘est que les besoins et les circonstances de sa vie ont appelé à se servir plus souvent de la première, jui est la langue de la majorité, en Canada, en Améique, et dans l'empire britannique.
De la carrière politique du grand disparu, nous ne irons plus que du bien. Nous l'avons combattu endant près de vingt ans, non pas par mesquin inérêt de parti, mais par conviction profonde, tout en ui accordant notre entière admiration pour ses ta-
24 LJG le charme de sa personne. Maio: il déni ment libéral, et nous étions foncièrement
r servateurs ; il croyait, en matière de tarif, à la va plus grande du libre-échange, et nous n'avions pour notre jeune pays, qu’en cette protection in trielle qui a fait ses preuves; il était plutôt oppa niste, parce qu’il espérait avoir le temps et le | heur de tout arranger; nous étions traditionnal parce que nous redoutions toujours tout changen à un ordre de choses bien ordonné, sage, et quer trouvons providentiel.
Ayant don rempli tonjours avec courage un ingrat lorsque, du vivant de sir Wilfrid Laurie lorsqu'il était dans toute sa gloire, nous nous ct ions tenu de critiquer ses actes publics, contr. sentiment de la majorité de nos compatriotes, n sommes heureux de reconnaître sa supériorité flattait chez nous la fierté du sang français. L'| toire, en scrutant ses œuvres et ses intentions, < quand il eut raison et quand il eut tort. Pour nc modeste chroniqueur, nous ne voulons plus pai que de sa parfaite probité et son sens élevé de l’h neur, que nous avons toujours apprécié par-des tout dans son caractère.
En effet, nous voici devant la dépouille d homme, qui, entré jeune et relativement pauvre d: la politique, quitte cette vie sans laisser le souve d’une action douteuse touchant l'honnêteté. D'aut
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ont pu profiter autour de lui de son passage au pouvoir, mais, quant à lui, il n’a jamais touché que le salaire relativement minime attribué à ses hautes
Et c’est peut-être encore une distinction de son époque, de plus en plus rare aujourd’hui, que celle des hommes publics qui n’attendaient de leur position sociale et politique que ce qui lui était dû. ASir Wilfrid n’a donné que de nobles exemples, de ce côté, et nous sommes heureux de le répéter à sa mort, après l'avoir dit souvent pendant sa vie.
Mais la dignité morale de sir Wilfrid Laurier ne s’arrêtait pas à cette stricte frontière de la probité. Il était aussi naturellement distingué, de cœur, d’intelliger -e, et de manières, que le sont peu d’ordinaire les champions de la démocratie, D'une sobriété exemplaire, ayant l'amour du travail à un 1} degré élevé, très attaché à son foyer et à quiconque lui était proche par le sang, il a mené une vie pleine
ira} d'enseignements pour ceux qui en ont été les témoins
immédiats ou éloignés. Et non content de se montrer toujours le gentilhomme impeccable, que de conseils affectueux il a donnés, à ce sujet, à la jeunesse Ÿ de son entourage! Son influence, de ce chef, a été bienfaisante on ne peut plus.
ÿ# : LAURIER ET SON TEMPS LE ‘“SOLBIL”, QUEBKC NS
Le type qu'a si heureusement incarné par sa pr tigieuse personnalité sir Wilfrid Laurier est un ty éternel ; c’est le type de l’homme supérieur aux cc . tingences de la vie, de l’éternelle vie de lutte et mesquineries ; en tous temps c’est l'honneur, le : chat, la gloire de l'humanité que de produire de nc veaux exemplaires de ce type pour servir d’immor exemple à l’humanité.