Sir Wilfrid
DM. Riopel ; 6, Rév. M. Larose ; 7, Dr Li
ler plan : 1. M. Marion : 2. Rév. M- Dozois,
2e plan : 4. Rév. M. Caisse ;
Le plus brillant discours de Laurier
Après avoir repoussé l'accusation de fanatisme portée contre les Canadiens-Français, il s'écria :
“ J'ai le droit d'affirmer. pour être juste envers mes
concitoyens d'origne française, qu'on ne peut trouver nulle part ailleurs sous le soleil une
race plus docile, plus calme, plus soumise aux lois.
J'en appelle au témoignage de tous ceux qui les connaissent et qui ont vecu au milieu d'eux,
pour dire que, s’ils ont commis des fautes, ils n’ont jamais du moins caché, protégé et encouragé le crime.
“IT est vrai, que dans la présente occasion, ils ont montré une vive sympathie pour l'infortuné mort sur l'échafaud, le seize novembre dernier. Mais ce sentiment ne provient pas de préférences nationales ou de préjugés de races, si vous voulez leur donner ce nom, :
“Ils n’ont pas été plus aveuglés par les préjugés de races que ne l’a été la presse étrangère qui a blâmé l'exécution de Riel. La presse étrangère, la presse américaine, la presse anglaise, la presse française, presque sans exception, a considéré l'exécution de Riel comme un acte injuste, inexcusable, contraire aux idées de notre époque. Certainement, on ne peut accuser cette presse d’avoir agi sous l'influence des préjugés nationaux. Il en est de même des Canadiensfrançais; ce sont les raisons et les arguments résultant rigoureusement de l’étude des faits de la cause qui les ont déterminés à prendre l'attitude qu'ils ont prise, et non des préférences nationales. Mais si on avait dit que ies préjugés. de race, les liens du sang ont rendu plus vive et plus pro-
fonde leur conviction, on aurait dit vrai. Je n'admettraï
pas que les liens du sang puissent aveugler ma raison au point de me faire confondre le mal avec le bien, mais j’admettrai — et si cela est une faiblesse j'en fais l’aveu — que je ressentirai au cœur une plus profonde blessure si l’on commet une injustice à l’égard de celui auquel je suis uni par une communauté de sang et d'origine qu’envers quelqu'un qui n’est que mon semblable. Je n’admettrai rien de plus. Je ne crois pas qu’il soit vrai que le cœur puisse troubler la raison au point de lui faire confondre le bien avec le mal”...
Laurier fit ensuite la preuve du refus constant du gouvernement de faire droit aux réclamations des Métis et continua dans les termes suivants:
“ Enfin, justice était rendue à ces pauvres gens! Depuis sept longues années, ils âvaient pétitionné, mais toujours en vain. Le 26 mars, le premier ministre, de son siège en cette Chambre, avait proclamé que ces hommes n'avaient droit à aucuns privilèges spéciaux, qu’ils n'avaient rien des droits qui avaient eté reconnus à leurs frères du Manitoba. Enfin, le temps de la justice était arrivé pour eux. Enfin, ils recevaient ce qü'’ils avaient sollicité en vain par plusieurs années de représentations énergiques; et quelle était la cause de ce changement ?
‘En dix jours, du 26 mars au 6 avril, le gouvernement avait changé d’idée et de politique. Quelle était la cause de ce réveil?... Les balles du Lac-au-Canards! la rébellion du Nord-Ouest! Le gouvernement les avait repoussés pendant des années, mais enfin ces hommes avaient pris les armes, et le gouvernement s'était décidé à reconnaitre la justice de leurs réclamations. J'en appelle, non seulement aux libéraux qui siègent autour de moi, mais à tous les hommes qui ont dans la poitrine le cœur d’un Anglais, et je leur pose la question: quand des sujets de Sa Majesté ont pétitionné pour leurs droits pendant des années, et que ces droits ont été foulés aux pieds, et quand ces hommes, poussés à bout,
se mettent en révolte, est-il un seul membre de cette Chambre qui dira que ces hommes ne sont pas dignes de sympathie ? est-il un membre de cette Chambre qui ne dira pas que les criminels dans cette rébellion — si criminels il Y à — sont, non pas ceux qui se sont battus, qui ont versé leur sang, qui sont morts, mais les hommes qui siègent ici, devant moi, sur les banquettes ministérielles.
“Monsieur l’Orateur, la rébellion est toujours un-mal ; c'est toujours une offense contre la loi fondamentale des nations ; moralement, ce n’est pas toujours un crime. Dans la semaine même qui a précédé l'exécution de Riel, le ministre de la Milice a ainsi exprimé son opinion sur les rébellions: “ Je déteste tous les rebelles, je n’ai aucune sym- “pathie pour la rébellion, bonne, mauvaise ou in” LS Mais, ce qui est détestable — j'emploie le mot « l’honorable monsieur s’est servi — ce qui est détestal.., ce n’est pas tant la rébellion que le despotisme qui engendre la rébellion; ce qui est détestable, ce ne sont pas les rebelles, mais les hommes aui, ayant les avantages du pouvoir, n’en remplissent pasles devoirs: ce sont les hommes qui, pouvant redresser les ‘arts, refusent de le faire; ce sont les hommes qui, lorsqu'on leur demande un pain, donnént une simple pierre. L’honorable monsieur déteste tous les rebelles, ditill Je me demande s’il comprend ‘-+s ce sentiment de haine, le grand rebelle dont la fière s atue se dresse ici, Pour ainsi dire à portée de mon bras. J'oserai dire que si cet homme, auquel le gouvernement canadien a fait élever une statue ici, avait pu revenir à la vie aujourd’hui et reprendre sa place sur les bancs des ministres, il se serait rappelé qu’un jour il avait été rebelle lui aussi.
J'en appelle, cette fois, comme j'en ai appelé ailleurs, à tous les amis de la Liberté, à tous ceux qui, pendant ce dernier quart de siècle, ont senti palpiter leur cœur chaque fois