RÉSIDENCE DE LAURIER À OTTAWA
La question des écoles du Manitoba
Entre tous les sujets qui ont pesé le plus lourdement sur l'esprit de Laurier, et absorbé son attention, la fameuse question des écoles du Manitoba est celle qui lui a causé le plus d'ennui et d'inquiétude. [1 avait à cœur de rendre justicc aux catholiques de cette province et de tenir les promesses qu'il avait faites à ce sujet. Il avait dit que la conciliation ferait plus pour eux que la coercttion, et il le croyait sincèrement. En arrivant au pouvoir, il s'adressa au gouvernement du Manitoba pour l'engager à modifier les lois scolaires, de manière à faire disparaitre les griefs des catholiques. Les pourparlers furent longs, les projets d'arrangement nombreux. Enfin, les ministres du Manitoba finirent par consentir à modifier l'Acte des écoles de 1890 de la manière suivante :
1° Etablissement et maintien d'écoles catholiques équivalant à des écoles séparées, dans tous les endroits où les catholiques sont en majorité;
2° Nomination d’instituteurs catholiques dans tous les arrondissements où les enfants catholiques sont au nombre de 25 pour la campagne et de 40 pour la ville:
3° Enseignement catholique, à certaines heures, dans toutes les écoles où il n’y aurait qu'une dizaine d'enfants catholiques ;
* 4° Entrée libre du prêtre dans les écoles pour donner l'enseignement catholique ;
5° Enseignement officiel du français, lorsque les parents le demanderaient.
Un bon nombre de Protestants trouvèrent ces concessions trop libérales, et en profitèrent pour soulever contre le premier ministre Greenway des sentiments d’hostilité qui finirent par ruiner son influence politique, On l'accusait Presque de trahison.
D'un autre côté, Mgr Langevin et tous les évêques de la province de Québec repoussèrent avec indignation le rè-
glement proposé et entreprirent contre le parti libéral une croisade terrible.
ES N'ayant pu réussir devant le peuple, ils résolurent de l'emporter cette fois en s'adressant à Rome pour obtenir la Condamnation du règlement et du parti libéral.
Ils furent bien près de réussir, mais au moment où tout semblait désespéré pour les libéraux, Laurier obtenait l'envoi d’un délégué apostolique chargé de faire rapport au Pape sur la situation religieuse au Canada et sur la question des écoles du Manitoba.
Mgr Del Val fut chargé de cette importante mission. C'était un jeune homme, mais il avait un jugement solide,
La
müri par l’étude, une droiture d’esprit admirable et une fermeté inébranlable.
Le résultat de sa mission remplit de joie tous les libéraux. Le Pape décida que les catholiques étaient libres de choisir le mode qu'ils croyaient le plus propre à faire triompher les droits des catholiques du Manitoba, et que les autorités religieuses devaient accepter les concessions impor-
tantes que contenait le règlement, tout en s’efforçant d’en obtenir de plus grandes.
Sa Sainteté rappelait aussi les décrets qui, plus d’une fois, avaient été émis par Rome, pour défendre au clergé canadien de s’immiscer dans les luttes politiques, et demandait aux évêques de faire respecter ces décrets. ;
Cette décision fit éclater la Sagesse de Rome, donna raison à ceux qui avaient toujours prétendu que les libéraux