‹ Laurier [microforme]Chapitre 3 sur 69 · DR TR · texte numérisé non relu

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Préface de la première édition ‘”

Mon cher sénateur,

Vous avez eu, dans vos plus jeunes années, l'idée patriotique de rappeler (j'allais dire de chanter tellement leurs hauts faits confinent à l'héroïisme) à vos Contemporains, qui les connaissaient peu ou mal, les mérites de Papineau, LaFontaine, Morin et Nelson ; vous avez consacré à la mémoire des plus pures et des plus méritantes gloires nationales les plus belles pages de votre oeuvre littéraire. En plaçant ainsi

dans votre galerie de portraits celui de sir Wilfrid Laurier, vous avez complété votre noble tâche.

Il vous appartenait plus qu'à tout autre — car ici votre labeur répondait à une admiration affectueuse — de suivre, étape par étape, la carrière de l'homme éminent qui préside aujourd'hui aux destinées du Canada, de décrire cette étonnante ascension humaine qui a conduit, par la seule poussée de la valeur personnelle, un enfant de la paroisse de Saint-Lin au sommet de notre politique et de ce point, à la demeure royale de Windsor, puis à l'Elysée. C'est alors (en 1897 et en 1902), qu'il vint en contact avec quelques-uns des hommes les plus marquants de l'Europe, avec lesquels il se trouva intellectuellement sur un pied d'égalité, Cette Carrière étonnante — qui semble tenir du roman si l'on se rend compte du chemin parcouru et semé de tant d'obstacles — présente une longue série d'efforts constants dirigés vers le même objet.

Laurier ne fut jamais un de ces hommes qui, grisés par l'encens trop souvent brûlé autour d'une

s vu de ces heureux s fruits et n'ont rien

moissonné à l'automne de leur existence ! Personne n’est entré avec a,

(1) En 1905, l’auteur publiait une biographie de Laurier qui reçut le meilleur accueil du public et dont on retrouvera plusieurs pages revisées, dans cet ouvrage.

plus d'éclat dans l'arène de la lutte pour la vie. Les coups de clairon sonnés autour de son nom dans toute la presse, lorsqu'il prit la paroie pour la première fois à la Chambre d'Assemblée de Québec (en 1871), ne l’étourdirent pas ; mais ils lui servirent d'encouragement. Désormais, le sort en est jeté pour lui ; une vocation irrésistible l'appelle : les séductions de la vie publique le fascinent. Cette carrière, où les déceptions sont si fréquentes, le captive et le hante sans cesse. Ne le blämons point, car l'ambition de gouverner son pays est la marque d'un esprit élevé.

La grande figure de sir Wilfrid Laurier apparaît en un puissant relief dans votre beau travail qui vous méritera, en tenant compte de votre oeuvre passée, le titre de Plutarque canadien. C'est dans vos pages écrites sous l'empire d'une haute inspiration, qu'on voit notre compatriote sous les traits d’un homme d'Etat d’une envergure plus que coloniale. Jamais cette prééminence ne m'a autant frappé que lorsque je me trouvais, en même temps que sir Wilfrid (1902) en Europe, où partout, en Angleterre comme à Paris, en Belgique comme en Allemagne, son nom se prononçait couramment à côté de ceux de Salisbury, Balfour, Waldeck-Rousseau et de Delcassé. Jamais, je ne vis d’une façon plus sensible qu'à cette époque, qu'il était de ces individualités qui, par don de nature, possèdent un ascendant sur le peuple. C'était à l'exposition de Lille qu'il était allé visiter. Dès qu'il parut devant la foule, un frémissement passa à travers ses rangs comme une commotion électrique qui la mit sous sa domination. Elle se sentit en présence “d'un pasteur de peuples”, comme dit Homère, et comprit d'instinct que Laurier n'avait pas besoin d’être quelque chose pour être quelqu'un. Aussi, lorsqu'il prit la parole, l'enthousiasme de ses auditeurs se traduisit en une ovation délirante. On prétend que la démocratie, niveleuse par nature, s’écarte des grands talents et s’en détourne. Laurier a fait mentir en cette circonstance ce dire qui n’est exact qu'en présence des personnalités incomplètes auxquelles manque le feu sacré, communicatif du magnétisme. La démocratie — au moins la nôtre qui n'a pas été gâtée — va tout naturellement aux grandes individualités et semble avoir soif d'aimer et d’admirer.

Dans la continuité de notre oeuvre gouvernementale, votre héros se montre bien de la lignée de nos grands parlementaires. Cartier, MacDonald, MacKenzie, ont manoeuvré sous ses yeux, et ces grands

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ministres revivent, pour ainsi dire, en lui.

Chambre des Communes d'imprimer aux débats une tenue qui impose, une dignité conforme aux intérêts dont elle est chargée. Il lui sied encore de modérer l’ardeur de ses partisans trop portés à provoquer l'opposition, de traiter celle-ci avec générosité et de donner toute la latitude possible à ses adversaires en laissant cependant planer au-dessus de leur tête la menace du “quos ego” lorsque les flots tumultueux de leur éloquence tournent à la tempête. Voilà ce que sir Wilfrid Laurier comprend et pratique admirablement, tenant en balance les droits de ses amis et les privilèges de légitime critique de l'opposition, privilèges qu'il a appris à connaître durant les longues années qu'il a passées à la

N'est-ce pas une curieuse coïncidence à noter en ce moment, que ce sont deux hommes politiques canadiens-français qui ont mis le couronnement à l'entreprise de la Confédération des provinces britanniques > En 1870, Cartier présentait à la Chambre des Communes, sous forme de proict de loi, la constitution du Manitoba. L'année suivante, c'est là Colombie qui entrait dans l'union sous ses auspices. Aujourd'hui, sir Wilfrid Laurier donne l'existence provinci Nord-Ouest. Dans le même ordre d'idées,

de rappeler, un an après la sanction de la charte du G.T.P.

En retraçant dans quelques pages émues la ca mier ministre, vous avez mis à votre tique dont tous vos concitoyens vous sauront gré ; lorsqu'il s'agit d’une Personnalité comme celle de sir Wilfri

Lissent spontanément et s’absorbent dans l'orgueil national. Ses adver-

se dire, comme les tories d'Angleterre “Nous le combattons, mais nous en sommes

fiers.” Quant à moi, mon cher sénateur, faisant abstraction de toute appréciation politique, je vous félicite d'avoir rempli dignement votre tâche en burinant pour la postérité une des figures les plus sympathiques dont notre race ait droit de s'enorgueillir.

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