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une apothéose aussi brillante, une chute aussi retentissante ?
On est toujours porté à chercher la cause, le pourquoi de ces revirements subits d'opinion. Comment cela a-t-il pu arriver ? disait-on, de tous côtés.
On soupçonne avec raison que les causes apparentes n'étaient pas seules responsables de l'événement.
C'est vrai, il y a d’autres causes, et pour en parler pertinemment il faut faire un retour sur le passé.
Je n'ai pas l'intention de discuter l'opportunité de l'établissement de la Confédératon, je veux uni-
C'était pour nos hommes publics une situation pleine d’ennuis et de périls ; ils étaient condamnés à jouer un rôle ingrat, toujours entre deux dangers,
blesse de l'autre ; d’être Sans cesse exposés aux attaques d'hommes rémuants qui, sincèrement ou de Mauvaise foi, les accuseraient de pousser l'esprit de conciliation ou d'opportunisme jusqu’à la trahison des
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intérêts religieux ou nationaux de leurs compatriotes.
Les hommes d'Etat représentant la province de Québec, dans le gouvernement fédéral, ne mirent pas de temps à ressentir les conséquences du nouvel ordre de choses et à comprendre que la minorité ne pouvait espérer exercer un peu d'influence que par le jeu des partis et un système de compromis, de concessions mutuelles, et que lorsque la majorité serait remuée par un sentiment national ou religeux, ils se croiraient forcés de faire des concessions qui les rendraient impopulaires.
Ils eurent bientôt l’occasion de réaliser cette vérité, lorsque surgirent la question des écoles du Nouveau-Brunswick et celle plus émouvante de l’insurrection des métis du Manitoba.
Lorsque le gouvernement Macdonald refusa, en 1872, de désavouer la loi adoptée par la législature du Nouveau-Brunswick afin d'établir des écoles communes et d’en bannir l’enseignement religieux, les catholiques protestèrent énergiquement contre ce qu'ils prétendaient être une injustice et une violation de la constitution. Le gouvernement, placé entre la majorité anglaise et protestante qui repoussait le désaveu, et la minorité catholique qui le réclamait, trouva le moyen d'échapper à l'orage en faisant adopte’ :e proposition inoffensive. Et lorsqu'il fut requis, en 1873, de désavouer de nouvelles ordonnances qui rendaient la loi des écoles encore plus inique, il se sauva au moyen d’une proposition qui soumettait la question aux autorités judiciaires de l’Angleterre.
Dans ces deux circonstances, les hommes d'Etat Canadiens, les Cartier et les Langevin avaient cru devoir se soumettre aux exigences de la ma jorité plutôt que de se démettre, afin d'éviter un conflit dangereux pour la province de Québec.
La popularité des ministres Canadiens-français,
Créée sur cette question par la fraction du parti consérvateur qu'on appelait Je parti des Castors.
Les deux insurrections du Nord-Ouest de 1870 et de 1884 furent, Comme on le sait, des Sources d’effervescence nationale. Il n'y a pas de doute que le refus du &ouvernement Macdonald d'accorder aux chefs Métis l'amnistie qui leur avait été promise contribua beaucoup à l’affaiblir et à préparer l'avènement du parti libéral en 1873. Mais la voix d’Ontario grondait et empéchait sir John Macdonald de reconnaïtre les engagements pris au nom du gouvernement par des hommes autorisés. Les ministres canadiensfrançais obligés de se Soumettre ou de se démettre, se soumirent. Et lorsque M. Mackenzie arriva au pouvoir, malgré les Promesses faites par les libéraux
gistes en feu et ne Put accorder aux chefs Métis, Riel
tants de la province de Québec, dans le Cabinet, crurent bien qu'ils avaient obtenu de la majorité tout ce qui était possible, mais les conservateurs leur reprochèrent avec succès d’avoir Manqué à leurs promesses.
Et lorsque les Métis, poussés à bout par les injustices et les affronts dont ils étaient victimes, prirent de nouveau les armes, et lorsque Riel fut arrêté, emprisonné et condamné à mort, on sait quelles clameurs s'élevèrent des provinces anglaises, d'Ontario surtout, pour réclamer l'exécution de l'inique sentence, pendant que la province de Québec, à genoux, demandait grâce.
Cette fois encore, les loges orangistes l’emportèrent, triomphèrent ! Riel fut pendu comme un simple assassin, Et la province de Québec était représentée par trois ministres dans le cabinet ! Ils dirent pour s'excuser de n’avoir pas résigné plutôt que de porter la responsabilité de cette sanglante injustice qu'ils avaient eu peur de la guerre civile, que les loges orangistes auraient commis des actes de violence si Riel n'avait pas été exécuté. Mais cet acte de cruauté fit arriver Mercier au pouvoir et fut la principale cause de la démolition du parti conservateur dans la province de Québec.
Laurier était à peine arrivé au pouvoir qu’il se trouva aux prises avec les mêmes difficultés, les mêmes complications religieuses.
D'abord, ce fut la question des écoles du Manitoba. Il avait promis de la régler par la voie de la conciliation en s'adressant à l'esprit de justice du gouvernement de cette province, et il réussit à obtenir des concessions qui ruinèrent le cabinet Greenway dans l'esprit des protestants, et déchainèrent contre Laurier, dans les milieux catholiques, une tempête qui
aurait été désastreuse pour le parti libéral sans l'intervention du Souverain Pontife,
Puis ce fut la guerre du Transvaal. Laurier avait dit que le Canada ne bougerait pas avant que le Parlement fût consulté, mais si vingt-quatre heures après la déclaration de la guerre, Laurier n'avait pas promis de donner aux volontaires les moyens de voler au secours de l'Angleterre, il n'aurait pu garder le pouvoir. Et pourquoi aurait-il refusé de se soumettre au désir, à la volonté, clairement exprimée de la ma jorité de la population ? C'eut été la plus grande erreur de sa vie ; elle eut mis fin à Sa carrière politique et com-
guerre du Transvaal était le premier pas dans la voie de l'impérialisme militaire, mais ils oubliaient que vu notre situation politique, il nous faut entre deux maux choisir le moindre.
Le bill d'autonomie des provinces du Nord-Ouest avec sa question des écoles, vint ensuite allumer les
les prétentions exagérées des Protestants outrés et des catholiques intransigeants. I] avait mis devant la Chambre un projet de loi qui donnait satisfaction au
sentiment catholique mais heurtait les convictions protestantes. Le “Globe” refusa d'approuver le projet, Sifton, l’un des membres les plus importants du Cabinet, donna sa démission afin de protester contre cette législation et plusieurs dénutés libéraux anglais manifestaient leur mécontentement. Laurier, justement effrayé, offrit à M. Fielding de donner sa démission s’il voulait prendre sa place et faire adopter la loi. M. Fielding refusa. Laurier crut alors qu'il pouvait sauver la situation et prévenir une crise et un conflit funestes, au moyen d’un amendement qui, d'après M. Monk lui-même, améliorait la loi au lieu de l'empirer. Cependant les nationalistes n’ont cessé de reprocher à M. Laurier d’avoir, en cette circonstance, sacrifié les droits des catholiques du Nord- Ouest. Pourtant ceux-ci se déclarèrent satisfaits des concessions obtenues, et, dans les provinces anglaises, on l’accusait d'avoir trop cédé aux exigences du clergé catholique.
Pendant que les loges orangistes, les jingoes et les tories déploraient le malheur d’avoir à la tête du pays un Canadien-français et un catholique, et dénonçaient en termes violents l'influence de la province de Québec dans le gouvernement du pays, pendant qu’ils représentaient Laurier comme l'instrument du Pape et du clergé et l’ennemi de l'empire, le parti nationaliste lui reprochait de sacrifier ies intérêts nationaux et religieux de ses compatriotes et l’accusaient de lâcheté, de trahison,
Laurier réussissait à tenir tête aux éléments dé-
Chainés contre lui, grâce à son éloquence, à sa sagesse et à une diplomatie qui aurait brillé dans les conseils des plus grandes nations. 1] avait pour le soutenir le parti libéral anglais, le parti de tolérance, de la modération, de la justice qui perdait du terrain dans la province d'Ontario, à cause de sa libéralité, mais restait fidèle à notre grand compatriote. Et Ja province de Québec continuait de lui donner sa confiance et son appui.
Vint la question de la marine,
L'Angleterre menacée d'une guerre avec l’Allemagne, demandait à ses colonies de l'aider à garder Sa suprématie sur les mers afin d’être plus capable de se protéger et de les protéger elles-mêmes. Elle leur demandait de l'argent et des vaisseaux, elle voulait les faire participer à toutes les guerres. Toutes les colonies répondaient à son appel et lui offraient des vaisseaux et de l'argent. Le Canada pouvait-il seul rester sourd à cet appel ? Non, la majorité des habitants de ce pays ne l’auraient pas permis. Mais Laurier, fidèle à son programme, à ses principes relativement à l'autonomie du Canada, lança le projet de l'établissement d’une marine canadienne que le
vateur, dans le pays, offraient davantage, ils offraient une contribution de 25 millions de piastres et une
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marine qui en temps de guerre ferait partie de la flotte anglaise et tomberait automatiquement sous l’autorité de l'Amirauté anglaise,
Laurier réussit cependant à faire accepter par la majorité de la Chambre son projet qui consacrait si clairement l'autonomie du Canada. Ce n’est pas lui qui réellement faisait des concessions, c'étaient les hommes d'Etat anglais, c'étaient les libéraux anglais du Canada qui se rendaient à ses vues, à ses raisonnements, et, pourtant, ce qui aurait dû accroître sa popularité, dans sa province, devint entre les mains des nationalistes une arme meurtrière contre lui et donna naissance à une campagne déplorable.
À la question de la marine vint s'ajouter celle de la réciprocité.
Si Laurier n'avait consulté que son intérêt et celui de son parti, il aurait dû, peut-être, refuser les offres du gouvernement des Etats-Unis. Mais pouvait-il le faire sans être accusé de manquer à son devoir envers le pays, pouvait-il repousser un projet que tous les hommes d'Etat canadiens avaient vainement désiré depuis quarante ans ?
Le fait est que lorsque M. Fielding mit devant la Chambre le traité de réciprocité conclu avec les Etats-Unis, il y eut du côté libéral une explosion d’enthousiasme et sur les bancs de l'Opposition un atterrement. Plusieurs députés conservateurs dirent qu'ils ne pourraient jamais voter contre un projet destiné à faire la fortune du pays.
Mais la réciprocité, comme la marine, permit de soulever le cri national, de coaliser contre Laurier, dans les provinces d'Ontario et de Québec, tous les éléments qui cherchaient sa déchéance. Pendant que l'on criait, dans la Province de Québec, que la marine était le triomphe de l'impérialisme, on proclamait dans les provinces anglaises que la réciprocité était le marche-pied de l'annexion, un Coup fatal porté à l'unité de l'Empire. Le vieux fantôme de l'annexion ressuscitait. Mais Je facteur le plus puissant des élections de 1911 fut le fanatisme religieux, national et impérialiste,
C'est au cri de “A bas le Pape”, “A bas la domination française”, “Sauvons l'Empire”, “Sauvons le Protestantisme” ; c'est en distribuant Partout des feuilles empoisonnées par le fanatisme qu'on souleva contre Laurier la Province d'Ontario. Et c'est en l'accusant d’être trop anglais, trop impérialiste et pas
tion, était commencé depuis longtemps, il se faisait plus ou moins discrètement dans les deux Provinces, dans les loges orangistes d'Ontario, comme dans les associations catholiques et nationales de la province de Québec : il devait nécessairement un jour ou l’autre produire ses fruits. Il n'est pas un homme capable de tenir tête à de pareilles influences, et c’est vraiment miracle que M. Laurier ait Pu y résister si longtemps.
paix et d'harmonie, des sentiments nobles et généreux ; il croyait à la formation d'un esprit canadien, d'une patrie canadienne. 11 était fier de démontrer qu'un Canadien français et catholique de la province de Québec pouvait, grâce à ces hautes idées, à cet idéal séduisant, gouverner le pays et faire fonctionner, dans la paix et l'harmonie, une constitution tant redoutée à son début.
Mais ses adversaires ne cessaient de l’épier, espérant pouvoir un jour le trouver assez en faute pour entreprendre de le terrasser.
On était fatigué, dans les provinces anglaises, de voir à la tête du pays un homme de Québec, canadienfrançais et catholique, et on le rendait responsable de tout ce qui choquait leurs sentiments religieux et nationaux. On invoquait contre lui le Congrès Eucharistique, on lui reprochait d'y avoir figuré et d’avoir permis que l'Orateur de la Chambre y figurât dans son costume officiel et qu’un détachement de miliciens servit de garde d'honneur au Délégué apostolique portant l’hostie sainte ; on l’accusait presque d’être l’auteur de la fameuse encyclique “Ne Temere” qui déclarait nuls les mariages entre catholiques et protestants ; on disait qu'il était l'instrument du Pape, l'exécuteur de ses volontés. On disait encore que le meilleur moyen de combattre Bourassa et ses enseignements était de détruire Laurier et de mettre un solide Ontario derrière un premier ministre anglais et protestant. O ironie des choses humaines ! On punissait Laurier pour les péchés de Bourassa et de
son école, Ajoutons à cela l'influence néfaste de l'argent que les manufacturiers et les grandes compagnies de transport ne Manquèrent pas de fournir pour mener à bonne fin la Campagne contre Laurier.
La province de Québec, malgré tout, donna une majorité à Laurier, mais l'ennemi eut raison de compter sur la division que les ationalistes promettaient d'y faire,
Le résultat a été dramatique et ci put en saisir la signification dans le, cris de Joie, dois les chants de triomphe qui s'élevii ni des xs Crangistes, de tous les centres, de tnus les milersx où s agite le fanatisme religieux, national irpérialiste. Comme ils étaient heureux de Prociamer que l: défaite de Laurier
était le triomphe de la Province. d'Ontario, le triomphe du protestantisme et de lis rialisme, la déchéance de la province de Québec !
Ils n’y ont pas mis de forme. Le lendemain même des élections, le “Citizen”, le “Journal”, l“Orange Sentinel” et autres Conseillaient à leurs amis les con-
plus ses volontés au reste du pays.
Leurs cris de joie, leurs chants de triomphe ré-
accomplir leur tâche. C'était bien, en effet, le glas de l'influence française et catholique dans la Confé-