LAURIER ET LE CABINET BORDEN
Lorsqu'on demandait à Laurier les causes de sa défaite, il disait: “Dans la province de Québec: la marine, et dans les provinces anglaises, dans l'Ontario spécialement : l'impérialisme et l'hostilité à la province de Québec.” Il ne déniait pas aux manufacturiers leur part dans le succès, mais il ne croyait pas que la réciprocité avait influé autant qu'on le disait sur le résultat des élections. Il fut naturellement sensible à la défaite de son parti et de quelques-uns de ses amis, il souffrit de Constater l'échec de sa politique de tolérance et de conciliation, mais il analysa froidement les résultats de la lutte et arriva à la conclusion qu'il ne pourrait plus tenir tête aux éléments fanatiques ligués contre lui. I] attribuait aux nationalistes la défaveur de sa politique dans la province de Québec depuis 1910 jusqu'à 1917, et Pourtant il les excusait, il disait que les théories de M. Bourassa et le talent avec leauel il les proclamait, avaient des côtés séduisants pour la jeunesse
qui, faute d'expérience, disait-il, pensait de bonne foi que je poussais trop loin l'esprit de conciliation, ce qu'on appelait mon OPPortunisme, que j'étais assez fort pour faire accepter Par mes amis, les libéraux anglais, tout ce que je voudrais. La question de conscription leur a ouvert les yeux et démontré que je n'étais pas aussi Puissant qu'ils croyaient, et alors ils m'ont rendu justice en votant pour mes candidats aux élections de 1917. Mais les conséquences de leur erreur ont coûté cher à la province de Québec, au Pays en général.
Lorsqu'on lui demandait ce qu’il aurait fait s’il avait été au pouvoir pendant la guerre, il disait :
J'aurais, dès le début de la guerre, démontré au gouvernement anglais que vu le grand besoin d'hommes et d'argent que le Canada avait, pour son développement et sa production agricole et i i convaincu qu'une contribution d’une couple de cent mille hommes et de quelques centaines de millions l'aurait satisfait.
Il serait resté fidèle à la politique qu'il avait énoncée dans les conférences impériales, à savoir : Participer aux guerres de l'Empire, lorsque nous l’aurions jugé à propos, mais dans la mesure de nos forces et de nos moyens, sans mettre en danger la situation financière et les destinées du Canada.
Quel est l'homme raisonnable qui, en face des résultats désastreux de notre générosité exagérée, en face des impôts qui nous accablent et des soulèvements populaires qui menacent de nous faire tant de mal, ne rend pas hommage à la politique prévoyante de Laurier ?
Il crut devoir conseiller à ses amis, les libéraux anglais, de songer à choisir parmi eux un chef dans l'intérêt du parti et du pays, afin de mettre un frein au fanatisme religieux et protestant qui menaçait d'être partout une cause de trouble, de discorde. Mais ils refusèrent de suivre son conseil et déclarèrent qu’il était, malgré tout, le chef le plus populaire, le plus capable de ramener le parti au pouvoir. Laurier consentit à rester à la tête du parti, mais à la condi-
tion qu'ils le remplaceraient aussitôt qu'ils pourraient s'entendre sur le choix d’un autre chef.
Dans les sessions de 1911, 1912, 1913, il remplit ses fonctions de chef avec son zèle et son activité habituels et lorsque le &ouvernement proposa, en 1912, de voter une somme de 35 millions afin de fournir à la marine anglaise trois “dreadnoughts”, i] combattit avec énergie cette Proposition, Il avait eu raison de prédire que si ses adversaires arrivaient au pouvoir, ce n'est pas une Marine canadienne qu'ils créeraient mais que ce serait une marine absolument impériale. La discussion fut vive, violente parfois et le gouvernement ne réussit à faire Voter sa loi, le 15 mai, qu'en amendant la règle 17 de la Chambre de façon à mettre fin aux débats à Ja volonté de la majorité,
De tous les conservateurs et nationalistes qui avaient promis de voter contre toute contribution aux guerres de l'Empire, quatre seulement, MM. Achim, Guilbault, Boulay et Bellemare votèrent pour l'amendement de M. Laurier demandant le rejet de la loi. La loi fut votée par la Chambre des Communes mais rejetée au Sénat par une forte majorité les plus acharnés à la combattre furent les sénateurs Choquette et Legris qui avaient voté contre la marine de Laurier.
Le Sénat fut ouvertement réprimandé pour avoir donné la mort à Ja marine des “dreadnoughts” et il fut même menacé de mort pour expier son crime.
Dans les intervalles des sessions, M. Laurier prit la parole dans un grand nombre d'assemblées et dé-
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