LES ELECTIONS DE
Laurier était forcé de faire la lutte avec un parti décimé, contre des forces que les préjugés, le faratisme, l’exaltation impérialiste et toutes les influences
industrielles et financières du pays rendaient invincibles.
Toujours courageux, il entreprit de lutter contre tous ces éléments formidables et de démontrer que la politique du gouvernement serait une source de désordre, de malaise, de mécontentement et mettrait en danger les intérêts les plus chers du Canada. Il affirma que la conscription n’était pas nécessaire, que le gouvernement ne devait la mettre en vigueur qu'après avoir épuisé toutes les ressources du volontariat et après l'avoir soumise au peuple par referendum.
Mais, comme dans les élections de 1911, ses adversaires, dans les provinces anglaises, ne se contentèrent pas de s'adresser aux sentiments patriotiques des électeurs — ce qui était légitime — ils firent les appels les plus enflammés à leurs préjugés et leur demandèrent de sauver l’ismpire et le Canada en écrasant la province de Québec. Ils proclamaient sur tous les tons que Laurier, malgré ses talents et ses bonnes dispositions, était l’esclave des “rebelles” de la province
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de Québec ::t l'exécuteur de leurs volontés, l'instrument de leur hostilité à tout ce qui était anglais et Protestant, qu'il fallait à tout prix mettre à Ja tête du Pays un homme dévoué aux intérêts de l'Empire.
Dans la province de Québec, il n'y eut réellement qu'une voix pour l'acclamer et reconnaitre le Courage et l'énergie dont il avait fait preuve en refusant de faire partie du &ouvernement, en souffrant l'abandon d'un si grand nombre de ses Partisans afin de rester fidèle à ses Convictions et aux sentiments de ses com- Patriotes. M. Bourassa et ses amis rendirent hommage à son désintéressement et à la sagesse de sa Conduite et se firent un devoir de réparer leur erreur de 1911 en SOutenant ses candidats.
Mais, malgré la prudence avec laquelle M. Bou- TaSSa crut devoir favoriser la politique de M. Laurier,
tionalistes.
Toutefois les SYmpathies et les réceptions enthousiastes dont il fut l'objet dans les provinces anglaises, dans le Nord-Ouest Spécialement, Jui firent croire un instant au triomphe de sa politique. Comme en I9I1I, ces témoignages de sympathie étaient tout à fait personnels : on admirait le talent, le Caractère et l'éloquence de l'homme, mais on était contre le chef de la province de Québec.
Le vote des femmes d’origine anglo-saxonne contribua considérablement au Succès des candidats
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du gouvernement, et elles ne furent pas les moins ardentes à faire appel à tous les préjugés de race et de religion.
Les 115 députés ministériels élus comprenaient 38 libéraux unionistes.
Bref, le gouvernement l’emporta par une majorité d'environ 50 voix. La province d'Ontario seule lui en donnait 74, le Nord-Ouest et la Colombie 36 et les provinces maritimes 12, mais dans la province de Québec il ne réussissait à faire élire que trois députés sur 65.
Dans l'intimité, Laurier avait avoué qu'il avai. peu d’espoir dans le sv :cès de son parti dans des élections où le gouvernement avait, pour agir sur l’opinion publique, presque toute la presse conservatrice et libérale du pays, toutes les influences les plus actives, les plus puissantes. Il avait plus d’une fois depuis 1911 déclaré à ses amis anglais et canadieusfrançais qu’ils devaient, afin d'assurer ie succès de leur parti, choisir un chef d’origine anglaise. “Mais qui ? ” lui disaient-ils. Ils discutaient la question, délibéraient et finissaient par conclure que, malgré tout, il était l’homme le plus fort, le plus populaire du parti libéral, que personne autre n'avait son prestige.
Il crut bien que sa carrière politique était finie et il avertit ses amis de se préparer à choisir un autre chef au commencement de la prochaine session. Toutefois arrivant à Ottawa avec presque toute la députation de Québec derrière lui, sans avoir rien perdu
de son activité et de son Prestige, il n’y eut qu’une voix pour le forcer à rester chef du Parti libéral,
La session de 1918 le trouva aussi fort, aussi éloquent, aussi Populaire que jamais. Plusieurs jeunes gens de talent avaient été élus ; il fut plein d'égards et de prévenances Pour eux et se les attacha Pour toujours,
reprendre son siège à la Chambre, avec l'air distingué et bienveillant qui le CaraCtérisait, A plusieurs il]
Dans ses causeries avec ses amis, parlant du résultat des dernières élections, il disait que ce résultat aurait été bien différent si ses lieutenants anglais étaient restés fidèles au drapeau et s'étaient efforcés de démontrer à leurs électeurs que la politique de son gouvernement était aussi favorable aux intérêts de l'Empire qu'à ceux du Canada. Il disait :
La dislocation du parti libéral a porté un coup funeste à cette politique, mais il faudra bien y revenir si l'on veut que le Canada poursuive ses glorieuses destinées. Si j'étais plus jeune, je suis convaincu que je pourrais reconstituer le parti libéral et le guider dans la voie large où autrefois il marchait à la suite des Baldwin, des Blake, des Movwatt et des MacKenzie. Mais à d'autres incombera cette tâche patriotique, car je commence à souffrir des atteintes de la vieillesse, le travail commence à me fatiguer, j'éprouve par moment une faiblesse qui m'inquiète. Je n'ai pas le droit de me plaindre de la Providence, car je me demande comment j'ai pu vivre si longtemps malgré une santé qui tant de fois a menacé de mettre fin à ma carrière.
C'est vrai, sa santé déclinait, dans les premiers Jours de son séjour à Sainte-Agathe, il pouvait à peine marcher, et, le matin, il se sentait faible et portait la main à son coeur en disant : “Il y a là quelque chose qui va mal.” |
[ attribuait son malaise à l’inflammation de la plèvre, de l'enveloppe du poumon gauche, dont il souffrait depuis longtemps et, vu les hémorrhagies qui avaient failli terminer ses jours, lorsqu'il était jeune, il craignait les résultats du progrès de ce mal. Mais sa vieille maladie dont il avait toujours redouté le retour ne fut pas la cause de sa mort : ce fut l’hé-
morrhagie du cerv devait le terrasser.
Les témoignages de Sympathie et d'a ne lui manquèrent pas dans la dernière vie. Dans le mois de mai, une cérémonie touchante avait lieu dans l'église du Sacré-Coeur, à Ottawa : M. Laurier et sa digne épouse Célébraient Je 50ème anniversaire de leur mariage en entendant la messe,
Les télégrammes, les lettres de félicitations; les fleurs et les plus riches cadeaux leur arrivèrent de toutes les parties du Pays. Peu de temps après, le
20 novembre, jour anniversaire de sa naissance, Laurier fut encore l'objet d
des souhaits les plus sinc qu'à le voir et l'entendre encore plusieurs années. M parfois trompeuses chez les server, à force de soins et de dif et usé par une vie laborieuse.
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