ORAISONS FUNEBRES
L'évèque de Régina, Mgr Mathieu, ami intime de Laurier, avait été chargé de faire en français l'oraison funèbre du défunt. Il fut à la hauteur de sa tâche; il sut faire ressortir sans exagération, avec un tact parfait, les qualités dominantes de l'illustre homme d'Etat et la grandeur du rôle qu’il avait joué dans notre monde politique. L'un des plus jolis passages de son discours fut le suivant :
Depuis près de cinquante ans, il était le député de Québec, de cette ville qu'un écrivain, qui sait Jonner à sa plume la puissance du pinceau, nous montre comme un écrin de pierres précieuses, une châse de reliques historiques, un musée de peintures dont tous les tableaux sont signés par le divin Artiste, un plant de France cultivé par Albion. Cette ville, il l’aimait et il y était aimé.
Mais il aimait aussi tout son pays, le Canada auquel Dieu a prodigué ses dons et je me rappelle l'avoir entendu un jour citer, avec autant de plaisir que de conviction, ces vers de notre poète :
“J'ai vu le ciel de l'Italie
Rome et ses palais enchantés :
J'ai vu notre chère Mère-Patrie, La noble France et ses beautés.
En salusnt chaque contrée,
‘Je me disais au fond du coeur Chez nout, la vie est moins dorée, Mais on y trouve le bonheur.”
Il aimait le Cana:a si riche de tous les dons de la nature. ‘Beau en toute perfection”, pour me servir de la pittoresque expression de notre
grand Champlain. 1! savait comme son sol est fertile, comme ses sources son! fraiches et pures ses aurores ! se plaisait à redire le charme et la splendeur de ses sites.
Il avait constamment au coeur ce sentiment qu'e:primait un jour un illustre Personnage, après sa première visite à Naples. Après avoir Contemplé cette baie unique au monde, cette ville échelonnée sur le penchant de ja Montagne, toutes ces flèches d'églises qui semblaient là pour faire monter vers le ciel la prière de ceux qu'elles Couvraient de leur ombre, la fumée et les flammes du Vésuve qui disent la puissance de ce Dieu si bon, ce personnage s'écria : “Mon Dieu l quelle doit être la beauté du ciel, si les beautés de la terre sont déjà si grandes 1°
Et cette affection Pour son pays, il l'a prouvée Par son travail in- Cessant, par l’action et Je dévouement ; à ce pays, il a con-acré sa vie
L’auditoire a prêté une oreille attentive aux paroles qui suivent :
Personne n'a mieux compris que lui qu'il y à des centaines de Questions sur lesquelles les honnêtes gens ont le droit d'être divisés et le ir de se pardonner ces divisions ; que les questions politiques sont
si compliquées, surtout dans un Pays comme le nôtre, que leur solution dans la Pratique dépend de tant de circonstances diverses, qu'il arrive uemment que les hommes, animés du même désir de servir leur patrie, peuvent n'être pas d'accord sur les moyens à rendre pour atteindre ce but ; que les nationalités diverses qui se disputent l'influence et Ja
Pourquoi alors ne Pas nous unir sans nous assimiler ? Pourquoi ne pas vivre côte à côte, préservant dans toute sa Pureté, améliorant méme le sang des deux belles nations qui ont écrit les pages les plus glorieu-
Pourquoi ne Pas vivre dans l'harmonie, nous rappelant que la plu-
part des nations ont été formées d'éléments hétérogènes, comme leurs drapeaux sont formés de lambeaux de soie ou de laine, cousus ensemble ?
La pierre et la brique ne sont pas homogènes et toutes deux sont employées dans les constructions les plus monumentales et les plus solides. Que faut-il pour les unir ? Un peu de ciment.
Le ciment qu'il faut dans un pays comme le nôtre, ce sont les grands principes de charité, de fraternité, de tolérance, de justice qui À ont été apportés sur la terre par l'Homme-Dieu, qui ont régénéré l'hu- 1 manité et qui peuvent produire l'unité là où il y a diversité, le calme là !, où il y a trouble, l'harmonie là où il y a discorde.