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Puis vint le Rév. P. Burke qui prit pour texte les paroles suivantes des Saintes-Ecritures relatives à la mort de Judas Macchabée :
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Comment a-t-il pu tomber le vaillant homme qui a délivré Israël ?
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Le P. Burke, appliquant ces touchantes paroles au défunt, termina un discours vraiment éloquent, émouvant et parfois dramatique par cet appel touchant à ceux qui devaient porter en terre le corps du défunt :
Portez-le doucement, oh ! si doucement ! Il vous est cher, il est le bien-aimé de la nation. Lorsque vous serez arrivés à la fosse, descendez-le tendrement, car la terre a rarement couvert un coeur plus tendre que celui de sir Wilfrid Laurier.
Des voix éloquentes firent, dans le Parlement, l'éloge de l'illustre défunt. Sir Thomas White, qui exerçait les fonctions de premier ministre en l'absence de M. Borden, fut vraiment éloquent; son discours fait autant d'honneur à son talent qu’à son esprit de
justice. Ancien libéral et ami de Laurier, il l'evait abandonné en 1911 sur la question de réciprocité, A son chagrin se mélait peut-être Un Certain remords, Un souvenir attendri de ses relations si agréables avec son ancien chef, Sa désertion avait peiné Laurier qui appréciait sa valeur et il se demandait même s'il avait fait tout ce qui était nécessaire pour le garder dans le parti libéral,
Voici quelques-unes des pensées exprimées par M. White :
Laurier était Un Canadien convaincu et ardent, ]] avait une foi solide dans le Canada, dans l'avenir de son Pays. Son désir principal fut d'établir l'harmonie entre les diverses nationalités de ce pays. Il avait le respect des droits des minorités, C'était un démocrate modéré, un admirateur de la constitution anglaise ; une Personnalité gracieuse et Pittoresque douée d'un charme remarquable ; un orateur formé par l'étude des classiques et des chefs-d'oeuvres de l’éloquence parlementaire, Sa vie à été simple et sans reproche, il laisse derrière lui une carrière qui n'a pas été souillée par l'ambition Personnelle ni par l'appât du gain. Bien des années passeront avant que nous retrouvions une figure comparable.
M. D.-D, McKenzie, le nouveau chef de l'opposition, dit :
Sir Wilfrid Laurier s'était élevé à la plus haute charge qu'il soit donné à un Pays de conférer à un de ses citoyens, et s'il eût vécu en tout autre pays du monde civilisé, il aurait obtenu, je le crois, le même honneur. Si le sort l'eût fait naître dans la grande république voisine et au milieu de ses cent millions de Population, il aurait Partagé dans le Coeur de ces multitudes une place égale à celle de Washington, de Lincoln et de Grant. S'il eût vu le jour en F rance, patrie de ses ancêtres,
il serait devenu, je crois, président de la république. S'il fût né dans notre bien-aimée mère patrie, la Grande-Bretagne et l'Irlande, je n'en doute nullement et l'ai souvent entendu dire, il aurait occupé une situation égale à celle de lord Chatham, de John Bright, de Gladstone et de Disraeli. Certains députés à cette Chambre, encore qu'ils ne partageassent pas ses opinions politiques, ont souvent affirmé que, si sir Wilfrid Laurier eût vécu en Grande-Bretagne, rien ne l'aurait empêché de s'élever au poste de premier ministre.
L’honorable Rodolphe Lemieux, l’un des disciples les plus fidèles et les plus aimés de Laurier, parla avec l'éloquence la plus touchante; il termina son émouvant panégyrique par les paroles suivantes :
Adieu et Merci. . . . Merci d’avoir convié les tiens, les hommes de ta race, les descendants de ces anciens Canadiens, derniers lutteurs de la lutte dernière, qui, l’âme angoissée par la défaite, escortèrent le marquis de Montcalm des portes du vieux Québec jusqu'au château Saint-Louis, le soir de la bataille des plaines d'Abraham : Merci de les avoir haussés jusqu’à toi en les conviant à partager ta gloire.
Adieu et Merci. . . . Merci du souvenir lumineux que tu lègues à la grande histoire ; sa flamme ne s'éteindra plus, elle sera le phare lointain que le nautonnier regardera dans la tempête. Elle sera la colonne de feu guidrnt la marche des Canadiens enfin reconciliés dans l'Union Sacrée, vers la terre promise d’une meilleure patrie.
Adieu. . . .près de ton mausolée encadré d'érables et de peupliers que les sèves prochaines feront reverdir, nous viendrons nombreux et souvent prier dans la langue de tes ancêtres. La terre où tu reposes et dont tu 1‘:o0is le tendre embrassement te sera légère, car c'est un morceau de cette patrie trois fois séculaire dont le sein maternel couvrira un jour notre petitesse de sa grandeur, notre néant de son immortalité.
A‘lieu !
Au Sénat, sir James Lougheed dit en terminant son discours :
C'était un grand Canadien, une figure frappante, un chef de par-
ti puissant et il n'y a qu'une voix Pour proclamer qu'un des grands hommes de l'Empire est disparu.
Les sénateurs Dandurand et Poirier énumérèrent
en termes émus les qualités de coeur et d'esprit du défunt.
M. Dandurand dit :
L'histoire parlementaire de l'Angleterre n'avait pas de secrets pour lui. rd Grey, ancien Souverneur du Canada, disait que lorsqu'il Conversait avec Laurier, il s'imaginait parfois être en compagnie de
Gladstone, tant il Y avait de ressemblance dans la mentalité de ces deux hommes.
Le sénateur Choquette dit, avec l’éloquence énergique qui le caractérise :
Peuple qui regardait, ému, les géantes proportions de son cercueil et disait tout bas à son Compagnon : “* Je ne le pensais pas si grand ”!.
Pas un peu et beaucoup même l'impression que nous avons ressenti jours lugubres,
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le pensions pas si grand quand après avoir consolidé notre système fédératif, charpenté une armure d'autonomie et de liberté à notre colonie, il la proclamait orgueilleusement une nation. Nous ne le pensions pas si grand quand au palais de Buckingham, revêtu de sa simple couronne de cheveux blancs, il opposait sa majesté aux autres couronnes et aux autres Majestés ; nous ne le pensions pas si grand, et ce n'est seulement que d'hier devant l'apothéose funèbre que le peuple canadien est accouru en torrents lui faire, que nous comprenons la place énorme qu'il occupait au sein de notre pays, et je pourrais dire du monde entier.
Paroles de M. le sénateur Béique :
Dans l'apothéose populaire et incomparable qu'a provoqué sa mort, ce qui a été le plus remarquablect le plus touchant c'est le caractère spontané et universel qu'ont pris les manifestations. L'émotion la plus vive en a marqué toutes les phases. Elles ont été l'expression des sentiments de tout un peuple, de respect pour la personne de l'illustre défunt, d’admiration pour ses qualités d'esprit et de coeur, de foi dans la sûreté de sa direction, de profonde reconnaissance pour toute une vie de dévouement intègre et éclairé, consacré entièrement au bien public.
Je n’entreprendrai pas de publier tous les témoignages de sympathie offerts à la mémoire du défunt. Un volume considérable ne suffirait pas à contenir tous les discours, les sermons, les articles de journaux, les “résolutions” des conseils municipaux et des associations nationales, par lesquels le sentiment public s'est exprimé dans toutes les parties du Canada et spécialement dans la province de Québec.
Avant de partir pour Rome, Mgr Bruchési, qui avait déjà adressé une lettre touchante à Lady Laurier, fit célébrer dans sa cathédrale un service funèbre et y prononça des paroles sympathiques à l'égard du défunt.
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