L'AMOUR DE LA FRANCE
“C'est lorsque nous arriva la nouvelle des premiers désastres de l’armée française que nous sentimes combien nous étions français. Qui ne se souvient d’avoir vu, dans ces jours funestes, toute la popula-
tion française de Québec, massée autour des bureaux de journaux, attendant, dans une poignante anxiété, que le télégraphe transmit le résultat des batailles livrées, la veille, sur le sol de l'antique mère-patrie ? Qui ne se souvient de ces foules énormes enfiévrées par l’angoisse, et que cependant la moindre lueur d'espoir faisait frissonner d'émotion, et qui ne se dispersaient que lorsque le doute n’était plus possible en face de la fatale vérité ? Et lorsqu’arriva la catastrophe suprême, lorsqu'il fallut nous rendre à l’évidence, lorsqu'il fallut nous résigner à croire que la Lorraine et l'Alsace allaient être séparées de la France, j'en appelle à vos souvenirs, Messieurs, si on nous eut enlevé à r-‘1s-mêmes un de nos propres
membres, n'est-il pas vrai que nous n’aurions pas souffert plus cruellement ?”
(17 novembre, 1880).