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PRINCIPAUX TEMOIGNAGES D’ES¬ TIME ET DE SYMPATHIE

Sa Majesté le roi d’Angleterre

J’ai appris la mort de Sir Wilfrid Laurier avec un profond chagrin. Le Canada va pleurer la perte d’un homme qui aimait tant son pays et se souviendra avec orgueil et gratitude des talents, du génie dont il a fait preuve dans l’administration et la politique du Canada.

Son Altesse Royale le duc de Connaught

Je regrette profondément d’apprendre la mort de Sir Wilfrid Laurier. Le Canada et l’Empire pleurent le grand vétéran et une personnalité charmante dont le Dominion qu’il aimait se souviendra toujours.

L’ex-Président des Etats-Unis, M. Taft

C’était un homme remarquable. A la tête du gouvernement pendant quinze ans, il a accompli la tâche de garder un parti solide composé de Canadiens-français et d’Anglais sous le drapeau libéral, et il a beaucoup fait pour le progrès du Canada. Il a su s attacher un grand nombre d’amis qui h suivaient avec une loyauté intime et la plus grande admiration. Il sera grandement regretté non seulement au Canada, mais partout.

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Extraits de quelques-uns des grands journaux

d’Angleterre

Le “Times”, Londres, écrit:

“Dans Laurier, le Canada perd l’un des fils les plus illustres, un homme qui a laissé sa marque sur la vie du Canada, beaucoup plus en raison de ses qualités si remarquables qu’en raison de la structure politique réalisée par son oeuvre ou de tout achèvement législatif accompli. Il fut un grand Canadien et non pas seulement a cause de sa grande personnalité, mais aussi à cause de ses convictions et de ses méthodes qui provoquèrent constamment des controverses.”

Le “Daily Mail” écrit :

“Le nom de Laurier sera associé de façon permanente avec certaines des phases les plus importantes du développement du commonwealth britannique. Non seulement le Canada le comptera éternellement parmi les grands constructeurs de sa nationalité, mais il aura aussi sa place dans l’histoire mondiale.”

Le “Daily News” :

“Nul homme n’eut une carrière politique plus délicate à traverser, nul n’eut à parcourir ce chemin difficile avec une science politique et une sagesse plus avisée.

“Il fut loyal à son lien britannique comme à celui l’attachant à son peuple et si cette qualité de loyauté parfois l’exposa à des incompréhensions, il fut tou-

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jours sincère et inspiré par un amour désintéressé pour son pays.”

Le “Times”, New- York

“Le souvenir bienveillant, adouci par la mort, ne rappellera pas la figure engageante et brillante de sir Wilfrid Laurier comme celle du guerrier attristé, fameux par ses combats et qui tombe, vaincu, après mille victoires. Si sa bonne fortune avait égalé le charme de son éloquence, de son savoir littéraire et de sa personnalité, il serait mort en 1911, à la fin de son règne de 15 ans, comme premier ministre. Aucun autre homme public en Canada n’a fait autant pour son commerce, pour son agriculture, pour le développement du sentiment national canadien, avec des visées impériales imprécises mais fortes.

“Le point marquant de la carrière de sir Wilfrid Laurier, en dehors de son pays, fut le jubilé de diamant, en 1907, et aussi sa présence au couronnement d’Edouard VII et de Georges V. Aucun autre homme d’Etat des colonies ne fit une telle impression sur les Anglais. Ce Canadien-français, le premier chef d’Etat canadien-français, cet orateur bilingue, cette personnalité marquante, suave, digne et distinguée, n’a laissé aucun successeur semblable, après lui. C’était un “debater” plein de ressources et subtil ; c’était un maître de la discussion, un chef sans pareil des libéraux. Il semblait appartenir à la génération de Disraëli, de Pelmerston et de Gladstone. Et s’il

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a été en opposition avec l’opinion publique qui a prévalu, sur la conscription, il a aussi été en opposition avec cette opinion, au sujet de la réciprocité. On devrait lui donner le crédit de l’honnêteté de son opinion, sur une politique comme sur l’autre.”

La “Tribune”, New-York

“Parmi les hommes d’Etat canadiens de nos jours, sir Wilfrid Laurier s’était facilement élevé au premier rang. Il fut premier ministre du Dominion de 1896 à 1 9 1 1 ; et, avant 1896, il avait servi neuf ans comme chef de l’opposition, au parlement. Le Canada d aujourd’hui est, en grande mesure, son oeuvre.

' “Le plus grand peut-être des services qu’il a rendus à ses concitoyens a été de modérer les antagonismes qui avaient divisé le Canada, avant 1 Union, et qui ont persisté longtemps après. Il était originaire de la province de Québec et né de parents catholiques, parlant la langue française. Il était aussi le premier Canadien-français qui se fût élevé au poste de premier ministre. Mais son horizon était large. Sa loyauté à sa propre race, à sa religion et à sa province ne l’empêcha pas d’avoir une politique large et nationale.”

Le “Globe”, Toronto

“Les Canadiens pleurent aujourd’hui le plus grand Canadien de sa génération, frappé dans toute l’acti-

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vité de ses brillantes facultés. Sir Wilfrid est mort dans le harnais, représentant jusqu’au bout le peuple au service duquel il a dépensé presque 50 ans de sa vie.”

Le “Mail and Empire” (conservateur)

“Sir Wilfrid Laurier demeurera comme une brillante figure de l’histoire canadienne. Parmi ses partisans, il n’y en a pas qui ait le don d’un chef autant que lui. C’était un travailleur énergique, un adversaire courtois, et tout en étant un aimable chef, il savait maintenir la discipline sévère.”

Le “Journal-Press”, Ottawa (conservateur)

“Si l’on se demande la place que sir Wilfrid Laurier occupera dans l’histoire, il ne faut pas oublier qu’il était surtout et avant tout un homme d’Etat de l’école constitutionelle. Du jour 014, bien jeune, il s’est adressé à un auditoire canadien-français, il a maintenu que les principes du libéralisme constituaient l’idéal qui devait inspirer le parti libéral de la province de Québec, et il s’est toujours déclaré ardent disciple des chefs illustres du parti libéral anglais. Bien qu’on ait pu l’accuser de s’être écarté parfois de cet idéal, il a toujours été partisan des doctrines constitutionnelles et de la liberté politique, et c’est en défendant ces principes qu’il a acquis sa grande popularité. Le fait que d’une naissance

laurier

obscure, privé de protection, il a pu occuper, dès l’age de quarante ans, une position influente dans les affaires impériales et internationales, le désigne comme un des hommes les plus remarquables de son temps.

Le “Star” (conservateur)

“Le coeur du Canada souffre aujourd’hui; il pleure la fin de la noble carrière d’un de ses fils les plus chers. Sa présence mettait dans la vie publique de notre temps tout le charme d’un passé romanesque. Aucun dramaturge n’a jamais conçu une figure et un caractère rappelant mieux les vertus et les manières des hommes d’autrefois.... Son don le plus précieux était de savoir se faire aimer. . . Sans lui notre politique canadienne sera plus pauvre, elle aura perdu celui qui lui donnait du ton et du charme.

La “Gazette” (conservateur)

“Sa vie est un exemple de la vérité de l’axiome qui conseille à l’homme d’être vieux dans sa jeunesse afin d’être jeune dans sa vieillesse... Sir Wilfrid Laurier possédait, à un haut degré, les qualités qui font le succès des hommes politiques . . . Dans les questions qui lui permettaient de déployer les ressources de son éloquence il n’avait pas de supérieur. Le charme et la distinction de ses manières contribuaient beaucoup à ses succès oratoires...

“Sa mort enlève à notre monde politique le der-

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nier survivant de la vieille école et la génération actuelle ne verra pas son pareil.”

L’“Evénement” (conservateur)

“Les voeux ardents de tout un peuple n’ont pas obtenu une heure de plus à sir Wilfrid Laurier et la date du 17 février 1919 restera lugubrement mémorable dans les annales du Canada, parce que c’est celle de la mort du plus aimé et du plus admiré des hommes d’Etat canadiens. Le chef politique de la nationalité canadienne-française a passé de vie à trépas, hier l’après-midi, à 2.50 heures, entouré de ses plus proches parents et amis.

“C’est peut-être le plus brillant et le plus intéressant témoin de la Confédération qui disparaît avec cette belle figure, toute de noblesse, de finesse, et d’intelligence.

“La dignité morale de sir Wilfrid Laurier ne s’arrêtait pas à cette stricte frontière de la probité. Il était aussi naturellement distingué, de coeur, d’intelligence et de manières, que le sont peu, d’ordinaire, les champions de la démocratie. D’une sobriété exemplaire, ayant l’amour du travail à un degré élevé, très attaché à son foyer et à quiconque lui était proche par lesang, il a mené une vie pleine d’enseignements pour ceux qui en ont été les témoins immédiats ou éloignés. Et non content de se montrer toujours le gentilhomme impeccable, que de conseils affectueux il a donnés, à ce sujet, à la jeunesse de son

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entourage ! Son influence, de ce chef, a été bienfaisante on ne peut plus.”

Le “Devoir” (nationaliste)

“Devant le vieillard qui tombe sur le champ même de ses longs travaux, les dissentiments politiques feront un moment silence et ceux-là qui ont le plus vivement combattu le chef politique ne voudront se souvenir que de la noble vie, si digne, si discrètement charitable, de l’homme privé. De fait, M. Laurier avait tellement de qualités personnelles que beaucoup de ceux qui l’ayant connu crurent néanmoins devoir, pour des raisons de principe, s’opposer à sa politique, gardèrent de la rupture une inguérissable blessure.

“La note caractéristique de M. Laurier, c’était très probablement la bonté, une bonté qui se manifestait de la plus délicate façon, en attentions prodiguées aux plus petits, aux plus humbles, en secours directs, mais toujours très discrets, à ceux qui en avaient besoin. On ne saura jamais le nombre de ceux qu’il a ainsi aidés. Aucun autre homme public, chez nous, n’a peut-être du reste exercé sur ses partisans une emprise personnelle, aussi profonde.

“La pensée de tous se portera respectueusement vers celle qui fut cinquante années durant la noble compagne du vieil homme d’Etat, dont l’inlassable dévouement l’entoura, de son étude de jeune avocat aux plus hautes fonctions du pays, dont la vigilante attention prolongea peut-être une vie qui semblait

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précocement menacée. Le pays tout entier offrira à Mme Laurier l’hommage d’une universelle et profonde sympathie.”

OMER HEROUX.

M. Bourassa, quelques jours après la mort de Laurier, rendait hommage au talent, à la sincérité, à la dignité, à la bonté et à la générosité de celui qu’il avait combattu avec tant d’énergie.

Le “Canada”

(Sous la signature de M. Fernand Rinfret)

Il n’est peut-être pas dans toute notre histoire de vie aussi droite, aussi digne, que fut celle de Laurier.

“Tous ceux qui ont approché Laurier ont été frappés du magnétisme invincible qui se dégageait de sa personne. . .

“Il n’est peut-être pas plus d’une demi-douzaine de grands hommes qui aient eu, de par le monde, dans ce dernier demi-siècle, un magnétisme égal à celui de Laurier.

“Sa seule vue inspirait plus que du respect, c’était une vénération admirative; et à ce point de vue, on le comparait volontiers à Léon XIII dont il avait d’ailleurs, avec la fine et aristocratique silhouette, la même physionomie pénétrante et le même geste d’une souveraine élégance.

“Il était la courtoisie même; sa politesse exquise

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s’étendait aux plus humbles et il avait une extraordinaire mémoire qui lui faisait trouver pour chacun un trait de conversation ou une remarque aimable, qui ravissait son auditeur.

“Il y a partout, dans nos campagnes, de braves gens auxquels Laurier, en une seule parole, a laisse plus de bonheur, dans leur mémoire toute ensoleillée, qu’ils n’en pouvaient amasser par de longs labeurs. . .

“Il a été donné à certains d’entre nous de rencontrer, l’été dernier, qpelques-uns des plus grands hommes de la guerre, chefs d’Etat ou généraux. Et nous étions revenus dans notre pays l’esprit encore tout remué de tout ce que nous avions vu. . .

“Mais nous n’oublierons jamais l’impression que nous fit, au retour, notre première visite à Laurier. Je revois encore sa haute stature, son attitude en quelque sorte impériale et la souveraine majesté de toute sa personne ; avec quelle courtoisie cependant, avec quelle douceur, avec quelle subtile et claire intelligence il causait de la guerre et de toutes les choses d’Europe.

“Et tandis que j’écoutais l’auguste veillard, que j’étais repris tout entier par le charme qui se dégageait de toute sa personnalité, je me disais à part moi, — comme ce souvenir me revient net et précis maintenant :

“ — Certes, nous n’avons rencontré là-bas personne qui fût plus grand !

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“Ce qui nous doit consoler de la mort de Laurier, c’est la survivance de sa pensée, de son inaltérable mémoire !

“Sorti de la vie matérielle et transitoire par où se manifeste la fragilité humaine, il entre tout entier dans la vie impérissable de l’histoire et de la légende même.

“Le nom de Laurier vivra aussi longtemps que celui de notre pays. Son souvenir refleurira dans tous les coeurs, comme son image s’immobilisera dans le marbre et dans le bronze des monuments; et dans la suite des armées de pieuses mères viendront, au pied des socles, montrer aux petits enfants attentifs le nom immortel et le geste figé dans la gloire de celui que nous pleurons aujourd’hui.

“Il restera comme le symbole de la paix, de la justice, de l’harmonie; son exemple sera un réconfort à tous les esprits de demain qui chercheront dans la vérité plus encore que dans le succès la vie de leur activité.

“A tous ceux qui aiment le beau, le vrai, l’idéal, la grande âme de Laurier sourira à travers les âges.”

Le “Soleil”

“Nous sommes surpris d’entendre exprimer déjà l’opinion que sir Wilfrid Laurier représentait, de façon exceptionnelle, le type du gentilhomme d’autrefois et qu’avec lui disparait cet idéal.

“Le type qu’a si heureusement incarné par sa prestigieuse personnalité sir Wilfrid Laurier est un type éternel; c’est le type de l’homme supérieur aux contingences de la vie, de l’éternelle vie de lutte et de mesquineries; en tous temps c’est l’honneur le rachat, la gloire de l’humanité que de produire de nouveaux exemplaires de ce type pour servir d’immortel exemple à l’humanité.

“Ceux-là s’abusent étrangement, ils font preuve d’une singulière incompréhension du véritable caractère de cette personnalité, qui semblent croire que nous ne reverrons plus pareil exemple surgir du sein de notre société moderne.

Le “Droit”

(Sous la signature de M. Foisy)

“Cependant, ce que nous pouvons dire sans craindre la contradiction de l’histoire, c’est que sir Wilfrid Laurier a toujours été sincère. Si l’on a cru devoir critiquer les moyens qu’il préconisait, si l’on a cru devoir condamner certaines attitudes, on n’a pas mis en doute sa bonne foi et sa droiture d intention.

“Qui a eu raison, de sir Wilfrid Laurier ou de ses contradicteurs ? C’est l’histoire seule qui le dira, car c’est elle qui, en définitive, fera voir à tous la conséquence d’une politique qui a creusé un sillon ineffaçable dans la vie de notre pays.

“Laissant l’homme politique à l’appréciation de l’histoire, nous pouvons poser un regard tranquille

sur la vie privée et le caractère personnel de cet homme d’Etat.

“Ce qui nous force à croire que sir Wilfrid Laurier a toujours été sincère, même dans les questions où il nous semblait se tromper, c’est la dignité constante de sa vie, l’élévation de son caractère et son horreur pour la cupidité et le lucre.

“Contemporain d’une phalange d’hommes de talent qui ont souvent oublié la haute position où la confiance populaire les avait placés, pour se laisser aller à des actions douteuses, sir Wilfrid Laurier, tout en gardant avec eux les relations de l’amitié, n’a jamais laissé ternir sa réputation par aucune faiblesse personnelle.

“Aussi, la belle figure de cet homme est-elle devenue la personnification de la distinction, de l’affabilité et de la gentilhommerie.”

La “Presse”

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