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SON ROLE POLITIQUE

Lorsqu’en 1887, il fut appelé à remplacer le célèbre Edward Blake, comme chef du parti libéral, à une époque où des hommes distingués de ce parti

LAURIER

pouvaient aspirer à cet honneur, plusieurs hochèrent la tête et se demandèrent s’il avait toutes les qualités requises pour recueillir une succession aussi onéreuse. M. Willison, ancien rédacteur du “Globe” qui, depuis plusieurs années, a abandonné le parti libéral, écrivait, ces jours-ci, qu’il croyait comme bien d autres, dans les cercles anglais, que Laurier n aurait pas peutêtre l’activité, l’energie et 1 autorité necessaires a un chef de parti, “mais cette impression fut bientôt dissipée, dit-il, et nous fûmes obligés de reconnaître qu’à l’éclat de l’éloquence il joignait la clarté et la vigueur de l’esprit, la connaissance des hommes, une grande érudition et une force de volonté remarquable”. C’est le témoignage de tous ceux qui l’ont vu à l’oeuvre.

Il est entré dans le Parlement avec la résolution de travailler au triomphe d’une politique vraiment canadienne, sachant concilier les intérêts de l’Empire avec ceux du Canada et de conserver à la province de Québec son influence dans la Confédération et le respect de ses droits par l’esprit de conciliation et l’harmonie des races, et par des alliances avec les éléments les plus raisonnables de la population anglaise. Il déclare souvent que c’était la politique de La Fontaine et de Cartier et que c’est la seule capable de procurer au Canada ce qu’il lui faut pour atteindre ses destinées.

On peut dire, sans être accusé de partisannerie et d’exagération, qu’il a été fidèle à son programme, que les événements se chargent d’en démontrer la sagesse

LAURIER

et l’opportunité, et on doit ajouter, pour être juste, que les séductions des honneurs et du pouvoir ne l’ont pas fait dévier du programme qu’il s’était tracé. Les hommages et les éloges provoqués par son éloquence en Angleterre, les offres les plus séduisantes ne l’ont pas empêché de combattre les projets d’impérialisme de Chamberlain. Il a tout refusé, même la pairie, il a consenti à sacrifier ses intérêts personnels à ceux de sa patrie. Lorsque ses adversaires et même la majorité de ses partisans d’origine anglaise le priaient d’accepter l’alliance que lui offrait M. Borden, il refusa, il résista à toutes les sollicitations plutôt que d'accepter la conscription. Il perdit le pouvoir et un grand nombre d’amis politiques, mais il garda son honneur et ses convictions, ainsi que l’admiration de ses compatriotes et le respect de ses adversaires. Et puis déjà on revient à lui, à sa politique canadienne et vraiment nationale, et on croit que le pays aura besoin de sa sagesse et de son expérience pour assurer son progrès et sa prospérité, pour résoudre les problèmes inquiétants qui se dressent devant nous.

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