‹ Lausanne dès les temps anciensChapitre 20 sur 44 · SAINT-FRANÇOIS · texte numérisé non relu

SAINT-FRANÇOIS

pour y bâtir an convent ; et cela (M>ar le saint de Vâme des

deux époux. Ils donnent de plus l'autorisation de prendre sur leurs terres tous les matériaux nécessaires aux dites constructions.

Le couvent et l'église furent rebâtis en 14-44, probablement à la suite des donations faites par le pape Félix Y, qui rhabita quelque temps, lorsque le concile de Bàle fat transféré à Lausanne.

Si Ton examine le temple avec un peu d'attention, on trouvera, à une certaine hauteur, des restes d'arcs des anciennes fenêtres ; on reconnaîtra aussi les matériaux nouveaux qui ont servi à la construction des grandes fenêtres actuelles. C'est à la seconde construction, à ce qu'il parait, que les voûtes et leurs supports ont reçu la hauteur qu'ils ont aujourd'hui.

Dans la partie supérieure de la grande fenêtre placée au nord, près de la tour, il existe encore un vitrail colorié; à gauche, on voit la moitié d'une croix blanche qui se détache sur un champ rouge ; à droite, se trouve un demiécn portant des fleurs de lis sur un champ d'azur. Il est probable que ce sont les armoiries d'Âmédée YIII (Félix V) et de sa femme Marie de Bourgogne. J'ai retrouvé les mêmes armes à l'angle occidental des stalles qui sont placées en face de la chaire à droite; elles sont au-dessus d'une sculpture de guerrier.

Ën 1523, les Conseils de la ville de Lausanne décidèrent la construction de la tour, et, le S3 avril de la même année, Jean de Fluvio (Duflon) et Sébastien Grand en posèrent la première pierre, en présence des trois Conseils : des vingt-quatre, des soixante et des deux-cents.

Le cimetière faisait le tour de l'église, il' était utilisé aussi comme préau pour les Cordeliers. Un mur servait de clôture du côté du nord, laissant un passage le long des minaons qui existaient alors vis-à^vis de l'église. Le

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passage conduisait à la porte qui était placée à Toccident de la rue , vis-à-vis des maisons construites par M. Tarchitecte Perregaux.

Alors les voyageurs et les chars venant de La Côte ne passaient pas sur St-François ; ils arrivaient de Vidy, par le JBois-de-Yaud» à l'entrée principale de la ville qui était en Pépinet; de là, ils passaient par le Petît-Saint-Jean pour arriver au Pont où le chemin se bifurquait; d'un côté, on montait la Palud et la Mercerie pour aller à l'Evéché et dans le nord dn pays; l'autre bifurcation conduisait par la rue du Pré à la Gheneau-de-Bourg et à la porte de Saint- Pierre; de là» par la campagne du Singe et le pont du Trabandan, on se rendait du côté de Lavaux.

Ce fut après la mort du major Davel, et sur les instances de la cour d'Angleterre > que le patriciat de Berne se décida à améliorer les communications dans le Pays*de-Vaud. n construisit plusieurs routes importantes, en particulier celle qui mettait en communication le vignoble de La Côte avec la ville de Berne. On traça alors un ^rand chemin de Vidy à Montbenon, pour arriver sur la place de St-François, qui fut appropriée à ce nouveau service.

Depuis un demi-siècle, on a fait à la place une série de réparations de première utilité ; elle a été nivelée et pavée m y a quelques années. Ces derniers jours, Fautorité locale a décidé d'y placer une fontaine monumentale adossée à réglise de St-François « dont elle rappelle l'architecture; la fontaine se compose d'un grand bassin en demioctogone, avec deux petits bassins formant bas côtés. La chèvre est isolée^ elle sort du bassin et peut avoir 25 pieds de hauteur. Sa partie supérieure, taillée en clocheton, est terminée par une petite flèche qui porte son fleuron. Le bassin étant adossé à l'église, une applique était nécessaire pour protéger l'édifice tout en donnant un certain relief à cette partie de la construction. t r ^-^ -^^ ' '

SAINT-LAURENT

Les dessiQS oût été faits par MM. de la Harpe et Bertholini. La roche, espèce de marbre gris-blanc, provient d'une carrière de Soleure, qui fournit des blocs sains et de grande

dimeDsioo.

Nous Toici arrivés en 1862; dans quelques mois on ouvrirala ligne du chemin de fer Lausanne-Fribourg et Berne;

nous ne verrons plus alors sur l:i place de St-François cette masse de diligences qui transportaient les voyageurs en tous sens, ni ces énormes chars de vins attelés de 12, 14 et jusqu'à 16 chevaux qui franchissaient avec peine le contour par lequel on arrive au Casino. — La circuiatioa deviendra beaucoup plus sûre, et la nouvelle vie, la nouvelle activité, qui depuis quelques années se sont manifestées à Lausanne, fei ont de la place de St-François un centre et le lieu de rendez-vous de toutes les parties du canton.

La place de Saint-Laurent tire son nom du martyr Laurent , qui vivait au troisième siècle, n était trésorier de

l'Eglise sous le pape Sixte II, lorsque l'empereur Valérien publia, en 258, un édit contre les prêtres chrétiens. Arrêté par les ordres du préfet de Rome, Laurent refùsa de remettre le trésor dont il était dépositaire. Il fut déchiré à coups de fouet par les mains du bourreau et attaché ensuite sur un gril de fer sous lequel étaient des charbons ardents. Il soufifrit cet affreux supplice avec un courage admirable.

Nous ne connaissons pas les motifs qui ont engagé les fondateurs de l'église de Saint-Laurent à la dédier spécialement à ce saint.

ÈiWk plaee de Salnt«l««iireM(.

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On n'a pas non plus de données sur le personnage qui a fait construire la première église. Les anciens iiistoriens l'ont attribuée à Henri de Lenzbourg^ qui fut ordonné éyéque en 985, et qui reçut, en 1011, de Rodolphe III, roi de la Transjurane, le comté de Vaud; ce t'utrévèque Henri qui fonda la cathédrale. La chronique du Gartulaire de Notre-Dame de Lausanne rapporte qu'Henri fit faire cinq tombeaux, dans les églises de Sainl-lMerre, Saint-Paul, Saint-Etienne, Saint-Laurent et Saint-Tliyrse (appelée plus tard Saint-Maire), et qu'il y fit donner la sépulture à cinq de ses meilleurs amis.

On peut encore voir sur l'ancien plan de la ville de Lausanne suspendu à la salle de la Municipalité* et dans les planches de l'ouvrage de Mathieu Mérian , |)ublié en 1644, les restes de l'ancienne église de Saint-Laurent. Elle était orientée du nord an sud; la pone d'entrée donnait sur la petite place qui est aujourd'hui derrière Féglise; à gauche de la porte se trouvait l'ancienne tour surmontée d une flèche élégante. Sur le plan, on voit la tour et les restes des trois grandes fenêtres au nord avec les murs de l'enceinte.

Je n'ai pu trouver d'autres renseignements sur cette église.

Le manuscrit Bergier, déposé aux archives de Lausanne, nous fait connaître que ce fut le ^ janvier 1668, que parut en conseil la première requête faite par spectables, doctes et savants Pierre Colinet et Jacob Combe, seigneurs pasteurs de cette ville, par Tavis de Monseigneur le haiiiif de Lausanne, demandant la reconstruction d'un temple en St- Laurent; celte requête fut renvoyée à on consultum.

Le 25 novembre 1715, la question arriva devant le conseil des soixante. On trouva à propos de construire un

* C'est ce plan qae nous reproduisons à la fin de l'ouvrage.

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temple en St-Laurent et c de commencer la constractioD

d'y celui au commencement du mois d'avril; pour quel effet, on coupera le hoïs cet hiver pour la charpente ; et la ?iile donnera pomr ce sujet 6,000 tr,, outre de ▼ieuz bâtiments, comme les tours de Menthon et les bâtiments de St-Roch et quelques autres» si cela est nécessaire. ^ Messieurs de la Chambre économiqae, auxquels on joint messieurs les conseillers Gaudard et Réal, régleront la manière de construire le dit temple et donneront le tout à tâche et à pri^L fait. >

Les registres de Lausanne donnent encore les renseignements suivants :

c Le 0 janvier 1720. En soixante: Maître Pierre Bar-

raud, Jean-Pierre, son frère, et Pierre Bibelot, ayant été convenus à Finstance de MM. les Bannerets pour leur demander raison des défauts qu'ils ont bits dans la bâtisse de la ramure du temple <le St-Laurent, lesquels ont manqué d'exposer une grande quantité de personnes à des malheurs et dangers d'y perdre la vie; leurs excuses entendues, on n'en a pas été édifié, les trouvant dans un grand tort pour n'avoir pas lié convenablement la dite ramure; n'ayant lié les rattelets aux chevrons, ni par cheville» ni par liens de fer , ni de qu'elle manière que ce soit. C'est pourquoi, vu leur mauvaise foi, et pour engager les autres maîtres à remplir mieux leur devoir, nous avons condamné Pierre fiarraud et Pierre Bibelot à 8 jours de prison, â l'Evêché, à pain et à eau, et les dits Pierre Barraud, Pierre Bibelot et Jean-Pierro Barraud aux réparations qu'on a été obligé de faire pour mettre ce temple en sûreté. Conformément aux prétextes qui leur ont été notifiés , exceptant le ilil Jean-Pierre Barraud de la prison, eu égard qu'il était au service de L.L. Ë.Ë.

> Le 11 juillet 1719, en conselL M. le Boursier prendra

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la peine de prier M. le doyen Bergier de faire la dédicace do temple de St-Laurent le jour de la Sl-Jaques. »

Ce fut en 1763 que les plans de M. de Mézery ont été approuvés pour la reconstruction de la façade du temple telle qu'on la Toit aujourd'hui.

La nouvelle rue Haldimand a provoqué un nivellement, et la place a été abaissée devant le temple; chacun s'attend à voir un nouveau perron donner rentrée dans Tédifice; ce travail sera fait en harmonie avec le style de la façade.

De la place de St-Laurent, on se rendait par diverses mes dans les quartiers de la ville. Du côté du nord la rue de Ghaucrau (des creux à chaux) conduisait à l'hôpital des pestiférés en St-Roch. Du côté de l'occident, on se rendait à Cossonay et à Orbe, puis passant le Jura on arrivait en Franche-Comté par Jougne.— L'histoire nous apprend que le duc de Bourgogne arriva dans notre pays par Orbe ; il séjourna quelques semaines sur les plaines du Loup ; son quartier général était au couvent de BeUevaux ; de là il se rendit à Morat en passant par les villages de Morrens, de Brétigny et de Thierrens. Telles étaient les communications militaires de cette époque mémorable du moyen âge.

Les Bernois ne firent subir aucun chaudement à ces communications ; ce ne fut qu'en 1828 que le gouvernement vaudois fit ouvrir la belle route qui relie Yverdon et Lausanne en passant par Echallens.

La ville de Lausanne était fermée de ce côté là par une porte surmontée d'une tour qui a été démolie, il y a environ quarante ans. En fait de souvenir historique de cette porte, il nous reste une pierre qui était placée au-dessus de la porte du côté de la ville ; ce monument se voit aujourd'hui dans les pas perdus de l'hôtel de ville ; deux anges soutiennent un écussou coupé par le milieu comm e les

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SAINT-LAURENT

armes de la ville de Lausanne. J'ai lu l'inscription placée au bas de cette pierre: Anno Domini 4460, Dib nativita-

TIS SANCT/E MAKI E VIRGIMS, FECIT EPISCOPUS. (L'an dU

Seigneur 1460, révéque a élevé ce monument le jour de la nativité de la Vierge Marie.)

En 1460, Georges de Saluées était évêquc de Lausanne; son écu est coupé d'azur et d'argent. Ce sont probablement ses armes que l'on voit à la maison de ville sur la pierre que nous venons de signaler.

On lit dans les anciens documents du pays: Le 29 août 1444, les trois Ëtats de Lausanne se réunirent dans la Cour baillivale et prièrent Tévêque de leur accorder des secours pour la réparation et l'entretien des fortifications de Ja ville basse. L'évéque leur permit, à cet effet, de percevoir une obole sur chaque pot de vin qui se vendrait à Lausanne pendant les trois années suivantes. — Le 15 juillet 1455, la grande Cour séculière dressa encore des statuts au sujet de la police des incendies et des réparations des murailles et fortifications de la ville de Lausanne.

On trouve dans les comptes du châtelain de Chillon qu'en 1444, les Ecorcheurs, soit Armagnacs, sont venus prendre Vev^ par surprise et l'ont pillée. Il est assez probable qu'ils ont visité alors quelques autres villes du pays qui ont reconstruit leurs fortilications. Tout nous porte à croire que c'est à cette époque que Lausanne a reçu l'ensemble de fortifications que l'on observe sur le plan de l'hôtel de viUe \

* li45, 6 février. Tùche donnée à des mattref^ maçons par la ville pour oonstniire la tonr de la porte de St-j'Yunt^ois, la tour de la porte de St-Pierre appelée porte St-Marcel et la toor de la porte St-Lanrent*

1444. La ville ordonne des tra?aoz de réparation aux murs et fortifications, répartition de la ville entre les villi^ea du ressort :

Pully, 2 toises par fea 72 toises.

Belmont, id. 30 toises.

ChaUiez, id, 10 toises.

(JSote communiquée par M. de Gingins.)

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De sérieux embellissements ont été exécutés ces dernières années sur la place de St-Laurent« Les maisons et les restes de murs de ville situés an midi ont été acquis par la commune qui y a établi une rue spacieuse. Une société de construction a acheté tout un ensemble de maisons et de terrains situés au nord dans la direction de la Biponne. Les autorités locales ont autorisé la construction d'une nouvelle rue à laquelle on a donné le nom de rue McUdimand en l'honneur du généreux citoyen qui a fondé TAsile des Aveugles et qui a répandu ses largesses sur plusieurs établissements utiles de Lausanne.

Tout un nouveau quartier a été bâti. Les plans ont été confiés à M. Tarchitecte Joël» qui a conduit les travaux avec zèle et activité. Nous signalerons les faits suivants :

On a employé pour la première fois dans notre pays pour la construction de maisons des mortiers faits avec la chaux hydraulique, au moyen de laquelle on obtient une dessication prompte pour les murs et une solidification immédiate de la construction. — On s'est servi de gros fers .pour poutres armées et de colonnes de même métal, ce qui a permis de donner aux vitrages des magasins des dimensions considérables.

Les vitrages des magasins ont été faits en fer; on a établi pour les volets un système d'engrenage qui en rend le service facile.

L'architecture de l'ensemble des bâtiments est simple et uniforme, et cependant aucun n'est absolument' semblable

à son voisin. Les façades sont décorées de balcons et les fenêtres pourvues de stores d'un bon effet.

Les constructions neuves se prolongent dans la rue Ghaucrau du côté oriental et se terminent là par un bâtiment dont la façade présente un aspect tout particulier: il n'a pas de fenêtres. Le jour lui arrive d'en haut par une grande lanterne qui couronne l'édifice: c'est la Gul&rie industridle

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fondée par M™® de Rumine. On y trouve une grande salle poQYant contenir près de trois cents personnes; de nombreuses vitrines destinées à rece?oir les objets exposés • sont distribuées dans les deux étages de galeries.

La rue Ualdimand va bientôt être reliée avec les travaux du tunnel qui se poursuivent activement le long de la Riponnc et sur la propriété HoUard. Avant la fin de Tannée, la ville de Lausanne sera dotée d'un boulevard complet qai permettra une circulation facile et sûre tout autour de la ville.

Les personnes qui depuis quarante années ont suivi ces travaux» dont le pont Pichard fait partie, trouveront que Lausanne s'est métamorphosée ; les nouvelles constructions, loin de nuire aux bâtiments historiques leur donnent un cachet plus prononcé, la cathédrale surtout gagne à être vue de tous les côtés: ^

Lausanne, 1®^ mai 1862.

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