XXXIII. AU CIRQUE. LE PAS DE DEUX (diissin
des caractères imprimés annonçant le livre de Champfleury sur les chats.
Daumier et Manet ont été des précurseurs. Ils tâtaient le terrain. Ils utilisaient la lithographie en noir, qui dominait de leur temps. L'emploi de la couleur devait venir après eux. Chéret lui donna une grande impulsion. Lorsque Lautrec ouvrait sa voie, il trouvait donc les affiches en couleur devenues usuelles. Il les ferait définivement entrer dans le cadre de l'art. Il n'en n'a pas produit moins de trente. Il n'aimait pas à se répéter, aussi les a-t-il variées comme sujets, coloris et dimensions.
Ses affiches étaient destinées à donner de la publicité à des établissements de plaisir de Montmartre : Le Divan japonais. Bruant dans son cabaret ; à faire connaître des artistes : Jane Avril, La Goulue et Valentin, May Milton, La troupe de M^^^ Eglantine ; à annoncer des publications littéraires, des livres : La Revue blanche, L'Aube, revue illustrée, La Châtelaine, Le deuxième
volume de Bruant. Quelques unes de ses affiches ont été faites pour des maisons de commerce ou des industriels : L'Artisan moderne, Objets d'art, meubles, ensembles décoratifs, 9, quai Voltaire ; Confetti, Manufactured by J. & C. Bella, Caring cross road, London ; La Chaine Simpson, L. B. Spoke, directeur pour la France, 2^, boulevard Haussmann ; P. Sescau, photographe, ç, place Pigalle. Lautrec se tenait en relation avec Paul Sescau, mêlé à la vie artistique de Montmartre. Il en a fait le portrait, il l'a représenté debout, dans un intérieur d'atelier ^'\ Sescau s'étant en 1897 établi photographe, Lautrec lui amena des clients. Il lui composa comme réclame une affiche des plus attirantes.
Les affiches illustrées, devenues aujourd'hui d'un emploi général, abondent sur les murs. Mais elles sont dans l'ensemble médiocres et, mises côte à côte, il est rare qu'une d'entre elles se distingue particulièrement des autres. Or une affiche doit s'étaler de ma-
(1) Vente Roger Mars, mai 1914. N° 224. I 10
nière à être vue sans qu'on pense à la regarder. Il faut donc qu'elle ait une grande puissance attractive. Aussi les dessinateurs, les imprimeurs font-ils maintenant des efforts incessants pour en produire qui tranchent sur l'entourage par leur originalité et leur imprévu et puissent ainsi frapper les passants blasés et inattentifs.
Seuls obtiennent un véritable résultat ceux que leur originalité et leur invention mènent d'elles-mêmes au succès. Les autres, privés de dons, s'efforcent quand même d'atteindre le but. Ils outrent les moyens. Ils recourent aux motits excentriques, à la surcharge du dessin, à la disparate du coloris. Ils échouent ou ne se procurent que des avantages momentanés. Lautrec était doué d'une telle originalité, que toute œuvre sortie de ses mains prenait un caractère saillant.
Le goût pour les motifs dessinés de nature à attirer l'attention, qui s'est surtout manifesté aux affiches, en se ramifiant s'est éten-
du à différents domaines, en particulier aux couvertures de livres. Lautrec en a donné, comme il avait donné des affiches. Il a orné de dessins la couverture ou le frontispice d'une dizaine de volumes, à la demande d'auteurs ses amis.
Entre autres : Les Pieds nickelés, comédie de Tristan Bernard, V Exemple de Ninon de Lenclos, roman de Jean de Tinan, Jouets d'enfants de Paul Leclercq, et aussi trois volumes de Victor Joze : Reine de joie, Babylone d'Allemagne (Berlin), La Tribu d'Isidore. Joze était un pseudonyme. Le littérateur qui l'avait pris, d'origine polonaise, s'appelait de son vrai nom Victor Dobrski. Sa connaissance des choses de la Pologne et, par surcroît, de l'Allemagne l'avait amené à écrire des romans où étaient montrées les mœurs polonaises et la vie de liesse de Berlin. Lautrec, en plus des couvertures et frontispices mis en tête de trois de ces volumes, a fait des affiches pour en annoncer deux, Reine de joie et
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