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XXXII. LA POURSUITE

(lithographie)

ne pouvait être dû qu'à l'initiative de véritables artistes, tels que Daumier, Manet, Chéret, Lautrec.

Les affiches en couleurs présentant des sujets et des motifs dessinés ne remontent pas très loin. Elles ne datent que du dernier tiers du XIX^ siècle. Auparavant les images en couleurs qui se voient maintenant aux kiosques et les affiches en couleurs, illustrées, qui s'étalent sur les murs, étaient inconnues. Les affiches ne portaient autrefois que des lettres. Les gravures insérées dans les journaux spéciaux, les illustrations de toute sorte étaient en noir ; la lithographie et la gravure sur bois en faisaient les frais. Les seules images où la couleur apparût étaient celles d'Epinal, laissées aux enfants et considérées comme criardes. L'œil qui s'était contenté si longtemps des images et des figurations en noir, qui ne pensait nullement à réclamer de la couleur, ne pourrait plus aujourd'hui s'en passer ; il l'exige de plus en plus, en toutes

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sortes de productions, gravures, affiches, prospectus, cartes-postales, etc.

Un grand changement est donc survenu dans le goût. Deux faits l'ont surtout amené : l'apparition des estampes japonaises et le développement de la peinture impressionniste. Les estampes japonaises ont montré le resplendissement de couleurs vives, assemblées sans demi-teintes ou ombres quelconques.

C'était un procédé de coloris absolument inconnu en Occident qui, après avoir d'abord effrayé, a séduit. En même temps les Impressionnistes se produisaient et grandissaient. Sortis de l'atelier pour peindre en plein air, ils ont mis sur leurs toiles les tons éclatants que la nature vue au soleil leur offrait. L'œil, qui avait si longtemps ignoré la couleur, sous ces nouvelles influences a fini par y trouver sa volupté.

Les affiches présentaient un champ particulièrement désigné pour recevoir des images et des motifs en couleur. L'introduction du

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coloris les rendrait attirantes et augmenterait leur chances de succès, placardées sur les murs. Les affiches en couleur, une fois essayées, sont donc rapidement devenues d'un emploi général. Mais avant d'arriver à ce plein développement où nous les voyons aujourd'hui, embellies à la fois par le dessin et la couleur, les affiches avaient eu une existence modeste, sous une certaine forme où l'art avait trouvé sa place. C'étaient ce que l'on pourrait appeler plutôt des placards, faits pour annoncer des livres ou des publications littéraires, destinés non pas à être apposés extérieurement sur les murs, mais à être tenus en montre, à l'intérieur, chez les libraires. Ce genre d'oeuvres de petit format, exécutées en noir, le plus souvent par la lithographie, et dont la mode a disparu, a donné lieu aux productions de nombreux artistes, Gavarni, Raffet, Devéria, Grandville, etc.

Daumier fut le premier à exécuter une affiche d'art à placarder sur les murs. C'était

en 1862, il avait des relations avec M. Desouches, directeur d'une maison de commerce, l'Entrepôt des charbons d'Ivry. Il lui fit une lithographie en noir, qui représente une ménagère élevant les bras pour saluer l'apparition d'un sac de charbon qu'un homme lui apporte. La maison de commerce, qui existe toujours, a continué longtemps à afficher cette lithographie sous sa forme première, mais en conservant la composition, elle l'a depuis modifiée, pour l'agrandir et y introduire de la couleur, au goût du jour.

Après Daumier est venu Manet. Il a exécuté, en 1868, de concert avec Champfleury, une lithographie à afficher, un rendezvous de chats, un chat noir et une chatte blanche, agitant leurs longues queues sur les toits. On en était encore aux moyens primififs ; aussi l'affiche était-elle en deux parts superposées. La lithographie de Manet était collée sur un espace réservé à cet effet, au milieu

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