Arch. nat. F
3. L'inventaire dressé par Leblanc a été publié par M. Anastasi dans son étude sur Nicolas Leblanc. Paris, in-12, 1884. L'original est aux Archives, F17, 1050.
des mines et l’École centrale des travaux publics. Celle-ci devait avoir toute la collection de minéralogie, dont le transport fut confié à Pluvinet; elle devait partager avec le Muséum! le mercure et l’oxyde rouge, dont 12 livres étaient prélevées en faveur de l'École de chirurgie.
Tout ce travail devait être en pure perte : les objets allaient être bientôt restitués à M”° Lavoisier. Le 20 frimaire an [II (10 décembre 1794), les veuves et les enfants des condamnés, que la confiscation de leurs biens réduisait à la misère, avaient adressé une pétition à la Convention qui décréta de suspendre l’action des agents nationaux jusqu’à ce qu'un rapport lui fût présenté ; mais le député Lecointre, deux jours après, fit rapporter le décret du 20 frimaire, en objectant gu'ordonner la revision d’un seul Jugement serait déclarer qu'on pourra les reviser tous.Alors, Morellet publia sa brochure : /e Cri des famulles, où il discutait avec tant de vigueur les arguments de Lecointre qu'il souleva l'opinion en faveur des veuves et des enfants des condamnés, et, le 13 ventôse (3 mai 1795), la Convention
décida que les objets mobiliers confisqués seraient res-:
titués aux héritiers des condamnés, les séquestres levés sans délais et la valeur des biens vendus remboursée sur le pied et aux conditions de la vente.
Néanmoins, les fermiers généraux ayant été déclarés
1. C'est Geoffroy Saint-Hilaire qui, à titre de commissaire de l'École centrale des travaux publics et du Muséum d'histoire naturelle, fut chargé d'enlever neuf bouteilles de mercure et deux bouteilles d'oxyde rouge, qu'il restitua à Mme Lavoisier en vendémiaire an IV. La lettre qu'il lui adressa alors est conservée aux Archives nationales (F17, 1076) : « Citoyenne, un plan d'attribution arrêté par le Comité de la Convention avait disposé du cabinet de notre regrettable et trop malheureux maître en faveur de trois établissements nationaux... Je fus chargé, par mes collègues les professeurs du Muséum, de recevoir en leur nom les parties qui leur étaient accordées. Le souvenir des vertus et des rares et utiles talents du grand homme que nous venons de perdre était présent à mon esprit. Je consentis cependant à me charger de ce soin, non sans une répugnance qui m'a beaucoup coûté. »
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redevables à la nation de près de 70 millions, la loi du 13 ventôse ne permettait pas de lever le séquestre qui frappait leurs biens immobiliers, quand un membre de la Convention vint proposer de déclarer que la confiscation des biens des financiers injustement condamnés serait de nul effet, et que le séquestre serait transformé en une simple opposition jusqu’à l’apuration de leurs comptes.
L'auteur de cette proposition, présentée Le 16 floréal an III, était ce même Dupin qui, un an auparavant, le 16 floréal an IT, dénoncçait à la tribune les exactions et les concussions des sangsues du peuple.
Dupin se sentait menacé. Le jugement inique du 19 floréal avait été rappelé au cours du procès de Fouquier- Tinville. Villatte, un des jurés du tribunal révolutionnaire, qui fut exécuté avec Fouquier, venait de publier un libelle - écrit dans sa prison : les Causes secrètes du 9 thermidor, où il désignait Dupin, Dupin-Mourllade, le Robespierre des fermiers généraux, le coupe-tête de la maltote, comme un des séides du tyran, un adepte de Catherine Théot, un homme perdu de débauches, froidement sanguinaire, qui avait dit après le supplice de ses victimes : « La guillotine est meilleure financière que Cambon. » Villatte, espion aux gages de Robespierre, avait été dénoncé par Dupin, et le dénoncait à son tour ‘.
Dupin comprit qu'on lui demanderait bientôt compte de sa conduite au comité des finances; par un coup hard, il entreprit de prévenir les accusateurs. Dans sa motion d'ordre, lue à la Convention le 16 floréal an IIT, il arrange à sa guise le procès des fermiers généraux, il en rejette tout l’odieux sur /a faction de Robespierre, qui avait décidé de
1. Lettre de Dupin et M.-J. Chénier au Comité de sûreté générale, publiée par M. Georges Lecoq dans la Police de süreté sous la Révolution, brochure in-8, Paris, 1885.
battre monnaie sur la place de la Révolution. A l'entendre, le vrai coupable est le tribunal révolutionnaire : « Jai le cœur navré plus que je ne puis l’exprimer, dit-il en terminant sa défense, en vous disant que le décret que la Convention a rendu sur mon rapport a été le tocsin de mort des fermiers généraux. — Ils ont été envoyés à la mort sans avoir été jugés *. »
La motion d'ordre, renvoyée par la Convention au comité de législation, loin de détourner le danger qui mena: çait Dupin, attira l'attention sur lui; attaqué d’abord dans l'Orateur du peuple?, il eut bientôt à répondre à de plus redoutables adversaires. Le 21 messidor (10 juillet 1795) paraissait la Dénonciation des veuves et des enfants. des cidevant fermiers généraux contre le représentant du peuple Dupin”; elle était signée de George Montcloux fils, Paulze veuve Lavoisier, Pignon veuve de La Haye et Papillon de Sannois. L'ardente M°"*° Lavoisier paraît avoir été l’inspiratrice de ce cri de vengeance, peut-être même l’a-t-elle rédigé, car dans ses papiers se trouvent des épreuves corrigées de sa main. La brochure ut répandue à profusion, l'effet en fut immense. Le Moniteur du 19 thermidor (6 août) se fit l'écho de l’opinion en demandant à la Convention d'ouvrir une enquête. Dupin s’empressa d'annoncer qu'il s’engageait à répondre par des faits positifs à cet échafau- 1. Motion d'ordre et exposé fidel (sic) de tout ce qui s'est passé dans l'af-
faire des fermiers généraux, assassinés par la faction Robespierre et ses complices le 19 floréal, an troisième (sic) de la République, par le Tribunal ré-
volutionnaire, par Durin, représentant du peuple. Imprimé par ordre de la.
Convention nationale, in-8. Voir aussi Moniteur du 20 fioréal an HI (9 mai 1795). | |
2. Orateur du peuple, nos CXXIV et CXXXIII, 17 prairial et 5 messido an III. |
3. Dénonciation présentée au Comité de législation de la Convention nalionale contre le représentant du peuple Dupin par les femmes et enfans des ci-devant fermiers généraux, in-8. Paris, Dupont, an IIL.— Seconde additson à la dénonciation.
de
dage de suppositions et de calomnies. Tâche impossible, les faits étaient constants. N’avait-il pas refusé d'entendre les prévenus contradictoirement avec les commissaires réviseurs ? n’avait-il pas présenté les articulations de ceux-ci comme des faits prouvés? n’avait-il pas trompé la Convention en lui cachant la défense des accusés? De quel droit demandait-1l leur renvoi devant le tribunal, quand il n’avançait aucuns faits contre-révolutionnaires à leur charge? N’avait-il pas communiqué son rapport à Fouquier, et dès le 18 floréal, la veille du jugement, n’avait-il pas demandé à procéder à l'inventaire des objets laissés dans la maison des Fermes?
Sa réponse, longuement méditée, se tient dans les termes d'une vague phraséologie ‘; il cherche surtout à établir qu'il n’a jamais été partisan de Robespierre, il vante ses sentiments d'humanité, lui qui dénoncça trois fermiers généraux oubliés : Prévost d’Arlincourt père, Douet et Mercier, lui qui poussa Didelot à la mort en l’envoyant se constituer prisonnier à la Conciergerie. A l’en croire, il était si peu avide du sang des fermiers généraux, qu'il aurait pu, dit-il, en faire mettre en jugement quatorze de plus, dont il connaissait les noms et les demeures, et sa conscience obscurcie ne voit pas ce qu'il y a d’écrasant pour lui dans cet aveu. Pourquoi a-t-il choisi trente-deux victimes? Pourquoi excepter quatorze fermiers généraux, solidaires des actes de leurs collègues? La Dénonciation fut présentée à la Convention par le député Genissieux ; Lesage (d'Eure-et-Loir) réclama l'arrestation de Dupin, non à cause de son rapport, mais comme assassin et voleur, pour avoir dénoncé Prévost d’Arlincourt père, Mercier et
1. Réponse à la dénonciation présentée par les veuves ef enfans des cidevant fermiers généraux, par le citoyen Dupin représentant du peuple. In-8 de #4 pages, de l’Imprimerie nationale.
Douet, et avoir volé 100000 livres en assignats et 95 louis d'or dans le portefeuille du fermier général de Lépinay. Dupin fut décrété d’arrestation (22 messidor an II — 13 août 1795) et déchu de son mandat de représentant du peuple. Le dernier acte de sa vie politique fut une protestation où il se défendit énergiquement de l'accusation de vol, qui est loin d’être prouvée ‘. Remis en liberté après l’'amnistie du 4 brumaire an IV (26 octobre 1795),1l occupa plus tard un modeste emploi dans les contributions indirectes et mourut ignoré vers 1820. Conventionnel obscur, il ne parut un instant dans l’histoire que pour attacher son nom au souvenir d'un irréparable crime.
M"° Lavoisier, active et courageuse, s’empressa de profiter de la loi du 13 ventôse; elle réclama sans tarder et obtint, au mois de germinal an IV (avril 1796), la restitution des meubles, des papiers, des livres, des objets de laboratoire. Les ordres de restitution portent la mention : Veuve de Lavoisier, injustement condamné. N lui fut permis de toucher ses revenus, et le premier usage qu'en fit cette àme généreuse fut de récompenser par des dons de terres les serviteurs qui l'avaient suivie et soutenue dans la mauvaise fortune”, et de témoigner sa gratitude à Morellet, l’auteur du Cr2 des familles, en lui portant deux rouleaux de 50 louis. Ce ne fut pas un élan passager de reconnaissance ; en 1816 elle faisait encore une pension à Morellet*. Quant à la liquidation de la ferme générale, elle fut confiée
L. Compte rendu par Dupin au peuple français. Placard de 4 pages sans date (Arch. nat. AD, IX, 533.)
2. La donation est du 11 brumaire an IV. Elle consiste en terres sises aux Batignolles, données à Louis-Antoine Masselot, au service de Lavoisier depuis 18 ans, et à Marie-Françoise Peltier, femme de Pierre Foulon, pour les récompenser du zèle, de l’attachement et de la fidélité qu'ils ont témoignes à la citoyenne Lavoisier dans les malheurs qu’elle a éprouvés.
3. Mémoires de Morellet, t, II, p.41. — Lettre de Morellet à Mme Lavoisier de Rumford. | 4