LES HONNEURS FUNÈBRES
à une nouvelle commission de comptabilité et traina encore plusieurs mois; les séquestres furent d’abord convertis en une simple hypothèque, qui fut définitivement levée en 1806. Un arrèt du Conseil d'État établit que les fermiers généraux, loin de devoir 130 millions à la nation, étaient ses créanciers pour une somme de 8 millions: aueun de leurs héritiers ne réclama sa part.
LES HONNEURS FUNÉÈBRES
S1 les honneurs funèbres avaient manqué à Lavoisier, sa mémoire restait fidèlement conservée au sein de ce Lycée des arts qui avait eu le courage de le couronner
l’avant-veille de sa mort dans les cachots de la Concier-
gerie. À peine Dupin fut-il emprisonné, à peine l'opinion commença-t-elle à juger plus favorablement les fermiers généraux, que le Lycée des arts voulut célébrer la mémoire de ses plus illustres membres. Dans la séance du 30 vendémiaire an IV (22 octobre 1795), Lagrange prononça l'éloge de Lavoisier et celui du chirurgien Desault. « Après la lecture de ces morceaux, deux obélisques sont élevés de chaque côté du bureau‘; » l’un d’eux portait le buste de Lavoisier avec ce quatrain médiocre :
Victime de la tyrannie,
Ami des arts tant respecté, Il vit toujours par le génie Et sert encore l’humanité.
1. Décade philosophique, t. VII, p. 204. Au lieu de Lagrange, dont on ne connaît aucune biographie de Lavoisier, ne faut-il pas lire Lalande dont la notice sur Lavoisier a paru dans le Magasin encyclopédique de Millin, t. V, p. 174 (1795)?
Cet hommage ne parut pas suffisant au Lycée des arts; huit mois après, le 15 thermidor (12 août 1796), il célébrait avec éclat wne pompe funèbre en l’honneur de Lavoisier. L'annuaire du lycée pour l’an VI nous a transmis un récit détaillé de cette cérémonie, dont la mise en scène théâtrale était bien dans le goût de l’époque".
La porte d'entrée du lycée semblait donner accès à un vaste souterrain; au frontispice, l'inscription : À l’immortel Lavoisier. Dans les premiers salons étaient figurés les tombeaux de Voltaire et de Rousseau couverts de guirlandes, de verdure et de fleurs; en face de l'escalier, une pyramide de 25 pieds de haut, flanquée de peupliers fraichement coupés, et dont la base offrait une porte sépulcrale ornée de cariatides de marbre blanc; au fronton : Respect aux morts. La grande salle pouvait contenir trois mille personnes. Ornée de tentures noires semées d’hermine et soutenues par des guirlandes, elle était éclairée par vingt lampes funéraires et un immense lustre, tout décorés de fleurs et de branches de cyprès. Sur chaque colonne, un écusson portant le titre d’une des découvertes de Lavoisier. Au fond de la salle, où de chaque côté s’élevaient les tombeaux de Desault et de Vicq-d'Azyr, un immense rideau suspendu en forme de manteau ducal. Le concours des assistants était immense, Les hommes vêtus de noir, les femmes en blanc, couronnées de roses.
Le programme de la cérémonie comprenait un discours de Mulot sur /2 Respect dû aux morts, l'éloge de Lavoisier par Fourceroy et des stances de Désaudray sur l’immortalité de l’âme ; enfin une sorte de cantate, un Atérodrame, paroles de Désaudray, dont la musique avait été composée par Langlé. Les principaux interprètes étaient les célèbres
1. Annuaire du Lycée des arts pour l’an VI, petit in-18, page 89.