L'an XII, elle fut estimée 124 000 livres
Château de Fréchines".
Le domaine de Fréchines est situé dans la commune de Villefrancœur, département de Loir-et-Cher. 1] fut vendu à Lavoisier, le 26 mars 1778, par Jean-Baptiste Bégon, écuyer, ci-devant régisseur des finances de Montauban, pour le prix de 229 075 livres. Pour agrandir ce domaine, Lavoisier acheta le 21 mars à haut et puissant seigneur, messire Jean-Baptiste Donatien de Vimeur de Rochambeau, maréchal de camp des armées du roi, inspecteur général d'infanterie, commandeur et grand'croix de l'Ordre militaire de Saint-Louis, la terre et seigneurie de Champrenault, moyennant une rente perpétuelle de 2500 livres. Six ans après, le domaine de Fréchines prit une extension nouvelle par l’achat des terres de Thoisy et la Chapelle Vendômoise, moyennant 100 000 livres, et du fief de Villanteuil, consistant purement et simplement en droits honorifiques et seigneurlaux, et 27 arpents 7 boisselées de bois taillis.
La terre de Fréchines avait appartenu au xv° siècle à une famille de financiers au service de Louis XI, les Cueillette, dont descendent les Potier de Blancmesnil et de Gèvres : c'est probablement à un membre de la famille Cueillette qu'est dû le charmant petit château que l’on voit encore dans le pare de Fréchines, et qui, suivant ia tradition, fut habité par Catherine de Médicis. Quand Bégon devint propriétaire de Fréchines, le petit castel des Cueillette lui parut insuffisant; il construisit à 100 mètres environ le château actuel, situé au sommet d’un coteau boisé, près de la route de Blois à Vendôme, à distance égale de ces deux villes. C’est une grande construction sans aucun caractère architectural, qu'une superbe avenue de 1 800 mètres met en communication avec la route de Blois à Vendôme.
1. D’après des notes dues à l’obligeance de M. H. de La Vallière, de Blois.
En 1793, Lavoisier vendit l'habitation de Thoisy au physicien Coulomb, son collègue à l’Académie des sciences, pour la somme de 44 000 livres.
Après son arrestation, deux commissaires, Philippon et Moutonnet, délégués par le comité révolutionnaire de la section des Piques, vinrent à Fréchines. Le 12 nivôse an II (1% janvier 1796), ils apposèrent les scellés sur les appartements et sur la chapelle et nommèrent des gardiens des scellés, payés 5 livres par jour, couchés et chauffés. Quand le jugement qui condamnait à mort les fermiers généraux eut prononcé la confiscation de leurs biens, le district de Blois s’empara de Fréchines, et disposa de tous les objets mobiliers ; le 16 thermidor (9 août 1796), le commandant du dépôt de Chambord réquisitionnait une partie des meubles, sommiers, pelles, pincettes, ete. Le district faisait vendre du 3 au 13 fructidor (fin d'août) les tentures du salon, le linge de corps, les fauteuils, les tables, pour la somme de 30787 livres ; en même temps on transportait au musée de la ville les livres, tableaux et objets relatifs aux sciences, inventoriés dès le 15 prairial; les médicaments et drogues étaient envoyés à l'hôpital; en brumaire an IIT (novembre 1794) le chef d'atelier du salpètre établi à Chambord réquisitionnait les cuves et futailles. Le château de Fréchines était alors converti en caserne.
Le 95 germinal an III (14 août 1795), le directoire du district de Blois décida, par application de la loi du 13 ventôse, de restituer à M"° Lavoisier le numéraire laissé à Fréchines, les objets mobiliers déposés à la Bibliothèque et au Muséum et lui donner mainlevée du séquestre placé sur les biens immeubles’. | |
1. Je dois ces indications à M. Roussel, archiviste de Loir-et-Cher, qui à bien voulu copier pour moi dans les archives du département foufes les pièces relatives à Fréchines.
Le 8 prairial an XI (28 mai 1803), M"° Lavoisier vendit le domaine de Fréchines pour la somme de 632 098 francs à M. de La Forest, ministre extraordinaire de la République française auprès de la Diète germanique, qui mourut en 1846 à Fréchines, enlaissant pour héritière sa fille unique, veuve du marquis de Moustier, ancien ambassadeur. À sa mort, le domaine fut partagé en deux lots; le comte de Moustier eut celui qui comprenait le château, et le vendit en 1863 à M. Alexandre-Louis-Joseph Law, marquis de Lauriston, ancien officier d'artillerie, qui l’habite actuellement.
La première idée de la création des Annales de chimie appartient à Adet, mais c’est à Lavoisier qu'en fut due la réalisation. Pierre-Auguste Adet, né à Nevers le 18 maï 1763, avait été élève d'artillerie, puis s'était fait recevoir docteur en médecine et s'était adonné à la chimie. En 1787; il avait proposé, avec Hassenfratz, un système de notation publié dans la Nomenclature chimique. de Lavoisier, Guyton de Morveau, Fourcroy et Berthollet, et s'était æinsi trouvé en rapports avec les chimistes de l'Académie. Cette même année 1787, il eut l'intention de traduire en français les Annales chimiques de Crell et d’y joindre les principaux travaux de la France et de l’Angleterre. Les chimistes n'avaient alors à leur disposition que le recueil de l’Acadé mie, dont les volumes paraissaient toujours avec un retard de quelques années, et le Journal de physique, fondé par l'abbé Rozier; mais ce journal était passé entre les mains de Lamétherie, partisan passionné du phlogistique et réso-
lument hostile aux doctrines nouvelles. Aussi les Annales françaises devaient-elles être l'organe de la chimie pneumatique.
Pour entreprendre cette publication, Adet avait besoin de l'autorisation du garde des sceaux ; il s’adressa à Lavoisier qui Intéressa l’Académie à ce projet, et fit rédiger, par les membres de la classe de chimie, une lettre par laquelle ils priaient M. de Breteuil, ministre de la maison du roi, d'appuyer la demande d’Adet auprès du garde des sceaux. Lavoisier se chargea de la recommander au premier commis du baron de Breteuil, M. Robinet: « L'Académie, disaitil en terminant, pourroit à la rigueur appliquer son privilège à cet ouvrage et le faire imprimer sans une autorisation particulière; mais il faudroit avoir recours à des formes embarrassantes: d’ailleurs, elle ne veut rien faire qui ne soit agréable à M. le garde des sceaux, et elle se fait pardessus toutes choses une loix de ne point donner à son privilège des extensions qui pourroient le compromettre. » (Lettre du 29 juillet 1787.)
Malgré la bonne volonté du baron de Breteuil, qui intervint personnellement auprès du garde des sceaux ", celui-ci, en concédant un privilège seulement pour la traduction des Annales de Crell, exigea de plus que le nouveau journal ne parût que par numéros trimestriels. Adet voulut d'abord renoncer à son projet; sur les instances des chimistes de l’Académie, il se décida à adresser une nouvelle demande au garde des sceaux pour obtenir le droit d'insérer dans les Annales de chimie des mémoires originaux et de solliciter les souscriptions du publie. Lavoisier écrivit la lettre suivante pour réclamer de nouveau l'appui du baron de Breteuil :
1. Lettre à Lavoisier, du 15 août (Archives nationales, O1, 498).
Paris, le 1°" septembre 178%.
« Monseigneur,
«J'ai communiqué à mes confrères, la lettre que vous m'avés fait l'honneur de m'écrire le 15 du mois dernier, relativement aux Annales chimiques que M. Adet, docteur en médecine, se propose de publier et pour lesquelles vous avés bien voulu solliciter un privilège de Monseigneur le garde des sceaux. |
« Nous ne dissimulons pas, Monseigneur, que la condition imposée à M. Adet de ne publier des volumes que de trois en trois mois nuira beaucoup au débit de son ouvrage, parce qu'il courra les risques d’être prévenu par les autres journalistes et que ce qu'il publiera manquera souvent du mérite de la nouveauté. Nous l’avons cependant déterminé à souscrire à cette condition, mais en même tems, nous lui avons fait espérer que vous voudrés bien presser Monseigneur le garde des sceaux pour qu'il voulüt bien accorder les facilités suivantes :
« 1° La permission de proposer son ouvrage par souscription ;
« 2° Celle de le publier sous le nom général d’Annales chimiques ; | |
« 3° Celle d’y insérer par extrait les mémoires et découvertes relatives à la chymie et aux arts, qui seront faites en France, ou qui lui parviendront d'Angleterre, d'Italie et d'Allemagne, quoique non insérées dansle journal de Crell.
« Si M. Adet étoit restreint à la simple traduction du journal allemand, il ne présenteroit qu’un tableau imparfait des découvertes qui se font journellement, et l’objet de son travail seroit manqué pour le public et pour luimême.
« Nous espérons d'autant plus que Monseigneur le garde des sceaux ne fera aucune difficulté d'accorder ces facilités. qu'elles nous paraissent implicitement consenties par sa lettre du 18 août et que nous ne les rappellons ici que pour être plus assurés qu il ne s’élèvera pas de difficultés après l'obtention du privilège. | .. «L'ouvrage de M. Adet ne devant plus être publié que de trois mois en trois mois, il sort absolument de la classe des journaux et il rentre dans celle de tous les ouvrages ordinaires ‘. »
L'intervention du baron de Breteuil ne réussit pas à obtenir du garde des sceaux Miroménil une solution favorable : « Je suis bien fâché, écrit M. de Breteuil à Lavoisier, de n’avoir pu faire obtenir au sieur Adet lout ce que vous et Messieurs vos confrères auriez désiré ?. »
Adet, complètement découragé, dutabandonner le projet de la publication des Annales: chimiques. Sans position, il sollicita l’année suivante une place de médecin à Samt-Domingue, avec l'intention de s'y livrer à des études d’histoire naturelle et de chimie; son protecteur, Lavoisier, fit signer une note à l'appui de cette demande par Berthollet, Fourcroy, Sage, Baumé et l’envoya à Malesherbes, en priant celui-ci de se joindre à ses confrères de l'Académie, pour recommander Adet au comte de La Luzerne, ministre de la marine :
« 10 aoust 1788.
« Permettés-moi, Monsieur, de vous adresser copie d'un mémoire qui intéresse un jeune chimiste d’un ordre distingué et connu très avantageusement de l’Académie.
1. Copie du temps avec corrections de la main de Lavoisier, 2. Lettre du 16 septembre (Archives nationales, O?, 498).
M. le comte de La Luzerne paroît être dans l'intention de répandre des connoissances de chimie et d'histoire naturelle dans les colonies et d'y envoyer quelqu'un d'instruit. Personne n’est plus en état que M. Adet de répondre à ses vues par l'étendue de ses connoissances. Nous serions bien flattés si vous vouliés bien vous réunir à quelques-uns de vos confrères pour recommander M. Adet à M. de La Luzerne ‘. »
Adet sollicita aussiune place de médecin des bâtiments de la maison du roi, et c’est encore Lavoisier qui chargea Condorcet de soutenir les intérêts d'Adet auprès du comte d'Angiviller.
« Vous pouvés, monsieur mon cher confrère,rendre un service très important à M. Adet, qui a déjà prévenu favorablement l’Académie en sa faveur par la lecture de très bons mémoires. On lui a assuré qu'il vacquoit une place de médecin des bâtimens, et cette place lui seroit d'autant plus avantageuse qu'il est absolument dénué de fortune, au point même qu'il a formé le projet de passer dans les colones, s’il ne trouve pas quelques ressources en France. Les émolumens attachés à cette place, quoique modiques, le mettroient à portée de suivre son goût pour les sciences,'et nous conserverions un sujet utile el d'un ordre distingué.
« Votre témoignage auprès de M. d'Angiviller seroit d’un grand poids, et j'espère que vous voudrés bien lui en écrire promptement.
« C’est vous servir suivant votre goût que de vous procurer une occasion d’être utile en même temps aux sciences et à un bon sujet”. »