History of chemistry, 2e éd
2. Les remarquables articles de M. Rodwell ont paru dans le journal anglais Nature et dans la Revue scientifique, 1882. 2e semestre, p. 617, et 1883, 1er semestre p. 641. M. Rodwell montre à quel point peut être porté le manque d'équité, en rapportant des paroles de Liebig, qui parmi le créateurs de la chimie à la fin du siècle dernier ne cite pas Lavoisier et ne nomme que Black, Cavendish et Priéstley,
Priestley. En parlant de l'oxygène, Lavoisier dit : « Cet
air que M. Priestley a découvert à peu près dans le même
temps que moi, et je crois même avant moi », et il résume un de ses mémoires par cette phrase : « Je terminerai ce mémoire comme je l’ai commencé en rendant hommage à M. Priestley de la plus grande partie de ce qu'il peut contenir d'intéressant. »
M. Volhard, chimiste allemand, a publié, au mois de juillet 1870, un pamphlet violent où il s'attache à enlever toute valeur à Lavoisier. « Lavoisier, dit M. Volhard, était un fermier général qui, dans ses heures de loisir, s’occupait de recherches de physique et de chimie. IT s’est approprié toute une série de découvertes appartenant aux autres. Tous ces empiétements sur la propriété d'autrui ne sont-ils pas autant de preuves de son incapacité personnelle en ce genre? » — « Lavoisier n’a jamais reconnu une propriété nouvelle dans un seul corps. »
Non content de ces insinuations malveillantes contre l'honneur du grand savant français, M. Volhard, toujours préoccupé de l’idée de prouver que Lavoisier n’était pas chimiste, ne veut même lui accorder qu'une médiocre intelligence, et réduit à néant l'importance des conceptions théoriques qui ont révolutionné la chimie. « Pour découvrir la liaison qui existe entre tous les phénomènes de la combustion, dit-il, il n’y avait pas besoin d’être un esprit très observateur, ni un génie créateur et transcendant; il suffisait de ne point partager les préjugés de l’école en faveur d’une théorie vieillie et presque agonisante, d’avoir conservé toute l'indépendance d’un esprit non prévenu. Et alors, ce qui était caché aux maîtres de la science, asservis par la doctrine du phlogistique, le regard d'un simple ama-
4. La traduction a paru dans le Moniteur scientifique de 1872.
teur, dont le jugement était libre, pouvait le découvrir. »
N’en déplaise à M. Volhard, c’est précisément parce que Lavoisier a découvert ce qui était caché aux maîtres de la science qu'il est un génie créateur. Il nous semble inutile, du reste, de discuter plus longuement les assertions de M. Volhard. Écrit en réponse à une phrase de Wurtz, qui, dans sa forme trop elliptique, fut mal comprise à l’étranser : « La chimie est une science française », le pamphlet de M. Volhard fut la protestation irréfléchie d'un amourpropre national mal entendu. De telles attaques sont reorettables : la gloire de Lavoisier n’enlève rien à celle de Priestley, de Scheele, de Black et de Cavendish, et l’on ne grandira pas ceux-ci en abaissant le premier. Diminuer la part de gloire de Lavoisier, c'est diminuer le patrimoine de l'humanité.
Le seul portrait authentique de Lavoisier est celui où 1l est représenté avec M"*° Lavoisier et qui fut peint par David en 1788. Le biographe de David décrit ce tableau de la facon suivante‘ :
« Lavoisier, tête nue et poudrée, vêtu de noir, est représenté de trois quarts, assis et écrivant sur une table couverte d’un tapis de velours rouge, sur laquelle sont placés des instruments de chimie. Il s’interromptet se retourne vers sa femme qui s’appuie du bras gauche sur son épaule. Elle est debout, coiffée d'une vaste perruque doublée et
frisée, d’où s’échappent de longues mèches de cheveux
L. J.-L. Jures Davin. — Le peintre Louis David, 1148-1895. Souvenirs et documents inédits. Paris, 1880, p. 637.
blonds, vêtue d’une robe de linon blanc à ceinture et à nœuds gris bleu. Elle pose la main droite sur la table où écrit son mari. La jambe droite de celui-ci se développe sur le velours qui tombe de la table. Un ballon de verre et un instrument de cuivre sont à terre dans le coin à droite. Un lambris divisé par des pilastres cannelés forme le fond du tableau. Au second plan, à gauche, un fauteuil en bois doré sur lequel on a posé un vêtement noir et un carton contenant des gravures.»
Ce tableau fut payé 7000 livres à David qui en a donné TeCU :
« Je reconnais avoir recu de Monsieur Lavoisier la somme de sept mille livres pour le payement d’un tableau représentant Monsieur et Madame Lavoisier, dont quittance à Paris, le 16 décembre 1788.
« Davip. »
Presque tous les portraits gravés de Lavoisier sont des reproductions du tableau de David; la plupart sont très mauvais et n'ont aucune ressemblance; il faut en excepter un dessin colorié dû à Garnerey et gravé par Alix, et une lithographie de Belliard. |
Il existe un portrait gravé en taille-douce, représentant Lavoisier de profil, les traits fatigués, en toilette négligée, et qui fut offert à l’Institut le 5 mai 1806. Gravé par M'° Brossard-Beaulieu, il paraît être la reproduction d’un dessin fait pendant la détention de Lavoisier. Il présente un caractère de vérité qui nous a engagé à le reproduire (voyez page 255).
Un portrait à la manière noire, gravé par Levacher, a paru vers 1796, avec un dessin de Duplessis-Bertaux, re-
1. C’est ce portrait que nous avons reproduit en frontispice.
présentant l'arrestation de Lavoisier dans son laboraloire. Cette scène, composée par l'artiste, n’est pas d'accord avec les faits; aussi n’avons-nous pas cru devoir en donner une reproduction.
La maison où naquit Lavoisier était située dans le culde-sac Pecquet ou Pecquay (aujourd’hui passage Pecquay), qui s’ouvrait sur la rue des Blancs-Manteaux. Elle appartenait à M*° Françoise-Élisabeth Poucher, veuve de Messire Louis de Cajeul, chevalier, marquis de Liancourt, et avait été louée en 1740 par le grand-oncle de Lavoisier, Waroquier. Dans l'acte de location passé le 20 mars 1740 en l'étude de M° Claude Bernard, la maison est ainsi décrile :
«Une maison à porte cochère, sise à Paris, eul-de-sac Pecquay, près la rue des Blancs-Manteaux, consistant en une cour, puits mitoyen, remise, cuisine et petite salle par bas, planchéiée et garnie de châssis et vitrage par-devant, cave sous ladite cour et bâtimens, escalier, deux chambres, au premier, et une garde-robbe garnie de vitrages, deux chambres au second et un cabinet ayant un balcon sur le dit cul-de-sac; une chambre au fond et un cabinet sur le cul-de-sac, un cabinet d’aisance; au quatrième, un grand grenier et une chambre au fond, avec un petit retranchement. »
Cette description prouve que le corps de bâtiment était perpendiculaire à l’axe de l'impasse Pecquay, et que les fenêtres principales donnaient sur une cour. Cette maison n'existe plus.
- Quant à la maison de la rue du Four-Saint-Eustache où la famille Lavoisier demeura depuis 1748 jusqu'à 1771, nous n'avons aucune indication qui nous permette de la reconnaître. Une grande partie de la rue du Four-Saint- Eustache (aujourd’hui rue Vauvilliers) à été démolie pour la construction des Halles. Parmi les maisons encore debout, il en est plusieurs qui datent du commencement du xvin° siècle.
La maison de la rue Neuve-des-Bons-Enfants, habitée par M. et M"e Lavoisier jusqu’à l’époque où la nomination de Lavoisier lui assigna un logement à l’Arsenal, a été démolie en 1864 pour l'agrandissement de la Banque de France : elle occupait le coin de la rue des Bons-Enfants et de la rue Neuve’.
Le logement des régisseurs des poudres était dans le petit Arsenal, qui avait une sortie sur la rue de la Cerisaie; c'est là que Lavoisier eut son laboratoire pendant vingt ans et qu ii fit ses principales découvertes. L'hôtel des régisseurs des poudres a été brûlé pendant les incendies de 1871, qui ont fait disparaître tant de documents précieux pour l'histoire.
La maison de Lecoulteux de la Noraye où M. et M”° Lavoisier s'installèrent après leur sortie de l’Arsenal au mois d'août 1792 était située boulevard de la Madeleine n° 243, vis-à-vis la Madeleine ; leur logement fut occupé plus tard par M. et M"° de Rémusat. Cette maison appartint dans la suite à M. Morel de Vindé; vers 1841, elle a été remplacée par les grandes constructions qui occupent le n° 21 actuel du boulevard de la Madeleine. Nous la reproduisons d’après une lithographie de 1840.