Voyez Appendice : I. Généalogies
Waroquier, procureur au parlement de Paris et vint habiter, au cul-de-sac Pecquet!, la maison où se trouvait l'étude du vieux procureur. L'année suivante?, il épousait M!° Émilie Punctis, fille de Clément Punctis, avocat, et de Marie-Thérèse Frère. Le 26 août 1748 naquit celui qui devait immortaliser le nom de Lavoisier; baptisé le même jour,.à l'église Saint-Merry, l'enfant eut pour marraine sa grand”mère, M°° Punctis, et pour parrain son grand-oncle, messire Laurent Waroquier, prêtre, procureur et receveur du collège de Beauvais; de ce dernier, 1l reçut le prénom de Laurent en même temps qu'on lui donnait celui d'Antoine, qui, depuis deux siècles, était porté par les aînés de la famille”.
Les premières années de Lavoisier s’écoulèrent dans la maison où 1l était né. L’impasse Pecquet n'était pas alors la ruelle obscure que nous connaissons aujourd'hui. Tou entourée de vastes espaces découverts, elle était limitée par les jardins de l'hôtel de La Trémouille, de l'hôtel de Mesme et du couvent des religieux de La Merci. Lavoisier avait deux ans quand naquit sa sœur, Marie-Marguerite-Émilie, mais le bonheur ne devait pas habiter longtemps sousle toit de Jean-Antoine Lavoisier; en 1748, il perdit sa jeune femme, et, resté veuf avec deux enfants en bas âge, il abandonna sa maison et vint demeurer avec sa belle-mère, M°° Punctis, qui, frappée d’un double deuil, venait aussi de perdre son mari. M"° Punctis habitait alors rue du Four-Säint-Eustache‘ avec une seconde fille, Constance, alors âgée de vingt-deux ans. M'"° Constance Punctis se dévoua entièrement à la tâche d'élever les enfants de sa
1. Situé rue des Blancs- Manteaux, le cul-de-sac Pecquet ou Pecquay a été transformé en passage par le percement de la rue de Rambuteau. 2. 14 juin 1742.
3. Voyez l'acte de naissance (Appendice, Pièces justificatives.) 4. Aujourd’hui rue de Vauvilliers.
sœur ; grâce à sa chaude et intelligente affection, les orphelins n’eurent pas à souffrir de la perte prématurée de leur mère, tout porte à croire que M'"° Punctis refusa de se marier pour ne pas abandonner les devoirs qu’elle s’était imposés.
Lavoisier père était en mesure de donner une éducation complète à son fils et de ne rien négliger pour son instruction; de son côté, il avait peu de fortune, en dehors des bénéfices de sa charge de procureur, mais la famille Punctis était riche : le père de M*° Punctis, Christophe Frère, laissa en mourant, en 1754, une fortune de 137000 livres, qui fut partagée entre trois héritiers. Aussi Antoine-Laurent fut-il envoyé au collège Mazarin, dont ilsuivitles cours en qualité d'externe‘. Il fut élevé au sein d'une famille d'honnètes gens, où se développèrent les sentiments de loyauté, de justice, d'amour du travail dont sa vie devait être un perpétuel exemple.
(rai, affectueux, comme le montrent ses lettres de jeunesse, plein d’ardeur pour l'étude, il eut de nombreux succès el obtint, en 1760, le second prix de discours français, au concours général, dans la classe de rhétorique”. A ce moment, la maison de M"*° Punctis fut de nouveau attristée par un deuil cruel : la sœur de Lavoisier, Marie-Marguerite-Émilie, mourut, à peine âgée de quinze ans ; dès lors, toutes les affections se concentrèrent sur Antoine- Laurent, tous les rêves d'avenir se réunirent sur ce jeune homme dont le cœur aimant, la vive intelligence, les
1. Le collège Mazarin ou collège des Quatre-Nations avait été fondé par disposition testamentaire de Mazarin en faveur de trente jeunes gens nobles, originaires des provinces réunies à la France par les traités de Munster et des Pyrénées. IL ouvrait en même temps ses portes aux externes, et était, de tous les collèges de Paris, celui qui était le plus fréquenté, à cause de l’organisation de ses cours de sciences, (Recherches historiques sur le collège des Quatre-Nations, par M. À. Franklin, 1862.)
2, Voir l'Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1886, p. 480.
z LES ANNÉES DE JEUNESSE.
succès de collège, devaient consoler de leurs douleurs les trois êtres qui ne vivaient que pour lui. |
Comme beaucoup d'hommes de science, Lavoisier eut d'abord l'amour des lettres et rèva la gloire de l'écrivain. Il ébaucha un drame en prose dont la Nouvelle Héloïse était le sujet, mais en écrivit seulement les premières scènes. En même temps, 1l s'occupait des sujels de prix proposés par des académies de province, et dont les doctrines, objet de ses méditations, semblent l'avoir guidé dans sa carrière. «La droiture du cœur est aussi nécessaire dans la recherche de la vérité que la justesse de l'esprit, » tel était Le sujet d’éloquence mis au concours par l'académie d'Amiens, tandis que celle.de Besançon demandait : « Si le désir de perpétuer son nom et ses actions dans la mémoire des hommes est conforme à la nature et à la raison. »
Cette période d'essais littéraires fut de courte durée; dès son année de philosophie, il avait pris le goût des sciences. Au sortir du collège, il suivit les cours de la Faculté de droitetse fitrecevoir avocat au parlement! ; mais, à la même époque, il se constituait ce fonds solide et étendu d instruction qui lui permit d’être éminent dans toutes les branches des sciences où le conduisit son génie. Il étudiait les mathématiques et l'astronomie avec le savant abbé de La Caille, qui, après avoir passé quatre ans au cap de Bonne-Espérance pour mesurer l’arc du méridien, déterminer la longueur du pendule et dresser un catalogue d'étoiles, avait installé un petit observatoire au collège Mazarin; il apprenait la botanique avec Bernard de Jussieu et l'accompagnait dans ses herborisations ; Guettard lui enseignait la minéralogie et la géologie; enfin, il suivait, au Jardin du roi, les cours de Rouelle, et s’exerçait dans son laboratoire aux ma-
1. I fut reçu bachelier en droit le 6 septembre 1763 et licencié le 26 juillet 1764. (Registres de l’ancienne Faculté de droit.)