‹ LavoisierChapitre 4 sur 150 · LES PREMIERS TRAVAUX. D · texte numérisé non relu

LES PREMIERS TRAVAUX. D

nipulations de la chimie. Rouelle était alors dans tout l'éclat de sa renommée : professeur plein de verve et de passion, il exposait les faits de la science dans un langage précis, en dehors des théories obscures et infécondes dont tant de savants se plaisaient à les envelopper. Sa réputation était immense, des auditeurs de tout âge accouraient de toutes les parties de l’Europe aux cours du Jardin du roi; parmi eux, l’enthousiaste Diderot. Quoique les leçons de Rouelle n'aient jamais été imprimées, elles étaient dans les mains de tous les chimistes; ses élèves rédigeaient avec soin les notes recueillies au cours ; l’un de ces rédacteurs était Diderot, dont le manuserit, multiplié par la copie, répandait les doctrines du maître’. Si Rouelle marqua peu par ses travaux originaux, 1l eut néanmoins une grande influence sur les progrès de la chimie; ses disciples furent les chimistes les plus éminents de la fin du xvur° siècle : Macquer, Bucquet, Bayen, Darcet et Lavoisier. Celui-ci, au sortir des lecons de Rouelle, les revoyait dans une des copies de la rédaction de Diderot et méditait sur les sujets qu'il venait d'entendre ; déjà 1l jetait sur le papier de courtes réflexions où il exposait ses premières vues sur la nature des corps et des éléments. Enfin, ne négligeant aucune des branches des sciences, 11 étudiait aussi l'anatomie et acquérait, sur la structure du corps humain, les connaissances qui devaient lui permettre de devenir plus tard le rénovateur de la physiologie comme il le fut de la chimie.

Au milieu de ces études variées, il cherchait sa voie ; d’abord, à vingt ans, 1l semble se vouer surtout à l'étude des mathématiques, en même temps qu’il est attiré par la météorologie. Dès ce moment, il commence, dans sa maison de la rue du Four-Saint-Eustache, des observations baro-

1. Voyez la Revue scientifique de 1884,t. XXIV, p. 99 et 184.

métriques qu'il devait poursuivre toute sa vie avec la plus grande régularité, les relevant plusieurs fois par jour, et les continuant même dans ses voyages d’affaires ; pour établir des comparaisons nécessaires, il chargeait alors sa chère tante Punctis ou son cousin Augez de Villers de faire des observations à Paris, pendant qu'il les poursuivait en Normandie ou dans les Vosges. Se proposant de découvrir les lois qui président aux mouvements de l’atmosphère, il avait compris qu'il fallait un nombre considérable d'observations relevées pendant plusieurs années, et faites dans des lieux différents; dès 1767, il avait un correspondant à Strasbourg. Plus tard, quand il eut acquis la fortune et la réputation, 1l fit construire des baromètres à ses frais et, après les avoir rigoureusement comparés, les adressa à divers savants avec lesquels il entretenait une correspondance active : à Montmorency, c'était le Père Cotte, de l'Oratoire, connu par ses travaux de météorologie ; à Rochefort, Charles Romme, professeur de navigation, dont les travaux sur la construction des vaisseaux reçurent les récompenses de l’Académie ‘; à Lorient, le commandant de la marine Thévenard*;-à Brest, M. Blondeau, professeur d'hydrographie ; enfin, à Alep et à Bagdad, M. de Beauchamp, vicaire général de Babylone. De 1770 à 1788, Hatton La Gainière, fourrier des logis de la reiné, qui habitait Fresnay-le-Vicomte, dans le Maine, lui envoyait l’état des pluies tombées dans l’année. Malheureusement le travail d'ensemble dans lequel il devait exposer les résultats

1. Charles Romme, né en 1745, était le frère cadet du conventionnel Gilbert Romme : il fut nommé correspondant de l’Académie des sciences en 1778, et fit partie de la Are classe de l’Institut comme membre non résidant. Il mourut à Rochefort en 1805.

2. Né à Saint-Malo en 1733, Thévenard devint vice-amiral en 1792; nommé correspondant de l'Académie des sciences en 1778 et de la 1re classe de l’Institut en 1804, il mourut en 1815.

Page 1