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Annales de chimie, t. XV

2. Annales de chimie, t. XXII (1797). — Bottée et Riffaut, dans leur Traité de fabrication de la poudre, disent, en parlant du raffinage à l’eau froide : « C’est d’après ce dernier mode indiqué et essayé une seule fois par Mllustre Lavoisier, que Carny, après avoir eu l’occasion de le perfectionner par l'expérience, fit adopter, dans les établissements révolutionnaires, le procédé de raffinage décrit par Chaptal dans ses Éléments de chimie. » Du reste les deux procédés n'étaient pas identiques : « Baumé avait conseillé de raffiner le salpêtre avec de l’eau déjà saturée de salpêtre pur. Lavoisier crut

devoir donner la préférence au lavage à l'eau pure. » (Bottée et Riffaut.) 3. Opuscules chimiques, par Baumé, apothicaire de Paris, membre de

l’Institut national, in-8, an VI.

le patriotisme et le dévouement consciencieux qu'il apportait dans l’accomplissement de sa fonction, lui firent adopter les propositions de Berthollet qui, ayant découvert le mu riate suroxygéné de potasse (chlorate de potasse) et constaté ses propriétés oxydantes, voulait le substituer au salpêtre. Après des essais préliminaires sur les dosages des. différents ingrédients, 1l fut décidé qu'on fabriquerait à Essonnes une certaine quantité de poudre au chlorate. Lavoisier prit rendez-vous avec le directeur de la manufacture, M. Le Tort,et avec le commissaire des poudres Chevraud, pour le dimanche 27 octobre 1788; et s’y rendit la veille, accompagné de Berthollet et de M"° Lavoisier. La fabricalion de la nouvelle poudre se faisait dans un moulin isolé, et les ouvriers devaient être, pendant tout le temps du battage, protégés par une forte cloison de madriers. L'expérience commença à six heures du matin; le mélange se faisant mal et la matière étant projetée sur les parois du mortier, Le Tort la faisait retomber au moyen de sa canne; Lavoisier insista pour qu'on cessât de remuer la poudre avec un bâton pendant le battage, et fit remarquer qu'il était inutile d’avoir fait construire des cloisons d'abri, si l’on se plaçait autour du mortier, où se trouvaient alors Le Tort, Chevraud, Berthollet, Lavoisier et sa femme, Mallet, élève des poudres, et le maître poudrier Adelin. À ce moment on alla déjeuner, puis on revint vers le moulin; la sœur du commissaire des poudres, M'° Chevraud, était en avant avec Le Tort, les autres visiteurs étaient restés en arrière pour montrer un atelier à Berthollet'. A peine se remettaient-ils en route (il était à peu près huit heures

1. Cadet de Vaux, rédacteur du Journal de Paris, voulant donner au public un récit exact de l'événement, s’adressa à Lavoisier, qui lui fournit le document publié dans le numéro du 31 octobre. Cette pièce parut sans signature, mais elle est de Lavoisier; la minute autographe a été conservée.

et demie), qu'une explosion se fit entendre : Le Tort et M'° Chevraud, projetés contre un mur, étaient mourants. Mie Chevraud expira aussitôt; Le Tort, une demi-heure après; les ouvriers, protégés par la cloison de madriers, n'avaient eu aucun mal.

Lavoisier cependant ne croyait pas devoir renoncer à l'emploi du chlorate de potasse; après avoir transmis au ministre le récit du funeste accident dont, disait-il, j’ay été au moment d'être la victime, moi et ce que j'ay de plus cher, il lui écrivait : « Si vous daignés, Monsieur, occuper un instant le Roy du récit de ce triste événement et des dangers que j ay courus,permettez-moi de vous prier d'assurer en même temps Sa Majesté que ma vie est à elle et à l’État et que je serai toujours prêt à en faire le sacrifice, toutes les fois qu'il pourra en résulter quelque avantage pour son service, soit pour la reprise du même travail sur la nouvelle poudre, éravail que je crois nécessaire, où de toute autre façon. »

D’autres dangers vinrent le menacer en raison de ses fonctions de régisseur des poudres, et, le 6 août 1789, il faillit, avec son collègue Le Faucheux fils, être victime d'une émeute.

Les magasins de l’Arsenal étaient à ce moment encombrés par dix milliers de poudre de traite fabriquée à Metz, et qui avait été dirigée sur les ports de Rouen et de Nantes ; mais les esprits surexcités voyaient partout des embûches et des trahisons, et les municipalités arrêtaient de leur propre autorité les convois de poudres, supposant qu'ils étaient adressés aux ennemis de la nation. Aïnsi la poudre de Metz avait été saisie à Château-Thierry et envoyée à Paris’. Les régisseurs, se trouvant en ce moment dépourvus

1. Ce fait se présentait souvent; au mois d'octobre de la même année, la municipalité d'Étampes arrêta un convoi de deux milliers de poudre

de poudre de bonne qualité, avaient décidé de renvoyer la poudre de traite à Essonne et de faire venir de cette manufacture une quantité égale de poudre à mousquet. Aucune munition de guerre ne pouvant sortir de Paris sans l’auto- risation du commandant de la garde nationale, Lafayette, ils s'adressèrenRà celui-ci, et, en, son absence, l’ordre fut signé par le marquis de La Salle, chef d'état-major. La pou- : dre fut chargée au Port-Saint-Paul, sur un bateau que gardaient et que devaient escorter quatre gardes nationaux du district Saint-Louis-la-Culture.

Pendant le chargement, les habitants du quartier s’émurent et, le 5 août, firent prévenir le comité de l'Hôtel de Ville. Bailly et Lafayette, ne connaissant pas l’ordre signé par M. de La Salle, au lieu de se renseigner immédiatement auprès des régisseurs des poudres sur les motifs de cet envoi, eurent le tort de décider, sans plus ample informé, que le bateau serait déchargé et les poudres réintégrées dans les magasins de l’Arsenal. Cette mesure maladroite donna un corps aux soupçons; le bruit se répandit que les régisseurs des poudres, voulant priver les Parisiens de leurs moyens de défense, enlevaient de l’Arsenal les poudres, la mitraille et les pierres à fusil; les malheureux gardes nationaux, requis pour l’escorte, furent mis en état d'arreston, et le bateau fut soumis à une surveillance rigoureuse.

Le lendemain, jeudi 6 août, le commandant du district Saint-Louis réclama à l'assemblée du matin des représentants de la Commune, la mise en liberté des gardes nationaux arrêtés la veille, et Lavoisier démontra la légitimité de

envoyée d'Essonnes à Orléans, pour être de là distribuée aux villes de Clermont-Ferrand, Bourges, Nevers et Moulins. « Il seroit bien temps, écrit Lavoisier à Baïlly, alors maire de Paris, que l'on pût persuader aux municipalités que les poudres ne sont point dans les mains des ennemis de la nation, et que ceux qui sont chargés de leur fabrication et du service qui y est relatif, ne le cèdent à personne pour les sentiments de patriotisme. » (Lettre du 25 octobre 1789.)

la mesure prise par les régisseurs des poudres. Néanmoins, l'assemblée, dans le but de calmer les craintes de la population, décida d'envoyer à l’Arsgpal deux de ses membres, Thurivt de La Rozière et Franchet pour faire une enquête. Ceux-ci se rendirent au “Por Saint-Paul où ftne multitude de gardes nationaux et de citoyens dé dé tousdes districts entouraient le bateau. Ils firent décharger les poudres et les conduisirent à l'Arsenal, où, sur la réquisilion du district Saint-Louis-la-Culture, ils procédèrent àleur examen. Quatre tonneaux, pris au hasard, furent ouverts en présence de Lavoisier et de Le Faucheux fils : la poudre fut reconnue poudre de traite ; les commissaires enquêteurs et des officiers de la garde nationale qui avaient pénétré dans l’Arsenal - signèrent le procès-verbal avec les régisseurs'. Il semblait que tout düt rentrer dans l’ordre après cet examen, mais une foule menaçante se pressait aux portes del’Arsenal ; elle exigea que Lavoisier et Le Faucheux fils ? fussent arrôtés et conduits à l'Hôtel de Ville, où ils arrivèrent poursuivis par les cris de la multitude. Grâce à son sang-froid, à la clarté de ses explications, Lavoisier n’eut pas de peine à se disculper ausein de l'assemblée, qui décida la mise en li-

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