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In-40, de l’Imprimerie royale

cédés les plus convenables pour établir des nitrières artificielles aux environs de la Roche-Guyon’.

L'année suivante, au moment où la guerre avec l’Angleterre étaitinévitable, les magasins étaient approvisionnés de poudre pour deux ou trois campagnes. Néanmoins Lavoisier, toujours préoccupé d'augmenter la production nationale, entreprit avec Clouet une excursion dans la Touraine et dans la Saintonge pour y reconnaître les terres salpêtrées. Le voyage, qui se fit à leurs frais, eut lieu pendant les mois d'avril, mai et juin 1778; ils visitèrent les coteaux de la Loire depuis Blois jusqu’à Tours, les carrières des bords du Cher, Vendôme, Saumur, Montsoreau; puis ils gagnèrent la vallée de la Vienne, Chinon, Châtellerault, Poitiers, Ruffec, et enfin le bassin de la Charente, où ils visitèrent Angoulème, Saintes, Saint-Savinien, etc.

D'un autre côté, les commissaires de l’Académie avaient décidé de faire eux-mêmes des expériences sur la nitrification; ces expériences, qui se continuèrent jusqu’en 1783, furent effectuées à l’Arsenal, au laboratoire de Lavoisier et sous sa direction ?.

En 1778, époque fixée par le programme pour le jugement du prix du salpêtre, l’Académie ayant trouvé les mémoires insuffisants, résolut de remettre la question au concours pour 1782; elle obtint en même temps du ministre de porter le prix à la valeur de 8 000 livres, et'de décerner 4000 livres en accessits. Le mémoire couronné fut celui que présentèrent les frères Thouvenet : l'un docteur en méde-

1. Mémoire sur des terres naturellement salpétrées existantes en France, lu à l’Académie le à juillet 1777, par MM. Clouet et Lavoisier, régisseurs des poudres et salpétres. (Mémoires de l'Académie des sciences.)

2. Le détail en est contenu dans un des registres d'expériences; les résultats ne paraissent pas avoir été publiés, quoique, dans le volume de l'Académie sur le prix du salpêtre, il soit dit : « Il suffit d'annoncer ici ces

expériences, parce qu’on en rendra compte dans un volume à part, que les commissaires de l’Académie publieront aussitôt qu'ils le pourront. »

eine, l'autre commissaire des poudres à Nancy. Deux accessits de 1 200 livres furent accordés au chevalier de Lorgna, colonel des ingénieurs de la République de Venise!, et à M. Chevraud, inspecteur des poudres et salpêtres à Besancon. Parmi les concurrents qui eurent des mentions honorables, se trouve Charles Romme, professeur de mathématiques à Rochefort. |

A ce moment, la commission du salpêtre était composée de Tillet, Cadet, Sage et Lavoisier. Baumé avait donné sa démission ; Montigny, d'Arey et Macquer étaient morts avant la proclamation du prix. Elle fut chargée par l’Académie de réunir en un volume tous les mémoires présentés et ceux qui, en dehors du concours, avaient trait à la mème question, et de les faire précéder d’un exposé historique. Le travail, presque tout entier, incombait à Lavoisier qui, nommé secrétaire de la commission, fut chargé de la rédaction, et dirigea l'impression du volume”.

L'attention des régisseurs des poudres se portait sur tous les points de leur administration ; pour assurer le bon fonctionnement du service, ils recrutaient leurs employés avec grand soin et ne les admettaient qu'après des examens sur la chimie, les mathématiques, la construction des moulins à poudre, l'établissement des raffineries. Leurs efforts, du reste, amenèrent promptement les résultats désirés; par leurs instructions sur la récolte du salpètre et la formation des nitrières, par l'établissement de manufac-

1. Lorgna, né à Vérone en 1736, mort en 1790, professait les mathématiques au collège de Vérone. Il a laissé de nombreux travaux de mathématiques et de physique.

2. Mémoires de mathématiques et de physique, présentés à l’Académie royale des sciences par divers savants, t. XI, contenant le Recueil des Mémoires sur la formation et la fabrication du salpétre, in-4°, 1786. — Lavoisier soumettait sa rédaction à ses collègues de la commission : Sage lui fait remarquer, le 10 février 1786, qu'on n'écrit pas désirer de faire connaitre, mais désirer faire, « le verbe désirer ne supportant pas le de ».

tures de potasse, et grâce à la facilité que trouvaient les salpêtriers, la production du salpêtre augmenta rapidement. Après sept ans de régie, elle était montée de 1 600 000 livres à 2 millions et demi, et, en 1788, arrivait à 3 770 000 livres; celle industrie, occupant environ 1500 ouvriers, laissait dans les provinces des sommes qui jusqu'alors allaient à l'étranger.

La construction des machines, la fabrication de la poudre, avaient subi de nombreux perfectionnements ; la portée de la poudre de guerre qui était recevable avant 1775 avec une portée de 70 à 80 toises (136 à 155 mètres) avait en 1778 une portée de 115 à 130 toises (224 à 253). Dès 1780, les Anglais se plaignaient de ce que leur poudre ne portât pas aussi loin que la poudre française’. Le prix de revient n’était que de 13 sols. La régie avait, en 1788, dans ses magasins, une provision de à millions de livres de poudre; elle avait vendu à l'étranger des poudres de traite et de mine pour environ 2 millions de livres; et l’on pouvait établir à 28 millions l’économie faite par le Trésor pendant quatorze années de régie.

Les recherches sur le raffinage et l'analyse du salpêtre occupèrent Lavoisier même après qu'il eut cessé ses fonctions de régisseur des poudres. En 1793, il donnait encore un mémoire sur ce sujet, mais il avait à ce moment trop d’occupations pour suivre les expériences avec sa sévérité habituelle, et tomba dans l’erreur accréditée par Valerius et Kirwan, qui pensaient que la perte de salpètre observée dans le raffinage était due à l'entraînement d’une partie de ce sel par la vapeur d’eau. Il essaya aussi un procédé conseillé dès 1788 par Baumé, le raffinage par lavage à froid

1. Note de Mme Lavoisier qui renvoie aux journaux anglais de l’époque. — «Il contribua aux triomphes des Français en augmentant la force de la poudre. » (Ségur, Décade historique, t. II, p. 209.)

du salpêtre brut, et fit remarquer que ce procédé n'était pas encore assez étudié pour qu’on füt certain d’avoir ainsi du salpêtre suffisamment pur pour la poudre de guerre‘. C’est ce procédé de raffinage rapide qu’en l'an IT et l'an III Carny installa à la raffinerie de l'Unité, établie dans les anciens bâtiments de l’abbaye Saint-Germain, et qui, en une seule année, fournit à la défense nationale plus de 16 millions de livres de salpêtre. Lors de la publication du mémoire dans les Annales de chimie, Baumé ne réclama pas; mais aumois de thermidor an V (1797), Guyton de Morveau? ayant attribué exclusivement l'idée de ce procédé à Lavoisier, Baumé accusa celui-c1 de s'être emparé de sa découverte’, accusation injuste qui venait trop tard, et qui était du reste démentie par cette phrase même du mémoire de Lavoisier : « Cette théorie du raffinage me ramène à un examen plus approfondi de la proposition faite par M. Baumé de raffiner le salpêtre à froid par des lavages. » Où Baumé eut raison, cest en démontrant que le salpêtre n’est pas entraîné par la vapeur d'eau dans les opérations du raffinage à chaud. De l'examen des divers mémoires sur cette question, il ressort que les procédés actuels employés pour la purification du salpêtre ont leur origine dans les travaux de Lavoisier et dans ceux de Baumé.

L'intérêt que Lavoisier prenait à la régie des poudres,

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