LA VIE INTÉRIEURE DE L’ACADÉMIE
Vrillière, il terminait en disant : « Si vous croyés devoir faire usage de ma lettre auprès d'eux, vous en êtes le maître; je sais penser tout haut lorsqu'il est question de lPintérèt de la République. Cependant je préférerois n'être pas nommé si vous n'y trouvés pas d’inconvénient. »
Dans son désir d'augmenter les franchises de l’Académie, il réclamait pour elle le droit de choisir ses offiéiers, dont la nomination était à la disposition du ministre de la maison du roi. Quand le ministère voulut le nommer
directeur, il demanda qu'on permit aux académiciens de “faire eux-mêmes leur choix. Ses efforts furent inutiles: il fut nommé pour 1785, avec Desmarets pour sous-directeur. Be président et le vice-président pour la même année furent le duc d'Ayen et le comte de Maillebois.
La correspondance volumineuse de Lavoisier pendant Pannée 1785, relativement aux affaires de l'Académie, montre avec quelle conscience il remplit ses fonctions de directeur. On le voit régler avec le président l’ordre des lectures des séances publiques, discuter avec ses confrères les programmes des prix, rédiger celui qui a trait à la transformation du sel marin en soude, à l’alcalinisation du sel marin, comme on disait alors. Il lui faut aussi hâter les publications de l’Académie, presser Condorcet qui, négligeant ses devoirs de secrétaire perpétuel, ne livrait pas à temps le texte des Éloges et de l'Histoire de l'Académie, impatiemment attendu par Anisson-Duperron, directeur de Pmprimerie royale, convoquer chez lui les diverses commissions des prix, réunir les commissaires chargés de la rédaction des instructions pour le voyage de La Pérouse, s'adresser à ses collègues de la ferme générale pour obtenir les renseignements nécessaires aux académiciens qui devaient dresser un état de la navigabilité des canaux et des rivières, etc.
Comme directeur, il avait encore à présenter au roi, à la reine, à la famille royale et aux ministres, les académiciens nouvellement élus, et à offrir les volumes publiés par les soins de l’Académie. Tout un cérémonial était réglé pour ces présentations; la veille, l'huissier de l’Académie se rendait à Versailles, porter des billets au premier gentilhomme de la chambre du roi, qui était alors le duc de Fronsac; à la première dame d'honneur de la reine, la princesse de Chimay, et au gouverneur du dauphin, le duc d'Harcourt. Au mois de janvier, le dimanche 16, Lavoisier présenta l'abbé Tessier, Quatremère-Disjonval et Fourcroy, directeur du génie, reçus en 1784, et offrit Le volume de l’Académie pour 1781 en même temps que l’Æstorre des comèêtes du Père Pingré. Au mois de juillet, 1l présentait Charles, Broussonnet et Fourcroy le chimiste, récem= ment élus”.
La dignité de l’Académie le préoccupait dans toutes les circonstances. Le baron de Breteuil ambitionnaït de remplacer à l’Académie le duc de Praslin; voulant connaitre les formalités à remplir, il s'adressa au président, le duc d'Ayen, qui lui-même consulta le directeur. Celui-ci rappelant que les candidats aux places d'honoraires à PAcadémie des sciences ne sont pas dans l'habitude de faire des visites aux académiciens, quoique l’usage s’en fût conservé à l’Académie française, fit prévenir le baron de Bre= teuil qu'il était convenable de déposer chez les académi= ciens un billet circulaire pour solliciter leurs suffrages, et lui en envoya la rédaction; en outre, il l’engagea discrè-
1. Recus à onze heures et demie chez le roi, à une heure chez la reine, les officiers de l’Académie eurent encore à voir les ministres, le contrôleur général, le Dauphin, le comte et la comtesse d'Artois. Après les présentations, ils furent retenus à diner chez le baron de Breteuil (le diner était à
trois heures). C’est le baron de Breteuil qui, ce même jour, présenta au roi l'illustre Lagrange.