LA VIE INTÉRIEURE DE L’'ACADÉMIE
partis s’y formèrent, des mécontentements se firent jour, et Lavoisier eut à supporter de la part de quelques-uns de ses confrères des attaques dont on trouve l’écho dans une lettre qui lui fut adressée par le premier commis du département de la maison du roi : « Il est vrai, Monsieur, Jui écrit Robinet, qu'on m’a souvent parlé de votre crédit dans la Compagnie, mais on ne m'a point dit et l’on m'eût dit mutilement que vous n’en faisiez pas un usage conforme au bien et à la justice... Vous, Monsieur, un chef de parti; vous, de l'intrigue ! Ne croyez pas que j'aie jamais eu une pareille idée; croyez que j'eusse renvoyé fort loin ceux qui eussent essayé de me la faire adopter. Je vous ai toujours regardé, Monsieur, comme un homme du mérite le plus rare, mais encore comme le plus honnête. »
Les préventions, du reste, devaient bientôt se dissiper. Ba situation du directeur avait été surtout délicate quand il s'était agi de répartir les pensionnaires et les associés dans les différentes classes. Comme le montant des pensions était différent pour les pensionnaires et les associés, qu'un avancement régulier était établi, qu'on était successivement troisième, deuxième et premier associé, et que le premier associé devenait troisième pensionnaire, des réclamations nombreuses s’élevèrent contre la liste proposée par l'Académie, de la part de tous ceux qui se trouvaient blessés dans leur amour-propre ou lésés dans leurs intérèts. Le directeur eut à réprimer les exigences des uns, à donner satisfaction aux plaintes légitimes des autres; la liste fut modifiée, et les académiciens qui avaient presque tous gagné un avancement de position se déclarèrent saüsfaits. Lavoisier put écrire au vice-président, le comte de Maillebois, alors absent de Paris : « Vous verrés par la liste que j’ay l'honneur de vous envoyer, que presque
tous les académiciens gagnent à cet arrangement, Aussy en est-il résulté un contentement à peu près général. » Nommé trésorier à la fin de 1791, en remplacement de Tillet, Lavoisier eut à défendre pendant deux ans les intérêts de l’Académie, et lutta jusqu'à la dernière heure pour sauver l'existence de la savante compagnie qui, malgré ses efforts, fut supprimée au mois d'août 1793. Cette partie de l’histoire de Lavoisier académicien appartient à la période de la Révolution où tant de devoirs divers se le disputaient
encore.