Manuscrits de la bibliothèque d'Orléans
des lois du royaume dans laquelle il soit parlé de la corvée, et c'est pour l’abolir. » En demandant à l’Assemblée d'adresser un vœu au pouvoir royal pour qu'une loi établit la participation de tous les ordres aux travaux des routes, Lavoisier offrait l'exemple du Languedoc et du Berry, qui étaient déjà entrés dans cette voie, et rappelait qu'à l’Assemblée des notables un vœu semblable avait été émis avec l'approbation de l'archevêque de Toulouse, de l'évêque de Langres et du duc de Luxembourg. Il terminait par un pressant appel aux sentiments des ordres privilégiés : « Nous pensons donc que l’Assemblée doit s’empresser de porter au pied du trône le vœu qu’elle forme pour le retour à l’ancien droit national, que les supplications de la noblesse et du clergé à cet égard doivent être, s'il se peut, plus vives encore que chez les autres citoyens, parce que l'honneur prescrit de repousser l'injustice dont on profiteroit avec plus de force encore que celle dont on seroit atteint. »
Ce chaleureux appel ne trouva que de faibles échos. Quand Lavoisier en donna connaissance au bureau du bien publie, il fut appuyé par le duc de Luxembourg, le comte de Rochambeau, l'abbé de Thoranne et le président de Salaberry. Le baron de Montboissier se déclara prêt à contribuer pour sa part aux frais des routes, mais comme représentant de la noblesse il s’opposa à un projet contraire à ses privilèges. La majorité décida cependant que le mémoire serait lu à l’Assemblée; et tandis que les députés du Tiers s'empressaient à féliciter Lavoisier du zèle qu'il mettait à défendre les intérêts de leur ordre, une grande animation régnait parmi la noblesse.
Les nobles se réunirent en comité avec quelques membres du Tiers, oublieux de leurs devoirs, et décidèrent de déclarer, lors de la lecture à l’Assemblée, qu’il n’y avait pas lieu de délibérer sur ce sujet, afin qu’il n’en füt pas fait
mention dans les procès-verbaux. D'un autre côté, le bureau du bien publie, probablement effrayé de son vote, prétendit par l'organe de Rochambeau qu'il ne s'était pas associé au vœu formulé, qu'il avait autorisé la lecture du mémoire comme une œuvre personnelle de son auteur, et non comme l'opinion collective du bureau.
Devant cette résistance, Lavoisier résolut de retirer son mémoire, malgré les avis de ses amis qui avaient d’abord espéré réunir une majorité dans l’Assemblée, mais qui surent bientôt que le clergé et la noblesse étaient d’accord pour en repousser les conclusions". |
Les travaux les plus importants de l’Assemblée provinciale incombaient au bureau du bien public et de l’agriculture, dont presque tous les rapports sont dus à Lavoisier. Dans les séances du 4 et du 10 décembre il lut un mémoire d'ensemble sur toutes les questions dont le bureau avait à s'occuper : Agriculture, Commerce et Institutions de bienfaisance. Dans la première partie, l'Agriculture en général et dans la province de l’Orléanais en particulier, 11 compare la situation agricole de la France avec celle de l'Angleterre, et, reprenant les questions qu'il avait exposées au Comité, signale les obstacles qui s'opposent au développement de l’agriculture, indique les efforts à tenter, et termine en traçant un tableau étendu de la situation de la Sologne. «Il serait impossible même aujourd’hui, dit L. de Lavergne, de mieux approfondir ce grand sujet. L'auteur connaît parfaitement l'état de l'agriculture anglaise au moment où il écrit et il en parle en termes excellents.Il insiste principalement sur l’état de la Sologne, et ce qu'il en dit est si juste qu'on y trouve à la fois le germe des progrès obtenus jusqu’à ce jour et l'indication de ceux qui restent à accomplir®. »