LÉONcE DE LAVÉRGNE, les Assemblées provinciales
En traitant des questions de commerce et d'industrie. il réclamait contre les entraves apportées aux fabricants de l'Orléanais par les droits qui frappaient les marchandises à l'intérieur de la province, et comme on ne pouvait espérer que l’Orléanus en fût affranchi tant que le reste du royaume y resterait assujetti, il exprimait le vœu que ces droits fussent payés par un abonnement de la province, qui édicterait des réglements favorables à la liberté et à laccroissement du commerce.
Comme établissement de bienfaisance, il proposait de créer une casse d'assurances en faveur du peuple contre les atteintes de la misère et de la vieillesse, et en exposait la nécessité dans un magnifique préambule :
« L'homme à l'instant de sa naissance, dit-il, est dans lPimpuissance absolue de satisfaire à ses besoins; il est dans la dépendance des autres hommes, et il ne peut subsister que par les soins continuels qu'ils prennent de son existence. Peu à peu l’âge opère le développement des forces, et 1l arrive à une époque où non seulement elles suffisent aux besoins de l'individu, mais où il lui reste un excédant qu'il peut employer à rendre à d’autres hommes les secours qu'il a reçus. Cette époque est la plus brillante de la vie, mais elle n’a qu'une durée limitée : à Papproche de la vieillesse les forces diminuent à peu près comme elles se sont accrues dans l’adolescence ; le vieillard retombe dans le même état de dépendance où il avoit été dans son enfance; et il lui reste de plus le regret des jouissances qu'il a perdues, et le souvenir douloureux de ce qu'il a été et de ce qu'il n'est plus.
« Heureux celui qui, à cette époque, est le Père d’une postérité nombreuse : heureux celui qui, environné d’une famille reconnoissante et attendrie, reçoit d'elle, dans ses derniers momens, les secours qu'il lui a prodigués dans la
vigueur de sa jeunesse, et qui est conduit au terme de sa carrière par une vieillesse douce et tranquille. Mais ce bonheur, versé sur les derniers momens de la vie, n’est. pas réservé à tous les hommes: les uns vieillissent sans avoir eu le bonheur de se voir renoître dans leurs enfans : d’autres ont été condamnés à les perdre au moment où leur assistance alloit leur devenir plus nécessaire. Ils ont vu disparoître, en un instant, le fruit d'un grand nombre d'années, d’avances et de travaux; quelques-uns, plus malheureux encore, n’ont donné le jour qu'à des enfans dénaturés qui les abandonnent et ne les payent que d’ingratitude :. »
Il explique ensuite le mécanisme de la caisse d'épargne basé sur les tables de mortalité publiées en 1785 par M. de La Roque, qui indiquent les sommes que l’on doit verser aux différents âges de la vie pour se procurer à soixante ans une rente viagère de 100 livres. « Nous proposons donc, dit-il en terminant, de former à Orléans, sous le nom de Caisse d'épargne du peuple, un établissement où l’on recevroit des sommes qui seroient remises par les personnes de tout âge et de toute condition qui voudroient se procurer à elles-mêmes, à leurs veuves ou à leurs enfants, à quelque époque que ce füt,unerente viagère d’une somme qui seroit déterminée d’après des tables dressées à cet effet. La province entière seroit garant des engagements qui seroient pris par cette caisse, de tous les actes qui seroient passés conformément aux règlements qui lui auroient été donnés? »
L. Procès-verbal des séances de l’Assemblée provinciale de l'Orléanais, p. 270. |
2. Ce projet, dont eut à s'occuper une commission composée de Lavoisier, l'abbé de Prades et le baron de Montboissier, ne put se réaliser, comme l'indique une lettre de Lavoisier à l'abbé de Prades : « Nous avons été, Monsieur, gagnés de vitesse, relativement au projet que nous avions formé d'établir une caisse d'épargne et de bienfaisance en faveur du peuple, et pendant que nous délibérions sur les moyens de fonder cet établissement sur des bases solides et d'après les principes les plus sages, une compagnie
Le rapport de Lavoisier était complété par des considérations sur les ateliers de charité et les dépôts de mendicité, dont il demandait que l’administration fût confiée à PAssemblée provinciale. Celle-ci fit un accueil favorable aux propositions du bureau du bien public, vota toutes ses conclusions et décida en outre qu’elle recourrait aux lumières des sociétés savantes d'Orléans pour l'étude de diverses questions. L'Académie des belles-lettres, sciences et arts ayant laissé au choix de l’Assemblée le sujet du prix de 400 livres qu’elle décernait tous les ans, Lavoisier proposa de mettre au concours la question de la création de la caisse d'épargne et en écrivit à M. de Froberville, secrétaire perpétuel de l’Académie : « Nous vous adressons copie d'un article du rapport fait par le bureau du bien public avec l'extrait de la délibération prise en conséquence... Avant de songer à mettre ce projet à exécution, PAssemblée a cru devoir consulter l’oppinion publique sur les modiffications dont il peut être susceptible, sur la forme
P d'administration qui lui convient, sur le détail des règle- , © ments qui doivent le diriger et qu’elle a arrêté de proposer pour le prix dont l’Académie a remis le sujet à son choix... Nous vous prions d'engager l’Académie à s'oc- $ de finance en obtenoit lc privilège exclusif pour quinze ans. Depuis, cette compagnie à publié un prospectus très étendu, auquel elle joint des tables. Le privilège qui lui a été accordé a si bien pour objet un établissement semblable à celui que nous projetions et dont nous avions puisé l'idée dans Pouvrage imprimé de M. de la Roque, que ce dernier en à fait publiquement la réclamation dans un mémoire imprimé qui vient de paraitre. Il y expose que s’il n'a point sollicité ce privilège, ce n’est pas qu'il ne lui fût aussi facile qu'à tout autre de former une compagnie, mais qu'il n’a pas cru qu'un objet de bienfaisance dût devenir un objet de spéculation financière, et qu’il lui à paru préférable d’en faire tourner le bénéfice au profit des hôpitaux... JL me semble, Monsieur, que, dans cette circonstance, nous ne pouvons qu'être simples spectateurs du combat... Si au surplus l'établissement a
lieu, si la capitale et la province peuvent en jouir, enfin s'il est formé sur des bases équitables, peu importe par qui il soit fait... »
cuper le plus tost qu'elle le pourra de la rédaction du programme, mais de nous le communiquer avant de le rendre public’. »
La Société d'agriculture de l’Orléanais offrit de même de laisser au choix de l’Assemblée le sujet d'un prix de 400 livres dont elle pouvait disposer. Lavoisier indiqua au secrétaire perpétuel, l'abbé Genty, la meilleure manière de répartir les impositions foncières et personnelles, telles que les vingtièmes, la taille et les droits accessoires. « En invitant, écrit-il, la Société d'agriculture à rédiger promptement le programme de ce prix, nous la prions de recommander aux concurrents de ne point se livrer à des spéculations purement théoriques, et de s'attacher particulièrement à des méthodes applicables aux circonstances dans lesquelles se trouve la généralité d'Orléans. »
Ce ne furent pas les seules questions dont il entretint l'Assemblée provinciale. Comme aucun des sujets qui intéessaient le bien de la nation ne lui était étranger, il attira l'attention de l’Assemblée sur le sort des enfants trouvés mis en nourrice par la ville de Paris, et dont la mortalité était telle que trois sur cent seulement atteignaient âge de six ans. En vain M°"*° de Fougeret, fille d’un administrateur de l'Hôtel-Dieu, avait essayé, dans sa terre de Châteaurenard, de former un établissement où les enfants seraient nourris au lait de chèvre et de vache; elle n'avait obtenu que de mauvais résultats dans cette tentative, que reprenait en ce moment la femme du lieutenant de police de Paris, M”° de Crosne. Il ne se borna pas à des vœux stériles, et deux mois après il écrivit au nom de la commission intermédiaire, à Vicq d'Azyr, secrétaire perpétuel de la Société royale de médecine, pour en obtenir des