Minute aulographe {Bibliothèque d'Orléans
instructions sommaires sur les méthodes qui pourrotent promettre le plus de succès pour l'éducation des enfants sans le secours des nourrices. Il avait trouvé en effet, parmi ses collègues de l’Assemblée provinciale, un homme dévoué, le président de Salaberry, qui se chargeait de faire les frais d'une nouvelle expérience.
Nous avons vu au début de ce livre que Lavoisier ne s'était jamais désintéressé des recherches qu’il avait entreprises sous l'impulsion de Guettard, et que toute sa vie il avait poursuivi la réalisation du projet d’un atlas minéralogique de la France. Aussi quand le duc de Luxembourg proposa de faire dresser une carte de la généralité d’Orléans, Lavoisier demanda qu'on la complétât par des indications minéralogiques, et 1l offrit de se charger de ce travail en indiquant qu'il possédait des documents réunis par Guettard pour l’Orléanais, que depuis il s’en était procuré d'autres, et qu’à l’aide des membres de la Société scientifique d'Orléans et des ingénieurs des ponts et chaussées, il était facile de terminer promptement la carte minéralogique de la province. Il engageait aussi l’Assemblée à réunir dans ses archives une collection des productions minérales de l'Orléanais, même les plus communes et les plus répandues.
Outre d’autres rapports moins importants imprimés avec les procès-verbaux, il en avait présenté plusieurs qui n'ont pas été reproduits : une note sur l'amélioration de la qualité des laines; un mémoire où il rappelle les difficultés de la navigation de la Loire, combat le projet d'un canal qui joignant le Cher à l’Allier ne devait qu'effleurer la Sologne, et recommande au contraire d'en établir un de la Loire à la Loire, qui traverserait la Sologne, la tirerait de son état d'insalubrité et vivifierait son commerce; et deux autres mémoires dont le sujet prouve qu'il s’occupait
sans exception de toutes les questions qui pouvaient intéresser la province. L'un d'eux avait trait à la création d’une caisse d’escompte à Orléans. Administrateur de la Caisse d’escompte de Paris, qui dans des circonstances difficiles rendit de nombreux services à l'État, il connaissait la nécessité du crédit pour le commerce : « Le commerce, dit-il dans ses considérants, est restreint et limité par le manque de capitaux; multiplier les capitaux, c’est étendre et vivifier le commerce. » Il engageait donc l’Assemblée à obtenir de la Caisse d’escompte de Paris qu’elle créât, en raison de son privilège par tout le royaume, une succursale à Orléans pour les négociants de la généralité, ou, si elle n’y voulait pas consentir, qu’elle abandonnât à d'autres le droit qu'elle tenait de l'arrêt constitutif du 18 février 1787.
L'autre mémoire menaçait trop d'intérêts pour quil eût chance d'être adopté par le bureau du bien pubhe. Il avait pour but en effet de diminuer les frais de recouvrement de l'impôt en rachetant les charges de. finances de la généralité et en supprimant des intermédiaires coûleux qui souvent avancent au roy ses propres deniers. La province aurait alors à affectuer elle-même le recouvrement des-impôts. Comme la réalisation de ce projet exigeait une mise de fonds considérable, Lavoisier engageait l’Assemblée à faire un emprunt de 4 ou 5 millions, en lui recommandant d’affecter une somme annuelle à l’amortissement, afin qu’elle eût la perspective de se libérer et qu'elle conservât un ‘crédit neuf pour des temps difficiles.
Avant dese séparer, l'Assemblée provinciale nomma la commission intermédiaire formée de six membres, le président de Salaberry et le comte de Rouville pour la noblesse, l'abbé Siéyès pour le clergé, MM. Levassor du Bou-
chet, Boesnier de l’Orne et Lavoisier pour le Tiers, puis elle s’ajourna au mois de novembre.
De retour à Paris, Lavoisier continua à s'occuper des affaires de l'Orléanais ; 1l revint à Orléans au mois de février 1788 prendre part aux travaux de la commission. Il rédigea le projet d'arrêt à soumettre au conseil pour la transformation de l'impôt des vingtièmes en un abonnement, quand le roi eut accepté l'offre de la somme de 9 300000 livres faite par la province. Il entra à ce sujet en discussion avec Siéyès qui critiquait vivement le projet d'arrêt ‘. Il obtint de l'abbé Tessier une instruction sur les moyens de combattre la carie des blés, et entretint une correspondance avec le duc de Luxembourg pour le tenir au courant des travaux de la commission. En septembre de la même année, il était encore en relations avec les procureurs-syndics de l’assemblée provinciale, et leur demandait des renseignements pour un travail qu'il avait entrepris sur le tirage de la milice et sur les inconvénients qui en résultaient pour l’ordre public et la tranquillité des campagnes. Les membres de la commission intermédiaire qui habitaient Orléans continuèrent à se réunir jusqu’à la fin de 1790, mais l’Assemblée provinciale ne tint pas d'autre session, aucun de ses projets ne reçut de réalisation. On ne peut trop regretter que tout ce mouvement généreux de la fin du xvi° siècle, les études d'hommes si compétents et si dévoués, aient été dépensés en pure perte. Les événements marchaient avec une rapidité telle quil n'y avait plus place’ pour une évolution lente; la convocation des États généraux rejeta dans l'ombre les
1. « Plusieurs de ces réflexions sont bonnes, écrit Lavoisier le 16 mars 1788, mais elles auraient pu être présentées d’une manière plus modérée... Je vous envoie le projet de M. l'abbé Siéyès avec des observations; au total, ce
travail est entièrement à refaire. » (Le projet de Siéyès avec les corrections de Lavoisier est à la bibliothèque d'Orléans.)
Assemblées provinciales, première forme de nos conseils généraux avec des attributions plus étendues. Les travaux de ces assemblées, comme ceux du Comité d'agriculture, restèrent oubliés, ensevelis dans la poussière des archives jusqu'à notre époque, curieuse de connaître les origines de la France moderne.
Lavoisier, qui réclamait justement ses droits de priorité quand il s'agissait de découvertes scientifiques, n'était guidé par aucun sentiment d’amour-propre quand 1l rédigeait ses rapports sur les questions agricoles et économiques. L'intérêt qu'il portait à l'amélioration du sort du peuple était sa seule préoccupation; ses travaux du comité d'agriculture restèrent inédits, et ceux de l’Assemblée provinciale furent imprimés, sans nom d'auteur, dans les Procès-verbaux. Il ne paraît pas avoir songé, dans sa modestie, à publier sous son nom un ensemble de mémoires qui lui assignent une place élevée parmi les économistes et les philanthropes de son temps.