LE CLUB DE
vint à se maintenir sur la liste du club des Jacobins !.
On ne sait au juste quand finit la Société de 89, dont Lavoisier fut secrétaire au mois de janvier 1791; le Journal ne renferme qu’un volume, et il est probable que la Société prit fin dans le courant de 1791.
- Lavoisier rédigea à cette époque pour le comité des impositions de l’Assemblée nationale l’abrégé de son grand ouvrage sur la richesse territoriale de la France dont il a été parlé précédemment. L'Assemblée, dans la séance du 15 mars 1791, en vota l'impression sur la proposition de Rœderer, et quand la brochure fut imprimée le Moniteur en fit un vif éloge : « Cette brochure de peu d’étendue renferme toutes les bases de l’économie politique, elle n’est cependant que le précurseur d’un ouvrage considérable dont M. Lavoisier ne saurait assez hâter la publication. C'est bien utilement servir la patrie que de multiplier les connaissances sur une matière si intimement liée à la prospérité publique ?. » Un des résultats de la statistique de la population avait surtout frappé les esprits, en démontrant le peu d'importance de la noblesse en présence du tiers-état. « Les ci-devant nobles, en y comprenant les anoblis, ne formaient qu’un trois centième de la population du royaume. 18393 seulement étoient en état de porter les armes. Les autres classes de la société, celles qu'on avoit coutume de confondre sous la dénomination de ers-état, peuvent fournir un rassemblement de 5 500 000 hommes en état de porter les armes. »
A l’époque même où il recevait de l’Assemblée nationale des éloges mérités, il était l’objet de dénonciations calomnieuses contre lesquelles ne le protégèrent nisa haute réputation d’intégrité, ni son dévouement de chaque instant
1. Moniteur du 18 ventôse an II (18 mars 11794). 2. Moniteur du 26 mai 1791.
aux intérêts de la nation,niles services éminents qu'il avait. rendus à la science. La première attaque vint de Marat, qui regrettait que Lavoisier n’eût pas été accroché à la lanterne à la suite de l’émeute où les régisseurs des poudres avaient manqué perdre la vie. Marat avait cherché, au début de sa carrière, à se faire un nom dans les sciences ; avide de bruit et de gloire, il avait sollicité les couronnes académiques et exposé des théories infécondes dans un mauvais traité sur la nature du feu’. Il avait pour Lavoisier la haine de la médiocrité envieuse; son âme, pleine de rancune, n’oubliait pas qu’en 1780, Ze Journal de Paris ayant annoncé à tort que le Zraité du feu avait eu l’approbation de l’Académie, Lavoisier avait démenti le fait en quelques paroles dédaigneuses. Aussi, quand il posséda l’'Ami du peuple, tribune ouverte à toutes les dénonciations, avec quelle âpreté il savoura sa vengeance dans une page dont la lecture soulève le dégoût quand on pense qu'elle s'applique à un des plus nobles caractères, à une des gloires les plus pures de l'humanité : £
« Je vous dénonce le coriphée des charlatans, sieur La= voisier, fils d’un grippe-sol, apprentif chimiste, élève de l’agioteur génevoix, fermier général, régisseur des poudres et salpêtres, administrateur de la Caisse d’escompte, secrétaire du roi, membre de l’Académie des sciences. |
« Croiriez-vous que ce petit monsieur, qui jouit de 40 000 livres de rente et qui n’a d’autre titre à la reconnaissance publique que d’avoir mis Paris dans une prison, de lui avoir intercepté la circulation de l’air par une muraille qui coûte 33 millions au pauvre peuple et d’avoir trans-
1. Dans ses Recherches physiques sur le feu, publiées en 1780, Marat admet qu’une bougie s'éteint dans un espace limité, parce que l'air violemment dilaté par la flamme, ne pouvant s'échapper, la comprime violemment et l’étouffe.