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LE CLUB DE

Ce club comptait dans son sein une foule d'hommes distingués : Bailly, Monge, Vandermonde, Brissot, André Chénier, Ramond, Kersaint, le duc de La Rochefoucauld, François de Pange, l’abbé Siéyès, Dupont de Nemours, Rabaud Saint-Etienne, Rœderer, Treilhard, Castries, Mirabeau, etc., qui tous avaient contribué au mouvement rénovateur de 1789. Il avait pour but, suivant les expressions du Monteur, de développer, de défendre et de propager les principes de la Constitution libre, et plus spécialement de contribuer de toutes ses forces au progrès de Part social. À partir du 5 juin 1790 il publia le Journal, puis les Mémoires de la Société de 1789". Par la quantité de citoyens éminents qu'elle renfermait, le nombre de ses adhérents (ils étaient 416), la Société, qui se réunissait au n° 102 du Palais-Royal, acquit d'abord une grande importance ; lors du banquet donné le 12 mai 1790 pour célébrer son installation et auquel assistaient 130 convives, le public réuni sous les fenêtres acclamait Bailly et Lafayette. Même enthousiasme au banquet du 17 mai, où 190 personnes s'étaient réunies pour fêter l’anniversaire de la constitution de la Chambre des communes en Assemblée constituante. Ce jour-là Rœderer présidait; Bailly prononça le discours d'usage, des vivats furent portés à la mémoire de Franklin, à la fête prochaine de la Fédération, et la foule qui stationnait dans le jardin demanda à plusieurs reprises, pourles saluer de ses applaudissements, Mirabeau, Siéyès, Bailly, Lafayette, Chapelier, Talleyrand alors évêque d’Autun, et le libérateur de la Corse, Paoli, invité à la cérémonie. Mais la Société de 89 ne pouvait devenir populaire ; outre le prix élevé de la coti-

1. Journal de la Société de 1789. Paris, 1790, À vol. in-8°. — Lettre de Condorcet à M... sur la Société de 1789. (Œuvres complètes, publiées par O’Donnor et Arago, t. XI, p. 67.) |

sation (cinq louis par personne), elle négligeait les questions de politique courante, voulant, comme le disait le prospectus de son Journal”, « se renfermer dans l'étude de

questions d'ordre général et de métaphysique politique”

n'être ni une secte ni un parti, mais une compagnie d'amis des hommes et, pour ainsi dire, d'agents du commerce des vérités sociales ». C'était se refuser d'exercer toute influence sur la masse de la nation, qui ne pouvait s'intéresser aux questions de métaphysique politique. Le Journal, rédigé surtout par Condorcet, renferme principalement des études d'économie politique; entre autres des Réflexions sur les assignats et sur le remboursement de la dette exigible, que Lavoisier lut dans la séance du 20 août 1790.

Peu à peu le club de 89 perdit de ses adhérents ; un pamphlet faisant parler deux de ses membres, Dupont de Nemours et Duquesnoy, met dans la bouche de ce dermier les paroles suivantes : « On le déserte chaque Jour, notre pauvre 89, et notre comité de correspondance ne reçoit pas une lettre par mois, tandis que ces erragés de Jacobins ont.plus de 180 sociétés affiliées. »

La Société de 89, qui comptait parmi ses membres les principaux fondateurs de la monarchie constitutionnelle, finit par être soupçonnée d’aristocratie,et ses adhérents furent considérés comme suspects. Ce fut plus tard un crime d'en avoir fait partie, et quand le club des Jacobins, au commencement de 1794, procéda à un scrutin épuratoire, Dufourny fit décider qu'on expulserait, comme suspects d’incivisme, tous ceux qui avaient fait partie de la Société monarchique de 89. Hassenfratz réclama en se vantant d’avoir été chassé de cette société, et par-

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