‹ LavoisierChapitre 71 sur 150 · Rapport adressé au ministre des contributions publiques · texte numérisé non relu

Rapport adressé au ministre des contributions publiques

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butions publiques, auquel voulait l'appeler Louis XVI, qui appréciait sa science financière, son intégrité, son dévouement au régime constitutionnel. La lettre qu’il adressa au roi le 15 juin 1792 mérite d'être reproduite tout en-

tière :

« Sire,

« Ce n’est ni par une crainte pusillanime, bien éloignée « de mon caractère, ni par indifférence pour la chose «publique, ni, je l’avouerai même, par le sentiment de « l'insuffisance de mes forces, que je suis contraint de me « refuser à la marque de confiance dont Votre Majesté veut « bien m'honorer en me faisant offrir le ministère des con- «tributions publiques. Témoin, pendant que j'ai été at- « taché à la trésorerie nationale, des sentimens patrioti- « ques de Votre Majesté, de ses tendres sollicitudes pour le « bonheur du peuple, de son inflexible sévérité de prin- «cipes, de son inaltérable probité, je sens plus vivement «que je né puis l’exprimer ce à quoi je renonce, en per- « dant l’occasion de devenir l'organe de ses sentimens « auprès de la nation.

« Mais, Sire, il est du devoir d'un honnête homme et « d’un citoyen de n’accepter une place importante qu'autant « quil a l'espérance d’en remplir les obligations dans toute « leur étendue.

« Je ne suis ni jacobin, ni feuillant. Je ne suis d'aucune « société, d'aucun club. Accoutumé à tout peser au poids « de ma conscience et de ma raison, jamais je n'aurais pu « consentir à aliéner mes opinions à aucun parti. J'ai juré, « dans la sincérité de mon cœur, fidélité à la constitution «que vous avez acceptée, aux pouvoirs constitués par le « peuple, à vous, Sire, qui êtes le roi constitutionnel des « Français, à vous dont les malheurs et les vertus ne sont

«pas assez sentis. Convaineu, comme je le suis, que le « Corps législatif est sorti des limites que la constitution «lui avait tracées, que pourrait un ministre constitution- «naire? Incapable de composer avee ses principes et sa «conscience, il réclamerait en vain l'autorité de la loi à «laquelle tous les Français se sont liés par le serment le «plus imposant. La résistance qu'il pourrait conseiller, par «les moyens que la constitution donne à Votre Majesté, se- « rait présentée comme un crime; 1l périrait victime de ses « devoirs, et l’inflexibilité même de son caractère devien- « drait la source de nouveaux malheurs.

« Sire, permettez que Je continue de consacrer mes «veilles et mon existence au service de l'État dans des «postes moins élevés, mais où je pourrai rendre des ser- « vices peut-être plus utiles, et probablement plus dura- «bles. Dévoué à l’instruction publique, je chercherai à « éclairer le peuple sur ses devoirs. Soldat et citoyen, je « porterai les armes pour la défense de la patrie, pour celle « de la loi, pour la sûreté du représentant inamovible du” « peuple français.

«Je suis, avec un profond respect, de Votre Majesté, « Sire, le très humble et très obéissant serviteur’. »

Le même jour, il notifiait son refus à Bonnecarrère, directeur général du département politique, et lui recommandait M. de Vaudreuil pour occuper le ministère des contributions publiques.

Il profita des vacances de l’Académie pour se rendre à son domaine de Fréchines, où il demeura jusqu’au commencement du mois de novembre; c’est le dernier séjour qu'il devait y faire. Il revint à Paris pour la séance de ren-

1. Cette lettre, dont la minute autographe existe, a été publiée par Guizot dans sa notice sur Mme de Rumford (Mme Lavoisier). — (Guizor, Mélanges biographiques et littéraires, in-18, Paris.)

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