‹ LavoisierChapitre 77 sur 150 · SA « TALLEYRAND-PÉRIGORD · texte numérisé non relu

SA « TALLEYRAND-PÉRIGORD

: 2. In&8 de 22 pages de l'imprimerie de Dupont père et fils.

déclare que ce premier degré d'instruction sociale doit être: gratuit: « c’est un devoir que la société acquitte envers! l'enfant ». La lecture, l'écriture, le calcul, des notions de: géométrie pratique, dé botanique, d'histoire naturelle, d'agriculture, doivent constituer ce premier enseignement, qui comprendra de plus, sous forme d’amusements ‘et de jeux, l’art de travailler le bois et les métaux. En parlant de l'écriture, il insiste sur la nécessité de fournir aux enfants des livres ornés de gravures et d'images : « Que la langue écrite, dit-il, soit autant que possible la langue des hiéroglyphes, de manière que l’idée ne soit jamais séparée du mot. » | | |

Quant à l’enseignement secondaire, 1l doit être donné. à deux catégories d'élèves : « Les uns se destinent aux fonctions publiques, et s’adonnent à l’étude des langues et des objets de littérature, lés autres se destinent aux arts mécaniques. » De là deux sortes d'enseignement : pour les premiers, une organisation analogue à celle des collèges, pour les seconds, un enseignement tout à créer et qui n’a pas encore d’analogue : « Il n’en existe aucun exemple parce qu'il n’a encore existé aucune nation chez laquelle on se soit véritablement occupé des intérêts de la classe la plus industrieuse du peuple ». Les Réflexions tracent le plan de. cet enseignement en proposant de créer aux chefs-lieux des districts des écoles élémentaires des arts. Au-dessus de ces écoles élémentaires, des écoles supérieures seront établies au chef-lieu de chaque département pour les sujets les plus distingués.

Le mémoire fait remarquer que le bureau de consultation veut seulement attirer l'attention de la Convention sur la partie de l'instruction publique relative aux arts utiles et conclut de la facon suivante : « Il ne faut pas croire qu'il soit possible d'encourager exclusivement quel-

ques parties des arts et d'abandonner toutes les autres; les arts, les sciences, les lettres même, se tiennent par des liens invisibles qu'on ne peut pas rompre impunément ; comme c'est principalement des sciences que les arts empruntent leurs lumières, le mème peuple ne peut être grand dans les arts, s'il n'est en même temps grand dans les sciences. | |

— « Législateurs, il ne suffit pas d'organiser l'éducation de l'enfance et de la jeunesse ; il faut organiser l'éducation de l'humanité, l’éducation de l'espèce humaine, et c’est aux sciences qu est exclusivement réservé cet inappréciable avantage. »

Lavoisier n'était pas homme à se contenter d'un exposé de principes sur l'éducation. Habitué à traduire ses idées en faits, 1l donna le. moyen de les réaliser immédiatement en présentant à la Convention, au nom du bureau de consultation, un projet de décret dans lequel il expose avec les moindres détails le plan d'une organisation complète de l'enseignement à tous les degrés, depuis la modeste école primaire de village jusqu'aux Facultés et aux Sociétés savantes, auxquelles sera confié le soin de la haute culture intellectuelle. Dans cet admirable projet il s’inspira en partie des vues exposées par Condorcet dans un rapport sur l'instruction publique présenté à l’Assemblée nationale le 20 et le 21 avril 1792 !. Comme Condorcet, il propose la création de quatre espèces d'écoles : écoles primaires, écoles secondaires, instituts et lycées, et d’une société centrale des sciences et des arts; mais son projet est plus complet, plus détaillé, plus applicable en un mot, et l’on y trouve, exposées avec une netteté parfaite, des vues originales dont quelques-unes n’ont pas encore été réalisées à notre époque.

1. Œuvres de Condorcet, publiées par Conporcer-O’Donxor et ARAGo, 847, t. VII, p. 449.

Le Titre premier comprend l'établissement des écoles primaires pour les enfants au-dessus de six ans, sous le titre d'Écoles nationales communes, qui doivent être au nombre de deux par 1 000 habitants, une pour les garçons et une pour les filles. Lavoisier recommande les lecons de choses, l’enseignement de la morale et des devoirs eiviques. Il insiste sur la nécessité de ne pas surmener de jeunes enfants par un trop long temps d'étude. Les articles suivants méritent d'être cités tout entiers.

«ART. 3. — On aura soin, dans l'éducation de ce premier âge, de proporlionner la marche de l'instruction au développement successif des organes et des facultés des enfans, de ne leur présenter que des objets sensibles, de ne point fatiguer leur attention en les occupant trop longtemps d'un même genre d'étude.

«€ La lecture, l'écriture, l’enseignement des premières règles d’arithmétique, seront entremêlés de leçons élémentaires sur l’histoire naturelle, sur la structure des végétaux et des animaux: de récits historiques, de traits de patriotisme et de bienfaisance; de promenades relatives aux travaux champêtres et aux arts économiques. Toute cette partie de l'instruction leur sera principalement donnée sous forme de délassement et de jeu.

« AnT. 4. — Lorsque les enfants auront acquis, par l'exercice de leurs sens, une source suffisante d'idées et de connaissances, on leur enseignera les principes élémentaires de la morale; on leur expliquera quels sont les droits et les devoirs des hommes, quel est le but qu'ils se proposent en se réunissant en société; comment s’établissent les propriétés, comment elles se transmettent... On leur enseignera surtout l’art de s’instruire par le moyen des livres, de se servir d’un dictionnaire, d'une table des matières, de se reconnaître sur un plan, sur une carte géo-.

graphique, de suivre une description sur un dessin et sur une figure; enfin, on les exercera au chant pour les fêtes civiques.

« Cette première partie de l'éducation, quoique donnée séparément, sera la même pour les enfants des deux sexes. »

Dans les articles suivants, le projet indique les connaissances spéciales qui doivent être données aux garçons et aux filles dans les écoles primaires. Aucun côté de la question n’est oublié; les punitions sont réglementées, et, réforme hardie, l'instituteur ne peut les infliger qu'après avoir consulté un jury d'enfants appelés à se prononcer sur le fait de la culpabilité.

Les écoles élémentaires des arts, établies au chef-lieu du district, sont destinées à compléter l'éducation des enfants des deux sexes. On y enseignera aux garçons la géométrie descriptive, la stéréotomie, les principes des machines, les éléments de l’histoire naturelle et de la physique expérimentale, le dessin, des notions élémentaires d'économie politique et de droit usuel sur les successions, les partages et la nature des différents actes qui intéressent les particuliers, enfin la constitution française. Le professeur chargé de ce cours devra en outre exposer les principes de la orammaire générale et en particulier ceux de la grammaire française.

Pour les filles, l’enseignement de l’école élémentaire comprendra les principes de la morale, des notions d'histoire, de géographie locale, de dessin, et surtout la conduite d'un ménage, le soin des malades, l'éducation physique des enfants. |

En créant ce plan d'instruction nationale, Lavoisier n'oublie pas d'assurer la liberté de l’enseignement; tous les citoyens pourront ouvrir une école après déclaration préalable à la municipalité, qui s’assurera de leur moralité, de

leur civisme, et chargera un officier de santé de constater la salubrité des locaux où l’école devra être établie. Au-dessus des écoles élémentaires, viennent les établissements d'enseignement secondaire situés dans le chef-lieu du département et qui sont désignés sous le nom d’enstituts ou écoles élémentaires des sciences et des arts. Leur prosramme comprend quatre grandes catégories : 1° langues, littérature et beaux-arts, formant six cours, dont un de dessin et un de musique; 2° connaissances morales et politiques, avec quatre cours, histoire et géographie, économie politique, philosophie, principes du commerce et des constitutions politiques et législation française ; 3° connaissances mathématiques et physiques : physique et chimie, histoire naturelle, éléments de mathématiques, de mécanique, d'optique et d'astronomie ; 4° arts et application des sciences aux arts, division où l’on trouve l’étude élémentaire de l'anatomie, de la chirurgie, de la médecine, de l’art des accouchements, de la pharmacie, de l’hygiène, de l’agriculture, de l’art militaire et de la gymnastique. La ville de Paris, en raison de sa population, devait avoir cinq de ces établissements. Le programme d'instruction des instituts départementaux correspond à peu près, dans ses trois premières parties, à celui de nos lycées. | = Quant aux établissements que le projet désigne sous le nom de lycées nationaux, au nombre de douze pour tout le territoire de la République, ce sont de grandes Facultés qui comprennent l'étude de toutes les connaissances humaines : littérature, beaux-arts, philosophie, économie politique, droit, sciences mathématiques, physiques et naturelles, médecine humaine et vétérinaire, agriculture et économie rurale, métallurgie, art militaire, science navale, ete. Chaque établissement doit renfermer

des collections de toutes sortes, des modèles de machines, un laboratoire de chimie, une grande bibliothèque.

Pour Paris, une organisation spéciale : le Lycée central, formé de six muséums particuliers. L'enseignement des

Jettres sera établi à la Bibliothèque nationale, celui des arts

d'agrément au Louvre, celui de l'astronomie à l'Observatoire, celui de l'histoire naturelle au Jardin des plantes, qui prendra désormais le nom de Muséum d'histoire naturelle. La médecine et la pharmacie seront réunies dans le local des Écoles de chirurgie. Le muséum des sciences mathématiques et physiques aura son siège au collège des Quatre-Nations, où l’on formera un dépôt, ouvert au public, de toutes les machines et inventions relatives aux arts; projet que réalisa, quelques années plus tard, la création du Conservatoire des Arts et Métiers.

Le projet comprenait, à la tête de l’enseignement national, la création de quatre sociétés savantes: une société de sciences physiques et mathématiques, destinée à remplacer l’ancienne Académie; une société pour l’application des sciences et arts ‘ ; une société des sciences morales et politiques ; une société de littérature et des arts d’agrément, correspondant aux anciennes académies d’architecture, de peinture et à l’Académie française. Toutes ces sociétés étaient réunies par un lien commun, idée qui a été mise à exécution quand les anciennes académies, reparaissant sous le nom de classes, constituèrent l’Institut de France ?.

1. La Société des sciences devait renfermer soixante membres résidents, dix associés nationaux et dix associés étrangers, La Société pour l’application des sciences aurait compris deux cent vingt membres, divisés en trois sections : économie rurale, médecine et arts utiles.

2. « Lavoisier travaillait seul de son côté à donner à la France un plan d'instruction publique digne d'un peuple fondant sa liberté sur sa souve-

raineté. » (GARAT, Mémoires historiques sur la vie de M. Suard, 2 vol. in-8, 1820.)

Lavoisier assista aux séances du bureau de consultation jusqu'au jour de son arrestation. Nommé président le 2 octobre 1793, il était emprisonné le 28 novembre (8 frimaire an Îl). Dans la séance du lendemain, à laquelle assistaient Cousin, Hallé, Servières, Borda, Laplace, Silvestre, | Parmentier, Lagrange, Trouville et Coulomb, le bureau de consultation recevait une lettre de son président, l’informant de sa situation et de l'impossibilité dans laquelle il se trouvait d'assister aux réunions : « Le bureau arrête que le procès-verbal fera mention de l’estime que tous ses membres ont toujours eue pour le citoyen Lavoisier et du regret qu'ils éprouvent en apprenant qu'il n’est plus à portée de partager leurs fonctions. »

Jusqu'au 4 nivôse les procès-verbaux continuèrent à porter en tête : « Présidence du citoyen Lavoisier. »

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