Ce sont les expressions du décret du 16 floréal an II
décidé la condamnation du 19 floréal : « la mouillade, a dit Antoine Roy, est le cri funèbre qui a conduit à la mortles fermiers généraux ; » et, après le 9 thermidor, Dupin sera flétri du surnom de Dupin-Mouillade. Pour en comprendre l'importance, 1l est essentiel de rappeler les discussions passionnées auxquelles avait donné lieu, pendant près de quinze ans, la question du râpage du tabac par la ferme, question qui divisa la France en rdpistes et antirapistes. |
La ferme avait le monopole du tabac et Le livrait en carottes, que le consommateur râpait au moment du besoin; puis vint la mode des tabatières; on trouva plus commode d'acheter le tabac en poudre. Les débitants en profitèrent pour vendre des tabacs de contrebande, de sorte que les bénéfices de la ferme vinrent à diminuer à mesure que la consommation augmentait; en une année, on put constater un déficit de 42 millions de livres dans le rendement de cet impôt. L'un des fermiers généraux, Jacques Delahante, proposa à ses collègues d'interdire le râpage du tabac aux débitants et d'en réserver le privilège exclusif aux manufactures de la ferme. Il finit par triompher de la répu- . gnance de ses collègues, de Paulze entre autres, et la mesure fut adoptée. Alors s’éleva une formidable opposition. Les débitants qui avaient installé des ateliers et les nombreuses familles qui y trouvaient leurs moyens d'existence, surent mettre dans leurs intérêts plusieurs parlements qui évoquèrent l'affaire avec passion; l’un d'eux alla même jusqu’à avancer que le tabac râpé dans les manufactures était nuisible à la santé des consommateurs, accusation que répéteront Dupin et Fouquier-Tinville. La ferme lutta pendant quinze ans; elle finit par triompher devant quelques parlements, mais elle ne put vaincre l'opposition obstinée de celui de Rennes, qui l'attaquait encore à l'heure
où parlementaires et fermiers généraux disparaissaient devant un régime nouveau.
Dans quelques cas, il est vrai, un vice de fabrication du tabac avait donné raison aux plaintes des ennemis de la ferme ; en 1774, Baumé et Cadet, délégués à cet effet par le ministre, avaient constaté le mauvais état du tabac fourni par l’entrepôt de Morlaix. Lavoisier lui-même avait attiré sur ce point l'attention de ses collègues; il écrivait en 4778 : « Je crains qu'on ne porte la mouillade au delà de ce qui conviendrait. ; il faut être extrêmement sobre sur la mouillade, et il vaut mieux faire de légers bénéfices que de courir le risque de mécontenter le public. » Les doléances des débitants, les représentations des parlements, avaient trouvé de nombreux échos dans l’opinion'; aussi les commissaires reviseurs ne pouvaient-ils manquer de reprendre cette question pour en accabler les fermiers généraux, auxquels ils réclamaient de ce chef la somme de 30 millions de livres. Ils évaluaient à 14 livres la quantité d’eau introduite par quintal, ne tenaient pas compte de l’'évaporation et prétendaient que ceite eau était vendue au prix du tabac. Lavoisier répondit victorieusement ; il. apporta à l'appui de ses dires les tableaux de fabrication, et montra que la plus grande partie de l eau ajoutée pour le travail, étant évaporée lors de la mise en vente, il en. reslait seulement 6 et plus tard 2 p. 100; il rappela que la ferme établissait le prix de vente aux débitants d’après la quantité réelle de tabac supposé sec*.