‹ Law Et Le Commerce ColonialChapitre 2 sur 26 · SECTION I. — ENTRÉE EN MATIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION I. — ENTRÉE EN MATIÈRE

A. Entrée en matière. — Le but de cette modeste étude est de considérer John Law, de Lauriston, l’un des rares hommes dont on aurait pu dire, comme de Lauzun : « On ne rêve pas comme il a vécu », dans ses rapports avec le commerce colonial. Dans cette première partie, nous nous attacherons à rechercher les idées de ce personnage; dans une seconde, à exposer sa tentative de monopole du commerce colonial; dans une troisième enfin, à indiquer quelles pourraient être aujourd'hui les possibilités de réalisation de ce Système. Qu'il soit donc permis à l’auteur de déclarer en premier lieu qu'il n’est aucunement dans ses intentions de considérer le rôle financier de l'opération. Il serait d’ailleurs téméraire de l'essayer après les maîtres qui ont écrit sur la matière. Il nous est donc apparu que ce novateur avait plus frappé ses contemporains et la postérité par sa Banque d'Etat que par sa tentative

commerciale de créer une Compagnie des Indes jouis- B. Le Couteux 4

De des

sant du monopole royal. Sans doute, le désordre des finances publiques, au début de la Régence, justifiait-il une semblable orientation de la part de ceux qui étudièrent le Système et qui n’ont vu uniquement dans l’entreprise coloniale qu’un accessoire de la politique financière de John Law. Nous estimons tout au contraire que, dans sa pensée, la Banque ne devait posséder d'importance que par le crédit que l'on ferait au gage colonial. D'autre part, l'échec de cette tentative géniale déconsidéra absolument les projets bancaires de son auteur. Les contemporains, ainsi qu'il arrive presque toujours, principalement occupés à considérer la débâcle, perdirent de vue la base même du Système. La Louisiane leur apparut toujours comme lointaine, partant peu intéressante, et cela, même aux beaux jours du « Mississipi». A plus forte raison, lorsque le visa des frères Pâris eut consacré l'effondrement des actions de la Compagnie et des billets d'Etat, n’y eut-il plus qu'oubli et que rancœur à l'égard de la colonisation. Ces sentiments, pour excessifs et injustes qu'ils étaient, pouvaient néanmoins s'expliquer par la profonde désillusion des victimes du Système. Mais, à notre avis, il convient d'ajouter que l'opinion publique, complètement ignorante de la question coloniale, n'était pas capable de se passionner pour elle et n'avait en vue que l’agiotage dont elle pouvait être la cause.

S'il est vrai, comme l’a affirmé en 1900 l’éminent Secrétaire général du Congrès international de Sociologie coloniale que «la colonisation n'est pas un phénomène

simple, mais un phénomène complexe, participant tout

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